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France 98 : des révélations qui interpellent

Marie-George Buffet

Marie-George Buffet - -

Dans le cadre d’une audition sur la lutte contre le dopage, Marie-George Buffet, ancienne ministre des Sports, a déclaré avoir subi des pressions pour éviter aux joueurs de l’équipe de France de subir des contrôles durant leur préparation au Mondial 98.

L’audition de Marie-George Buffet menée par une commission sénatoriale au sujet de la lutte contre le dopage, aurait pu parfaitement être anodine. Mais les révélations de l’ancienne ministre des Sports (1998-2002) pourraient finalement faire grand bruit, dans la mesure où elles éclaboussent potentiellement l’intouchable sacre mondial de 1998. De ses déclarations, relayées par l’AFP, on ne saurait tirer de conclusions définitives, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles interpellent.

Mme Buffet assure ainsi avoir été victime « de pressions de toutes sortes », après avoir mandaté un contrôle antidopage sur les joueurs de l’équipe de France, à l’époque en stage à Tignes, en préparation du Mondial. Avant de cibler plus particulièrement la presse : « Les médias me sont tombés dessus de manière très violente. Il y a eu un déferlement où on m'accusait d'empêcher l'équipe de France de se préparer dans de bonnes conditions. Je me suis sentie isolée et j'ai flanché, j'ai presque été amenée à m'excuser ».

Pas d’agence anti-dopage

Selon elle, il ne faut pourtant pas lire dans ces affirmations que quelconque directive ait été formulée par le ministère pour couvrir les Bleus. « Nous n'avons jamais donné de directive en ce sens, a-t-elle poursuivi. Ensuite, il faut se replacer dans l'époque. En 1998, il n'y a pas d'AFLD (Agence française de lutte contre le dopage, ndlr), nous n'avions pas les outils d'aujourd'hui, seulement les contrôleurs du ministère ». Dans ces conditions, les fameuses « pressions », issue d’abord de « toutes parts », puis des seuls médias, d’après l’ex-ministre, auraient donc suffi à éviter aux Bleus le moindre contrôle. Plus qu’intrigant, même si le contrôle n'avait rien donné.

Invité à revenir sur ses propos sur les ondes de RMC, Marie-George Buffet développe. Si les prélèvements de Tignes se sont tous révélés négatifs, le doute plane forcément sur la compétition, en raison de moyens de contrôles bien trop limités. « On n’aura jamais de certitudes sur tout ce qui s’est passé. En 1998, la loi contre le dopage n’est même pas votée en France. On est au début de l’action contre le dopage. On agit avec des instruments amateurs. Donc je ne peux pas rien affirmer, évidemment ». Evasive sur les pressions mentionnées - « personne ne prend directement la responsabilité d’appeler la ministre pour lui dire "tu te tais" » -, elle se félicite au moins des progrès effectués depuis ces années obscures en la matière : « Tant qu’il y aura une instrumentalisation politique, étatique du sport, la tentation du dopage sera là. C’est une lutte permanente. Mais on a marqué quelques points et il faut continuer. On a au moins cassé l’impunité ».

Le titre de l'encadré ici

D’autres pressions sur la candidature de Paris 2008|||

Toujours dans le cadre de l’audience sénatoriale, Marie-George Buffet a évoqué des pressions, peut-être plus sérieuses encore, autour de la candidature de la ville de Paris aux JO 2008. L’enjeu : que Paris accepte que la loi française concernant le dopage ne s’applique pas pendant les Jeux : «  La candidature était supervisée par M. Verbruggen, président de l'UCI et membre du CIO qui donc présidait la délégation. Les pressions se sont exercées par l'intermédiaire de M. Verbruggen mais aussi d'autres membres du CIO. M. Killy à l'époque et M. Drut s'en étaient entretenus auprès du Premier ministre en me demandant de faire une lettre précisant que la loi française ne s'appliquerait pas dans sa globalité au moment des Jeux, a-t-elle expliqué. Ça a été une pression extrêmement forte, on a remis la lettre à M. Verbruggen en haut de la Tour Eiffel, mais pendant l'audition de la délégation française à Moscou, Lionel Jospin a été interrogé à trois reprises, donc la pression s'est exercée sur la France jusqu'au bout ».