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Riolo : « Deschamps entre reculades et pragmatisme »

Daniel Riolo

Daniel Riolo - -

A trois jours du barrage face à l’Ukraine, retour sur l’un des aspects du mandat de Deschamps à la tête des Bleus…

Deschamps est un pragmatique. Il le dit souvent. Pour lui donc la vérité, c’est ce qui a des conséquences réelles. Pour lui, tout se résume à la capacité à s’adapter aux contraintes de la réalité. Il met son intelligence, son expérience afin d’agir et non pas d’édicter une théorie, une règle qui ne serait pas concrète. Le problème, à mon sens, de cette réflexion, c’est quand elle glisse vers l’idée que tous les moyens sont bons pourvu d’atteindre son but.

J’admire chez Deschamps cette attitude, cette rigidité, ce culte de la performance. Cette volonté d’avancer coûte que coûte. Peu importe ce qu’on laisse, même s’il y a des renoncements, des contradictions voire des « cadavres ». Il avance, veut avancer. Marche ou crève. Réussite ou échec, entre les deux, il s’emmerde. Une sorte de culte voué à la performance. Deschamps pourrait avoir comme devise cette phrase du Cardinal de Retz : « les scrupules et la grandeur ont été de tous temps incompatibles ».

Pourtant, lorsqu’il est arrivé à la tête des Bleus, Deschamps était apparu quelque peu différent. Il parlait de cadre, de principes. Dans un long entretien accordé au Parisien, il parlait du bien et du mal, concepts mal maîtrisés par certains joueurs de l’équipe de France.

Hors la loi, où plutôt hors sa loi, point de salut. Ce n’était même pas des promesses de campagne, il était déjà l’élu. Deschamps avait-il observé ce que Prandelli et Löw avaient fait dans leur pays, l’Italie et l’Allemagne ? Lors de ses premières conférences de presse, on voyait pourtant qu’à l’évocation du sélectionneur italien et de son code éthique, Deschamps tiquait. La morale, le bien, mieux vaut pas trop jouer avec ça. Après tout, Prandelli a parfois été critiqué pour sa rigidité pas toujours égale selon les joueurs. C’est difficile l’éthique.

Personne n’avait obligé Deschamps à parler de ça. Les circonstances l’y ont contraint. Je pense que lui s’en foutait. Les ruines de 2010, la reconstruction ratée de 2012, il fallait bien dire et faire quelque chose. Petit à petit néanmoins, le sélectionneur a naturellement opté pour le « faire ». Les dires ne servent pas sa cause. Et ainsi, à quelques jours de l’un des moments les plus importants de sa carrière de coach, il revient sur à peu près tout ce qu’il avait dit en 2012. Mais au moins, il prévient. Il est honnête. On avait compris depuis longtemps que le cadre, les clous, tout ça, c’était du vent et que le vent, ça change souvent de direction. C’est lui qui tourne d’ailleurs, pas les girouettes.

La mise au point officielle a donc eu lieu ce lundi. Le Parisien et l’Equipe ont eu droit à la confession. « Vous voulez des joueurs éduqués, gentils, beaux alors vous êtes des démago ! » Fallait pas nous vendre un beau projet tout propre alors. On avait compris de toute façon. On y va avec les mêmes, on y est désormais, alors on va pas reculer. C’est là, c’est demain. Evra, j’assume. J’assume tout. On avait compris aussi. Le désamour et autres élucubrations, c’est du passé. Personne n’y a jamais cru à la FFF. Les sondages sont truqués. Dans l’Eurostar, les joueurs sont admirés, reconnus, demandez à Evra !

Deschamps a donc décidé de tout excuser. Tout effacer. Il n’y a qu’une seule vérité, celle du terrain. Celle du résultat. Depuis août 2012, Il n’attendait que ça. En découdre enfin avec la seule réalité qui l’intéresse. Comme si le sport n’était que ça. Après cet entretien, il ne faudra plus l’emmerder avec l’attitude, le comportement des joueurs. Ça passe ou ça casse. Deschamps envoie All In sur ce barrage sans savoir s’il a vraiment bien évalué sa main.

Il veut le soutien de tous face à l’Ukraine en espérant que ce soutien sera naturel au moment d’aller au Brésil. Les critiques doivent donc maintenant se taire.

Reste une dernière question, si Deschamps me l’autorise. Si ça se passe mal, si les Bleus se ramassent dans ce qui sera l’un des pires moments du foot français -on ne le souhaite pas, même si lui le croit- mais donc, si ça arrive ? Est-ce que pour la première fois de sa vie, il en aura des scrupules ?

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Daniel Riolo