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Fernandez : « Les joueurs espagnols m’insultaient »

Luis Fernandez

Luis Fernandez - -

Invaincu durant toute sa carrière contre la sélection espagnole (3 victoires dont la finale de l’Euro 1984), Luis Fernandez revient sur ces confrontations qui ont toujours occupé une place à part dans son cœur. Lui qui a vu le jour à Tarifa, dans le sud de l’Espagne.

Qu’est-ce que « la Fernandez » ?

«La Fernandez », c’est la « hop hop », la petite reprise qui part en extension. Tu la prends au bon moment techniquement, c’est un geste qui n’est pas facile à réaliser. On doit synchroniser comme à la natation… Il faut savoir le faire vite et bien. Je l’ai quand même réussi deux fois et deux fois, c’était le même gardien en face, Zubizareta.

Que représente pour vous, France-Espagne ?

C’est particulier parce que je suis né en Espagne, j’ai quitté l’Espagne à l’âge de six ans après la mort de mon père… La première fois que j’ai eu l’occasion de me retrouver face à l’Espagne, c’était en finale du championnat d’Europe en 1984. Ce jour-là, c’était du 50-50, mais tu portes le maillot de l’équipe de France, tu es né en Espagne mais tu as quand même grandi dans la culture française… Je suis fier aujourd’hui de m’être fait naturalisé et d’avoir porté le maillot de l’équipe de France 60 fois. J’ai croisé l’Espagne 3 fois et à chaque fois, j’ai gagné. J’ai battu la sélection espagnole…mais l’ancienne car la nouvelle, on ne l’a bat plus.

Vous souvenez-vous de votre dernière victoire contre l’Espagne ?

C’était en 1992, à Séville, avant le Championnat d’Europe. A l’époque, l’entraineur était Michel Platini. C’était au moment de la belle série de Michel Platini en tant que sélectionneur, on est resté invaincu 2 ans. Concernant le but, je me souviens du centre de Christian Perez, le ballon est renvoyé par la défense espagnole, j’étais à 25-30m et je marque le but, un grand moment, un grand plaisir.

« Les insultes, c’était dur à encaisser »

Avez-vous le souvenir d’avoir été insulté ?

Oui, en finale 1984. Du côté espagnol, ils étaient surpris de me voir en face. Un Espagnol qui joue contre la sélection espagnole, ce n’est pas commun. J’ai grandi en France, j’ai joué dans les catégories inférieures puis j’ai intégré un centre de formation, enfin le PSG et la sélection. Les contacts, les échanges et le fait d’entendre les joueurs espagnols m’insulter, c’était dur à encaisser.

Aujourd’hui, sont-ce pour vous incontestablement les meilleurs joueurs de la planète ?

Depuis 2008 qu’elle est devenue championne d’Europe, l’Espagne a changé. Les joueurs espagnols sont heureux et fiers de jouer pour la sélection espagnole, ce qui n’était pas le cas les années précédentes avec le climat politique. La Catalogne, le pays Basque, l’Andalousie, ce sont des Etats dans un Etat. Quand on allait en sélection à l’époque, on n’y allait pas avec la même motivation qu’aujourd’hui… Actuellement, ils sont heureux de jouer ensemble pour l’Espagne, pour ce drapeau. Ce n’est plus un poids. Par le passé, les clubs gagnaient des Coupes d’Europe (Real Madrid, Valence, Atletico Madrid) mais ils leur manquaient des titres au niveau international. Maintenant, ils ont 3 trophées de suite et on sent que c’est dur de jouer contre eux. Ils ont ce style de jeu, la culture, ils peuvent jouer les yeux fermés.

L’équipe de France est-elle redoutée par les Espagnols ?

Il y a toujours du respect vis-à-vis de la France. En 2006, ils ont eu un manque de respect et ils s’en souviennent et ça les a marqués. Aujourd’hui, même s’ils savent que la France n’est plus aussi forte que par le passé, ils savent très bien qu’il faut toujours respecter la France parce que le football français peut dans un soir se réveiller. Ils ont changé d’opinion par rapport à la France. Pour l’instant, l’Espagne est certainement plus forte que la France. Tu prends plus de plaisir à la regarder jouer que la France.

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