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Sagnol : « L’Allemagne, c’est le football d’aujourd’hui »

Willy Sagnol

Willy Sagnol - -

France-Allemagne, c’est une affiche particulière pour Willy Sagnol qui a passé huit saisons au Bayern Munich. Pour RMC Sport, le manager des équipes de France jeunes dresse un panorama alléchant et plein de bon sens du football allemand.

Willy, êtes-vous toujours aussi proche du football allemand ?

Bien évidemment ! J’ai passé douze ans de ma vie en Allemagne. Je me sens très proche de l’Allemagne, du Bayern en particulier et de son football.

La formation du football français a souvent été mise en avant. Peut-on dire aujourd’hui que l’Allemagne a parfaitement réussi à s’inspirer de ce modèle français ?

Je ne dirais pas qu’ils ont copié le modèle français, ils ont simplement pris deux ou trois éléments et les ont adaptés à leur culture. Aujourd’hui, ils proposent plus de jeu qu’auparavant. En France, il y a eu un débat qui disait qu’il fallait copier le modèle espagnol. Il faut prendre des éléments de pays et les intégrer à notre culture.

Cette évolution du football vient-elle aussi des sélectionneurs comme Klinsmann et Löw ?

Jürgen Klinsmann est arrivé en 2004, mais en Allemagne on savait que celui qui réfléchissait à l’évolution tactique et l’évolution du foot de l’équipe c’était déjà son adjoint, Joachim Löw. Klinsmann était là pour l’image et la motivation. Mais c’était Löw qui tenait déjà les rênes. Le voir entraineur en chef est une suite logique. Même si ça fait six ans qu’il est l’entraineur officiel, ça fait huit ans que c’est lui qui amène cette touche tactique.

Que manque-t-il à la sélection pour qu’elle retrouve enfin le succès ?

Il ne manque rien si ce n’est un peu de chance à un moment donné. Même si l’Allemagne a trébuché en finale ou en demi-finale (comme lors de l'Euro 2012 face à l'Italie), il n’y a rien à remettre en cause. Un jour, ça va passer.

Qu’est-ce qui vous séduit le plus dans la sélection allemande ?

La culture est restée : ils démarrent un match pour le gagner. Ils ont mis des éléments techniques pour produire du jeu avec des garçons comme Schweinsteiger, des Tony Kroos ou Mario Götze qui sont des joueurs extraordinaires.

« La plupart des Français ont réussi en Allemagne »

Comment expliquez-vous qu’il y ait peu de stars françaises, à part Franck Ribéry, qui évoluent en Allemagne ?

On touche à un débat autre que le jeu. Les commissions d’agent sont beaucoup plus faibles en Allemagne qu’en Angleterre. Ce n’est pas la seule explication mais c’en est une grosse. La pression médiatique est très forte aussi en Allemagne autour du Bayern et de Dortmund notamment. Quand ils perdent, ça fait du bruit. Bixente (Lizarazu), Franck (Ribéry), Valérien Ismaël, Johan Micoud, moi et la plupart des Français qui sont partis en Allemagne, ont réussi. Ils se sont tous fait un nom. Ils ont été acceptés par les Allemands. Une fois en Allemagne, plus personne ne voulait repartir. Il y a des raisons à ça. Il y a le respect de l’homme avant le respect du joueur. C’est difficile de la comparer à d’autres championnats. En Italie ou en Angleterre, les joueurs changent de clubs au bout d’un an. En Allemagne, les joueurs restent longtemps dans leur club.

Au regard de son économie et de ses stades modernes, beaucoup disent que l’Allemagne est le football de demain. Êtes-vous d’accord ?

Je ne suis pas d’accord, c’est le football d’aujourd’hui. Même s’il n’y a pas encore eu de titres en Champions League, le Bayern a été deux fois en finale, le Borussia est une très belle équipe. C’est un football attractif qui donne envie d’être regardé. Quand j’entends que c’est compliqué en France, je me dis qu’il y a peut-être des idées à prendre du côté allemand parce qu’en 2002 ou 2003, le groupe qui détenait les droits télévisés (Kirch) avait fait faillite. Les clubs s’étaient retrouvés sans ressources du jour au lendemain. Et huit ans plus tard, ils ont réussi à dépasser l’Italie, ils sont au même niveau que l’Espagne et l’Angleterre. Il y a des modèles économiques qui peuvent fonctionner même dans le foot. Seulement, les clubs allemands ont des effectifs de 22, 23 joueurs. Alors qu’en France, on se retrouve avec des clubs de 35 joueurs. Ça fait beaucoup de joueurs, il faut payer les salaires. Aujourd’hui, les clubs sont en difficultés non pas à cause du remplissage des stades mais à cause de la masse salariale trop importante.

Que représente Franck Ribéry en Allemagne ?

C’est un joueur qui est aimé en Allemagne. C’est un joueur un peu atypique, il a été adopté très vite par rapport à ça. Il lui manque un titre majeur, le jour où ça viendra, il passera dans une autre dimension. Je le connais, j’ai joué avec lui, donc je sais qui il est réellement. Souvent son image extérieure ne reflétait pas sa vraie personnalité. C’est dommage, mais chacun est responsable de ses erreurs, ou de ses succès.

Une contre-performance de la France face à l’Allemagne pourrait-elle remettre en cause les derniers résultats convaincants des Bleus face à l’Espagne (1-1) et l’Italie (2-1) ?

Le match en Espagne (1-1) a donné beaucoup de crédit à Didier Deschamps et à ce que font les joueurs sur le terrain. Ça reste un match amical, certes, contre une grande équipe d’Allemagne qui va faire énormément tourner parce que Schweinsteiger ne va pas jouer et Neuer ne va pas être titulaire dans les buts. Je ne vais pas dire que ça va être une Allemagne B, qui ressemblait plus à celle qu’on avait affrontée à Brême il y a un an. Ça va être une Allemagne de grande qualité, et ça va permettre au joueur de repartir après la trêve sur un nouveau processus de victoires.

Propos recueillis par Jean Rességuié