RMC Sport

Riolo : « Une élimination juste et souhaitable ? »

Daniel Riolo

Daniel Riolo - -

Retour sur la défaite 2-0 des Bleus vendredi en Ukraine et ses conséquences à trois jours du match retour mardi.

Et si l’élimination très probable des Bleus était juste ? Essayons de ne pas être dans la passion, d’évacuer la déception de ne pas voir « son » équipe au Mondial. Mettons de côté le patriotisme, les différents intérêts des uns et des autres. Restons sur le sport, le mérite. Envisageons cette Coupe du Monde comme la récompense du travail accompli.

Une élimination ne serait-elle pas logique finalement ? Depuis 2006, on l’a dit maintes et maintes fois, rien n’a été fait dans le bon sens. Citons par exemple : choix du sélectionneur, politique de formation, gestion de nos clubs, mentalité générale de notre foot. On doit aussi parler des évolutions, j’ose, des « révolutions » dans le jeu, qui n’ont même pas été envisagées un instant. Blanc y a bien pensé en parlant souvent du modèle espagnol, mais il a été handicapé par son orgueil. Il a voulu mettre en place une autre façon de jouer, mais avec les mêmes hommes, sans chasser les responsables du fiasco de 2010. Sans cesse sous la pression populaire, le rejet naturel de ceux qui devaient le suivre, il a échoué. Ses idées se sont heurtées à cette sale mentalité qui gangrène notre foot. L’affaire dite « des quotas » l’a, par ailleurs et en plus, enfermé, lui et la FFF. Réfléchir sur qui devait, ou non, évoluer en EDF est vite devenu une question sociale. Grossièrement, on peut dire sans être trop caricatural, que sévir quant à l’attitude des joueurs était assimilé à du racisme.

On s’était qualifié de justesse pour le Mondial 2010. Et on a arraché dans le dernier match de poule, grâce à un penalty généreux, le billet pour l’Euro 2012.

Durant cette période, rien n’a changé. Le foot français a continué de croire qu’il possédait du talent. Ce mot résume bien le mal dont on souffre. Ben Arfa avait du talent. L’ex-prodige du foot français est tellement loin des Bleus aujourd’hui. C’est à lui tout seul, une sorte de symbole d’un foot qui se regarde le nombril, qui pense que manier le ballon suffit. Comme si un match de foot était un concours de dribbles ou de jongles.

Le pauvre Ben Arfa ne mérite même plus d’être critiqué. Il est absent des débats. Lui a payé. Les autres sont toujours là. Les leaders : Abidal, Evra, Ribery, Nasri, Benzema notamment. Après la défaite en Ukraine, sans visiblement bien comprendre ce qu’il s’était passé à Kiev, ils nous ont servi la rengaine habituelle. « Sur le papier on est plus fort »… « On a plus de talent pourtant »… Le talent a bon dos. Gasquet souffre et traîne son talent comme un boulet. Combien en France pensent qu’il aurait déjà dû gagner plusieurs grands tournois ?

Mais Gasquet comme les footeux sont-ils les seuls fautifs ? Après tout, les responsables ne sont-ils pas à chercher ailleurs ? Ceux qui créent des stars après un match, une image. Ceux qui ont pourri la tête de ces sportifs avec cette histoire de talent. Ceux-là, ne peuvent être épargnés au moment de pointer du doigt les responsables.

Ceux qui occupent des postes importants et qui pensent qu’il y a 10 Verratti dans le foot français. Que M’Vila vaut bien Thiago Motta, qu’il y a du Messi chez Ben Yedder. Que l’Europa League n’est pas importante. Qu’on peut donner les clefs d’un club comme l’OM à Thauvin et Imbula. Qu’un directeur sportif, parce qu’il est étranger, ne peut pas critiquer les méthodes françaises.

Le talent et le travail ne semblent pas devoir faire bon ménage chez nous. Les deux mots sont incompatibles. Benzema n’avait pas 18 ans qu’on lui disait que le Ballon d’Or lui était promis un jour. Il y a cru, forcément. Récemment une personne que je connais a eu le droit d'assister à un entraînement du Real. C’est, paraît-il, très intense. Tous les joueurs se livrent sans retenue. Qui est, selon vous, le joueur de l’effectif qui donne le moins lors de ces séances ? Indice, Mourinho en avait déjà parlé…

L’échec de Kiev n’est rien d’autre que la résultante d’années de travail bâclé. Comment être étonné par ce qu’on a vu en Ukraine puisque ça fait plus de six ans qu’on ne voit rien.

Le Graet, le boss du foot français, a déclaré y croire encore. Aura-t-il le courage de démissionner en cas de non qualification ? J’en doute. Il est toujours là, malgré ce reportage de « Cash Investigation » qui le faisait passer pour un pantin sans envergure. Le Graet ne pense qu’à 2016. L’Euro que le France va organiser. En attendant, à la FFF, tout le monde sait que son mot d’ordre est « RAB », rien à branler… Un beau programme pour un dirigeant non ?

L’Euro 2016, l’objectif donc. Sans révolution d’ici là, ce sera un échec de plus. Une élimination mardi soir entraînera peut-être, à défaut de révolution, un vrai changement. Un mal pour un bien. Oui je souhaite que la France n’aille pas au Brésil. Un exploit devant l’Ukraine, une soirée de rêve, un match de légende pour rien, à quoi bon ?

A lire aussi : >> Courbis : « La France a encore joué à dix à cause d'Evra » >> Revivez la conf' des Bleus >> Une élimination des Bleus vous affecterait-elle vraiment ? >> Gueule de bois pour les Bleus

Daniel Riolo