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La semaine où Henry a pris le pouvoir

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Longtemps considéré comme un individualiste génial, la star du Barça est enfin devenue à 32 ans le patron des Bleus.

Dans la fournaise du Marakana de Belgrade, le destin de l’équipe de France est en train de basculer. Après avoir sifflé un penalty généreux en faveur des Serbes, M. Rosetti expulse Hugo Lloris, coupable d’une faute peu évidente sur Zigic. Les Bleus sont au bord du KO. Ulcéré, Eric Abidal interpelle l’arbitre italien. Au milieu de la tempête, Captain Henry, en patron, calme ses troupes. Une fois de plus, au cours de cette folle semaine, il prend ses responsabilités. « J’ai dit aux gars d’arrêter de penser à ça. J’avais senti en début de match qu’on n’était pas à la ramasse, qu’on se trouvait entre les lignes. Il fallait continuer comme ça et que ça allait venir, forcément. »

La suite lui donne raison. L’équipe reste soudée malgré la poisse qui colle à ses basques. A dix contre onze, les Français font mieux que résister. A l’image de son premier match face à la Roumanie (1-1), Thierry Henry donne l’exemple. Second attaquant, il se mue en milieu défensif dès que les siens perdent le ballon. « A un moment donné, je ne savais même plus j’étais », avoue-t-il. L’ex Gunner conserve néanmoins suffisamment de lucidité pour égaliser à la suite d’une belle frappe d’Anelka relâchée par l’ex-Nantais Stojkovic. C’est son 50e but en bleu. « C’est un peu anecdotique, glisse-t-il. Il faut surtout retenir que l'équipe a fait un match extraordinaire. Cette équipe a une âme. »

En dépit de ses immenses qualités, la star du Barça aux 113 sélections n’avait jamais encore réussi à imposer son leadership chez les Bleus. Barré par la génération des Deschamps, Blanc et autre Zidane, il s’était contenté d’apporter son immense talent d’attaquant. Plus soliste que taulier, Thierry Henry a donc dû forcer sa nature individualiste face au danger qui guette l’équipe de France : une élimination catastrophique à la Coupe du monde 2010. Car les joueurs ont une peur bleue de cette éventualité. Ils l’évoquent souvent au téléphone, lors des rassemblements en équipe de France ou en club. Leurs propos lénifiants à l’issue des matches éliminatoires sans relief ne trompent personne. « Peu importe la manière, il faut aller en Coupe du monde », lâchera d’ailleurs Henry après la bataille de Belgrade. Cette obsession aura servi de déclic.

La bande à Titi secoue le cocotier

A Clairefontaine, dès le début du rassemblement, la bande à Titi (Anelka, Abidal, Ribery, Benzema…) est bien décidée à secouer le cocotier. Personne n’est épargné. Pas même Raymond Domenech. C’est le thème de l’intervention du vendredi précédent le match face à la Roumanie. Face au staff, Henry suivi d’Abidal, Anelka mais aussi Gallas exposent posément leurs constats et leurs griefs. Les méthodes du coach, notamment ses entraînements, sont remises en cause. En quête de leader, tiraillé par des tensions internes, le groupe adhère. La preuve : les progrès sont palpables dès le match face aux Roumains (1-1, but d’Henry). Sans une malchance insigne et avec une charnière centrale digne de ce nom, la victoire aurait été au rendez-vous. Qu’importe, la machine est relancée…

Le lundi suivant, le scoop du Parisien révélant la discussion et l’ouragan médiatique qui en découle ne font que renforcer la position d’Henry et de ses boys. Le choc de Belgrade ne fait que confirmer cette prise de pouvoir. Avant d’aborder sans aucun doute le combat des barrages, il manquait à ce groupe un guide que n’aura jamais réussi à être Domenech. Il en a trouvé un en la personne de Thierry Henry. A 32 ans, il était temps…

La rédaction