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Exclu RMC - Le débat de la Dream Team : « On n’a toujours pas progressé »

Rolland Courbis, Luis Fernandez et Jean-Michel Larqué ont débattu sur l'équipe de France

Rolland Courbis, Luis Fernandez et Jean-Michel Larqué ont débattu sur l'équipe de France - -

Luis Fernandez, Rolland Courbis et Jean-Michel Larqué livrent en exclusivité leurs sentiments sur l’équipe de France.

Quel est le bilan des deux matches face à la Lituanie ?

Luis Fernandez : C’est toujours la même chose. C’est Franck Ribery qui nous sauve. Mais je suis fatigué par ce que je vois. On n’arrive pas à se créer d’occasion. Mais comment voulez-vous qu’on s’en procure avec deux récupérateurs ? On n’a pas assez de profondeur ni de mouvement. Peut-être que défensivement, on a trouvé une défense, mais offensivement, ce n’est pas ça du tout. Qu’est-ce que tu attends pour faire entrer un Benzema ou un Gignac pour mettre le feu et enflammer le Stade de France ? Je suis devant ma télé et je ne comprends rien. On me sort Gourcuff avant Luyindula. On garde deux milieux défensifs…

Rolland Courbis : Moi, je retiens les scores, le buteur, les six points et surtout un manque de logique. Pour continuer dans l’idée de Luis, c’est difficile de critiquer un collègue, même si sélectionneur et entraîneur sont deux métiers différents. Nous, quand on a deux ou trois blessés, on doit se démerder. Parfois, on est même obligé de prendre un moins de 18 ans. Là, on a la possibilité de faire venir un gars. Après, je veux bien qu’il y ait le manque de chance ou au contraire une certaine chance. Mais il y a quand même une certaine logique à observer. Nous sommes dans un match à domicile, nous savons que nous allons dominer. Alors réfléchissons à ce que nous allons mettre en place. Donnons-nous toutes les armes possibles, dont les coups de pied arrêtés…

Jean-Michel Larqué : On est à quarante corners sans marquer un but…

R. C. : Justement. Je me prends une arme aérienne, une arme de vitesse, une arme de dribble, un gaucher… Je peux aussi finir le match avec Peguy Luyindula au lieu de le faire débuter. En revanche, j’ai le droit de ne pas terminer le match avec deux n°9 voire trois. Luis, si tu as Raymond dans Luis Attaque, pose lui une question pour moi : ça ne t’effleure pas l’esprit qu’un bon jeu de tête ça peut être utile dans un match où tu vas passer ton temps à dominer ?

L. F. : J’en ai ras le bol. Changeons nos mentalités ! Rolland et moi, nous sommes entraîneurs et nous n’avons pas autant de joyaux et de bons joueurs à notre disposition. Raymond, lui, a les moyens. Quand tu es sélectionneur, tu as les vingt meilleurs joueurs français à dispos. Si avec ça, tu n’arrives pas à faire quelque chose ! Moi, je dis, attention. On va réussir exactement la même perf qu’à l’Euro. On va y croire et finalement, on s’en ira par la petite porte. Aujourd’hui, je n’ai qu’un conseil à donner : placer Francky bien à l’abri dans un cocon. Prenons soin de lui, car on n’a rien d’autre.

Coaching gagnant ou non ?

J.-M. L. : Comment voulez-vous qu’il y ait une bonne gestion à l’arrivée, puisqu’il y a une mauvaise gestion dès le départ. Au départ, ton groupe est déséquilibré. Je ne sais pas comment ce groupe a été construit, j’ai beaucoup de mal à suivre la logique. J’ai lu après coup que le coaching de Raymond est gagnant. En fait, mercredi, il a jeté une pièce en l’air. Le premier coup, quand il fait entrer Benzema côté à la place de Gourcuff et qu’il replace Luyindula dans l’axe, c’est tombé du mauvais côté…

R. C. : Quand tu fais monter Mandanda sur un corner et s’il marque de la tête, c’est aussi un coaching gagnant !

L. F. : Là, tu devais mettre Henry à gauche, Benzema dans l’axe, Luyindula à droite et Ribery juste derrière. Face à l’Italie, au Stade de France, Ribery avait été énorme à ce poste. Mais pour en revenir, sur l’animation, sur le jeu, sur la construction, tu sais que face à la Lituanie, ça va être une attaque-défense. Tu as besoin de joueurs qui se glissent dans les intervalles, qui se mettent entre les lignes lituaniennes. Et puis il faut des créateurs. Aujourd’hui, tu as Ribery, Gourcuf, même s’il joue un peu trop bas…

R. C. : En tout cas, Nasri était prévu sur le banc, pas titulaire. Et puis quand Gourcuff sort, si Ribery se blesse, on finit comment ?

L. F. : On est mort !

J.-M. L. : Bref, les six points, c’est le minimum syndical ! La seule question à se poser après ces deux matches : avons-nous ou n’avons-nous pas progressé ? Et pour moi, on n’a toujours pas progressé.

L. F. : J’aimerais poser des questions à Raymond. Je voudrais connaître son identité de jeu.

J.-M. L. : Moi je suis effaré par ce coaching. Ce n’est pas possible que d’une discussion au sein du staff jaillisse : Luyindula en milieu axial et Benzema à droite. Là, tu joues à la loterie et il n’y en a pas un qui touche la combinaison gagnante.

R. C. : Je réunis tous les passionnés de football, journalistes, joueurs, entraîneurs et je leur demande de deviner le premier remplacement de Domenech. Il n’y a personne qui trouve ce changement.

L. F. : En plus, le but qu’on marque, c’est un contre. Il n’y a rien de construit.

R. C. : Avec une course de Benzema dans l’axe en oblique et un centre d’Henry en position côté gauche…

Quelles sont les chances des Bleus ?

R. C. : Aujourd’hui, l’équipe de France a son destin entre ses pieds, c’est vrai. A condition de gagner en Serbie bien sûr. Mais nous traînons comme un boulet la défaite en Autriche.

L. F. : Le seul adversaire que je crains, c’est la Serbie. On battra l’Autriche et la Roumanie à domicile. Quant aux Féroé, je n’en parle même pas…

J.-M. L. : J’ai un raisonnement un peu différent. Il faut éliminer la Serbie. Donc, on sait quel résultat on doit faire à Belgrade : gagner ! Le vrai danger, c’est la réception de l’Autriche et de la Roumanie. Avec ce que j’ai vu sur lors des deux derniers matches, je ne suis pas sûr que l’on obtienne un six sur six face à ces deux adversaires. Et pourtant, rappelons-nous la composition du groupe ! Au départ, c’était tapis rouge.

L. F. : Là, on va droit dans le mur. Combien d’occasions s’est-on créé ? Heureusement, on a Ribery. Lui, c’est un vrai leader. Comme Platini ou Zidane ont pu l’être. Essayons de bâtir autour de lui une vraie équipe. Or, aujourd’hui, on n’a aucune certitude.

R. C. : Sur les trois-quatre dernières années, je cherche les monstres qu’on a affronté. Quand Jésus-Zizou est revenu, on avait même des problèmes face à la Suisse et l’Irlande ! Plus tard, on a eu des problèmes contre la Corée…

L. F. : Là, face à la Lituanie, on marque à la 75e minute. Il faut le faire plus tôt, garçons. Faut se réveiller ! Après j’entends dire qu’on va aller gagner en Serbie et se qualifier. Je l’espère de tout mon cœur car je suis un supporter de l’équipe de France. Mais pour l’instant, on est parti pour être deuxième, pas premier.