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Malouda : « Mes vieux démons se réveillent »

Florent Malouda

Florent Malouda - -

Florent Malouda a très peu apprécié la défaite des Bleus face à la Suède (2-0). Le milieu de terrain met en cause un certain relâchement du groupe, tout en espérant une remise en cause individuelle de la part de chaque joueur.

Florent, après une telle défaite, les Bleus se sont-ils réveillés avec la gueule de bois ?

Oui, on avait un peu la gueule de bois mais il faut bien se lever. Le fait d’avoir nos compagnes à nos côtés nous a permis de penser à autre chose. On a un goût d’inachevé par rapport à ce premier tour. On est content d’avoir décroché cette qualification mais elle est ternie par le match face à la Suède. Il est important de voir comment on va se relever après une telle désillusion. Il y a déjà eu une prise de conscience. On a un match samedi contre la référence mondiale et il va falloir revenir aux bases.

Vous ne vous êtes pas arrêté en zone mixte après le match. Aviez-vous peur de ce que vous pouviez dire à chaud ?

C’est l’expérience (Rires). J’apprécie énormément le fait d’être qualifié. Mais ce que j’ai vu réveille en moi quelques démons. Je ne voulais pas l’exprimer devant les médias car il y a des choses à régler. Parfois, on peut faire beaucoup de mal avec des déclarations à chaud, qui sont très difficiles à rattraper après. Il vaut mieux résoudre les problèmes intelligemment, en essayant de ménager les susceptibilités, que de balancer des missiles et des fusées à chaud.

« On n'est pas à Punta Cana en claquettes »

Quand vous parlez de vieux démons, vous parlez de jeu ou de l’attitude ?

Je parle essentiellement d’attitude. C’est frustrant, surtout quand on le vit du banc de touche. C’est une compétition avec un niveau extrêmement relevé. Si on avait l’attitude et l’esprit des Suédois, on ne se serait pas réveillé avec la gueule de bois ce matin. On n’aurait pas eu ce sentiment d’avoir lâché le match. Notre attitude n’a pas été au niveau de la compétition. C’est un des points à corriger pour obtenir des résultats. La série qu’on a faite n’est pas due au hasard. 

Comment fait-on pour se relever rapidement et laisser cette défaite derrière ?

Mardi soir, on a accumulé beaucoup de frustration. Il faut évacuer cette déception et récupérer physiquement. Il faut se reconstruire mentalement en abordant les sujets et éviter les non-dits. On s’est dit beaucoup de choses mardi dans le vestiaire, c’est bien. Maintenant, il faut savoir comment résoudre les problèmes. Il ne faut pas s’isoler, s’écarter du groupe ou vouloir être le héros qui va débloquer la situation. Dans une telle compétition, il faut dégager quelque chose collectivement. C’est ce qui a fait notre force jusqu’à présent. L’équipe est très fragile. Si on bascule de l’autre côté en se disant qu’on souhaite briller individuellement, ça peut faire dérailler la machine.

En tant que cadre, pourquoi ne vous êtes-vous pas exprimé à la veille du match pour recadrer le groupe ?

Le coach s’est exprimé. Il l’a fait pendant l’entraînement. Il a arrêté l’entraînement et a abordé le fait qu’il y avait de la nonchalance et qu’on ne préparait pas notre match pour le gagner. C’est une prise de conscience. On est à l’Euro pour faire un résultat. On n’est pas en balade. On n'est pas à Punta Cana en claquettes. On est là pour jouer des matches et les gagner. On ne peut pas aller en dessous d’un certain niveau d’exigence. Si on a redonné espoir à des gens, ce n’est pas par hasard. Si on repart en arrière, il faut tout recommencer. Chacun doit individuellement repenser à la défaite. Il n’y a pas besoin d’explication.

A la Coupe du monde 2006, pensez-vous que le contexte du match face à l’Espagne (en huitièmes de finale) était le même ?

C’était un contexte différent. En 2006, la sortie du groupe était difficile. Le contexte du match était prenant. Zizou jouait au Real Madrid. La presse espagnole s’était moquée de nos vieux joueurs. Elle disait que le taureau espagnol allait s’amuser avec le coq français. Il ne fallait pas mieux pour motiver nos vieux coqs français. On sentait avant le match que tous les doutes avaient été évacués. On voulait prouver qu’on était les meilleurs sur le terrain. Il y avait la satisfaction à la fin du match d’avoir fait taire les sceptiques français et espagnols. On a gagné ce match grâce à des joueurs exceptionnels.

Propos recueillis par P.Ta