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Dugarry : « Montrez-nous ce que vous avez dans le ventre ! »

Christophe Dugarry

Christophe Dugarry - -

Invité de Luis Attaque ce lundi, Christophe Dugarry s’est longuement exprimé sur l’équipe de France. Une sélection qui l’a souvent déçu, mais le champion du monde 98 croit à un exploit face à l’Ukraine. A condition d’y aller avec du courage et de la détermination.

Christophe, dans quel état d'esprit vous trouvez-vous à la veille du match contre l'Ukraine ?

Je suis bien évidemment un peu inquiet comme tout le monde, mais j’y crois. Battre 2-0 l’Ukraine à domicile, ça n’a rien d’insurmontable si on y met les ingrédients. J’y crois.

Les Bleus vont devoir montrer un tout autre visage lors de cette rencontre...

Il faudra faire le match contraire. Je pense que c’est lorsqu’on est au pied du mur et que la situation paraît impossible qu’on arrive à trouver des ressources inimaginables. Je crois en cette équipe même si elle m’a souvent déçu, trop souvent déçu même ces derniers mois… J’ai envie de croire car dans la difficulté qu’on arrive à se révéler. Il n’y pas un seul joueur dont la carrière a été un long fleuve tranquille, même le grand Zinedine Zidane.

Vous qui avez renversé une situation mal engagée avec Bordeaux contre le Milan AC (victoire 3-0 au retour après une défaite 2-0 à l'aller lors de la Coupe UEFA 1996), quel conseil donneriez-vous aux Bleus ?

Le contexte est un peu différent. Je pense que le Milan AC nous avait sous-estimé après sa victoire 2-0 à l’aller. Ils ont pris le match un peu à la légère. Le début de match a fait la différence et c’est ce qui nous a permis d’y croire. On a mis beaucoup de rythme, beaucoup d’agressivité. Techniquement, on ne pouvait pas répondre donc il fallait qu’on mette plus d’intensité. Je me souviens que Liza met un coup de coude dans le nez de Baresi… On était tous très agressifs et on a marqué dans la première demi-heure. On s’est alors tous dit que c’était possible et on a commencé à croire à l’exploit. Là, l’équipe de France partait favorite. Nous, on était plutôt l’Ukraine et le Milan plutôt l’équipe de France.

Avant d'aligner une équipe offensive vendredi, on a longtemps reproché à Didier Deschamps de ne pas prendre de risques et de gagner petit...

Il sera toujours temps de faire le procès des uns et des autres. Didier aura sa responsabilité comme Le Graët, mais les joueurs en priorité évidemment. Mais aujourd’hui, il ne faut surtout pas jeter la pierre à Didier Deschamps. On peut mettre n’importe quel entraîneur, si les joueurs ne prennent pas conscience de l’événement, de la chose et du rêve absolu qu’est d’aller au Brésil… C’est le match de leur vie. Au match retour contre le Milan AC, Zidane avait vomi en fin de rencontre tellement il s’était donné. Face à l’Ukraine, je ne suis pas certain que les joueurs avaient envie de vomir sur le terrain. Mais c’est ce qu’on a envie de voir. On ne veut pas voir un Ukrainien qui passe plus de deux secondes avec le ballon sans voir un Français lui sauter la gorge !

Cette génération de Bleus n'est-elle pas trop faible pour réaliser un exploit mardi ?

Est-ce que les Ukrainiens sont meilleurs que nous ? Je ne le crois pas. Ce n’est pas une question de talent. Quand je vois que l’on s’est qualifié pour la Coupe du monde avec une main d’Henry sur le but de Gallas… Ca ne se joue pas au talent. On sera toujours à même de dire si cette équipe peut bien figurer au Mondial après la qualification. Cela va se jouer au courage, à la détermination, au mental. Un match de barrage, ça ne se joue qu’au mental ! J’ai connu un match où on perdait 4 à 0 contre Montpellier puis on le remporte 5-4 dans la dernière demi-heure. Tout est possible. Shaquille O’Neal disait : « Ne jamais sous-estimer le cœur d’un champion ». C’est vrai, ça se passe comme ça ! C’est dans la difficulté que tu deviens d’un grand. Ce sont des bons joueurs mais est-ce qu’ils veulent devenir de grands joueurs et raconter des histoires à leurs enfants ou petits-enfants ? C’est la seule chose qu’on veut savoir. Tout simplement.

Le match à Kiev a aussi montré une faillite avant tout collective...

C’est vrai qu’on a vu une addition de joueurs et pas une véritable équipe. Chacun doit faire plus d’efforts et aller au contact. J’ai envie que Matuidi et Pogba montent au pressing, que les attaquants soient beaucoup plus agressifs sur les défenseurs ukrainiens. C’est là qu’ils commettront des erreurs et des bêtises, nous offrant ainsi des occasions de but. Ils n’ont répondu à l’agressivité que trop tardivement. Quand tu es acculé et dans les cordes, tu ne peux pas refaire surface. La seule façon de répondre a été pour eux de s’énerver comme Koscielny. Nous n’étions pas prêts au combat pour aller gagner ce type de match.

N'êtes-vous pas choqué quand vous entendez après la défaite Karim Benzema dire que la France a plus de talent ?

Oui, mais ça reste un discours de joueur après un match. Ils essaient de sauver la face. J’ose espérer entre eux que ce n’est pas le même discours parce que ce n’est pas vrai. On met « France 98 » sur un piédestal, mais on a souffert énormément. Souvenons-nous du Paraguay, de l’Italie, Lilian Thuram qui marque de nulle part contre la Croatie, Zidane qui a eu une Coupe du monde difficile puis marque deux fois en finale… On n’a pas eu un Mondial facile, on est allé la chercher au courage notre Coupe du monde. On était une équipe solide car elle solidaire d’abord qui avait envie de se défoncer. Je peux vous garantir qu’on pouvait aller à la guerre à l’époque.

Qu'est-ce que Didier Deschamps doit faire pour qualifier la France ce mardi ?

Si je suis Deschamps, je remets la même équipe et je leur dis que s’il y en a un qui perd un duel dans le 1er quart d’heure, je fais un changement dans ce 1er quart d’heure. Je les avertis ! S’il y en a qui perd un duel, je le sors ! Il faut arrêter de parler de talent ou de les protéger. Montrez-nous ce que vous avez dans le ventre les gars !

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La rédaction