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Evra : « Ça fait peur parce que tout va bien »

Patrice Evra

Patrice Evra - -

Au cours de son passage devant la presse, Patrice Evra n’a pas fait qu’apporter des réponses sur sa situation personnelle. Le latéral gauche a aussi expliqué son rôle au sein d’un groupe qu’il trouve très uni et à fort potentiel.

Patrice Evra, qu'avez-vous dit à Olivier Giroud, déçu de ne pas être titulaire contre le Honduras, et Paul Pogba, qui aurait pu prendre un carton rouge ?

Premièrement, puisque ça s’est passé avec Oliv’, c’est tout simplement de lui dire qu’on vit l’aventure tous ensemble. On peut tous être déçu. Je serais le premier à être déçu de ne pas jouer. Mais dans une Coupe du monde, on a besoin de tout le monde. Il ne faut pas baisser les bras quand on ne joue pas un match, parce que ça peut être le match qui nous qualifiera. Chaque minute est important. On n’a pas de problème d’ego dans cette équipe. La « pioche » (Paul Pogba), je lui ai dit : « Tu aurais pris un rouge, on t’aurait mis une bonne baffe chacun à notre tour ». On ne laissera personne s’exclure du groupe. A dix sur le terrain, il doit sentir que ça aurait été beaucoup plus compliqué. Mais il faut oublier et passer à autre chose. Il faut être serein. Prendre du plaisir dans ce Mondial, c’est ce qu’il y a de plus important.

Qu'est-ce que ce groupe a de différent par rapport aux autres ?

Si je dis trop de compliments pour ce groupe, c’est comme si je critiquais les anciens. C’est vrai que l’ai été dans plusieurs groupes. Et celui-ci, ça fait peur parce que tout va bien. Tous les feux sont au vert. A table, certains me disent : « Pat’, tu imagines si on jouait tous dans le même club ? » Les gars n’ont pas envie de que cette aventure s’arrête maintenant. Je leur dit : « On joue tous pour le même pays, c’est encore plus beau. » Depuis le France-Ukraine, il y a aussi cette fierté de porter ce maillot. Ça fait la différence. L’état d’esprit est irréprochable. Le jour où on va croire que tout est facile, où on va commencer à se comporter comme des stars, on va passer à travers. Mais si on continue à mettre le bleu de chauffe à chaque match, et j’ai beaucoup de respect pour les toutes autres équipes comme le Honduras, la Suisse et l’Equateur, l’adversaire numéro un, c’est l’équipe de France. Je le pense depuis un bon moment.

Jérémy Toulalan ne veut pas revenir en équipe de France, apparemment pour ne pas croiser certaines personnes. Pensez-vous en faire partie ?

Ne plus croiser qui ? Jérémy ? (Rires) Premièrement, je n’étais pas au courant de cette histoire. Malgré cette Coupe du monde ratée, ça s’est super bien passé avec lui, avec tout le monde. Donc pas du tout. Si je le vois, si on peut manger ensemble, je le ferai avec plaisir. Je lui ai passé quelques messages pour lui dire de tenir bon et de s’accrocher dans les moments difficiles qu’on a eu.

Avez-vous tiré des leçons de l'Euro 2008, du Mondial 2010 et de l'Euro 2012 ?

En 2008, je venais de gagner la Ligue des champions et je n’avais pas joué le premier match. Les remplaçants, on avait fait un match. Je me souviens, j’étais vraiment énervé et je me disais : « Je viens de gagner la Ligue des champions, on joue sur un champ de patates et contre des boulangers ». J’étais à deux doigts de péter un plomb (rires). Jean-Alain Boumsong m’a réconforté en me disant : « Mais attends, Pat, pense aux gens qui sont en chaise roulante. Toi, tu as le plaisir de pouvoir marcher, courir, jouer au football. » J’ai joué ce match-là à fond. J’ai même marqué. On avait gagné 7-0. Ça a été un déclic. Même s’il y a des moments difficiles, je positive.

Que pensez-vous de l'engouement des Français pour ces Bleus ?

Je pense que les Français avaient peur de croire en cette équipe. Après France-Ukraine, ils croient vraiment en cette équipe. J’ai vraiment été surpris. Pour notre premier match (à Porto Alegre), ils étaient plus de 17 000. C’est énorme. Quand tu sens que tu as tout ce peuple derrière toi, c’est une grande fierté et tu as vraiment envie de donner plus. Un grand merci à tous les supporters français.

Une belle aventure au Brésil serait-elle le vrai moyen d'effacer ce qu'il s'est passé en Afrique du Sud ?

Pour certaines personnes qui ont souffert, bien sûr. Il faut que les Français soient fiers de nous à la fin de la compétition, qu’on aille au bout pas. C’est la priorité. Il faut qu’ils se disent que ces gars ont respecté ce maillot.

Jusqu'où peut aller cette équipe de France ?

Je ne sais pas. Je suis confiant. Tous les voyants sont au vert. Mais je suis très vigilant. On ne sait pas vraiment ce qu’on a dans le ventre. On l’a su lors du France-Ukraine. On a vu que ces gars-là avaient du caractère, pour rester poli. Quelque chose s’est créé. Si on est dos au mur, on va répondre présent. J’ai cette certitude. Je peux m’en porter garant.

Vous êtes expérimenté, mais la charnière à vos côtés avec Raphaël Varane et Mamadou Sakho est très jeune...

Il ne faut pas oublier Elias (Eliaquim Mangala) et Laurent (Koscielny). On a quatre centraux de grande qualité. C’est vrai qu’ils n’ont pas beaucoup d’expérience, mais on se parle beaucoup. Par exemple, je leur dis que si je ne suis pas dans mon match, il faut me crier dessus. On a un peu tous cet état d’esprit. Ils peuvent combler leur manque d’expérience par leur vivacité, leur agressivité.

Le fait que le statut soit très clair, avec vous titulaire et Lucas Digne remplaçant, peut-il vous aider ?

Avec Didier Deschamps, rien n’est clair. C’est pour ça que j’aime travailler avec cet entraîneur. Il ne fait pas de cadeau, contrairement à ce que les gens pensent. Il te le dit droit dans les yeux : ‘‘si tu te loupes, je ne te louperai pas’’. Je me suis toujours que je n’étais pas titulaire. Je me dis : ‘‘donne tout ce que t’as pour rester sur le terrain’’. C’est la réalité. Je sais qu’au moindre faux pas, je peux ressortir de l’équipe.

Avez-vous les mêmes relations avec Didier Deschamps qu'à Monaco ?

Quand j’étais à Nice, j’avais reçu deux coups de fil : un de Monsieur Guy Roux et un de Monsieur Didier Deschamps. J’avais choisi d’aller à Monaco parce que j’avais rencontré Didier Deschamps. Ça a tout de suite accroché. Je me suis dit que j’allais faire un grand chemin avec cet homme-là. Jusqu’à présent, je n’ai pas été déçu. C’est quelqu’un de très franc. Il a beaucoup d’humilité. Il a même gagné des trophées qui n’existaient pas. C’est un bonheur de travailler avec lui.

JRe et MBo et JS à Ribeirao Preto