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Sakho, destiné à devenir grand

Mamadou Sakho

Mamadou Sakho - -

En inscrivant un doublé face à l’Ukraine, mardi au Stade de France, Mamadou Sakho est devenu le héros de la nation. Un destin tout tracé pour le gamin de Paris, habitué à sortir du lot depuis sa première paire de crampons.

En cette fin d’après-midi pluvieuse, les enfants enchainent les crochets et les frappes sur l’un des terrains synthétiques du centre sportif des Docteurs Déjerine, à deux pas du périphérique. Au lendemain de la victoire des Bleus face à l’Ukraine (3-0), un nom est au centre de toutes les discussions : celui de Mamadou Sakho. C’est ici, dans le XXe arrondissement de Paris, entre la Porte de Montreuil et la Porte de Bagnolet, que le héros du Stade de France a usé ses premiers crampons. « Je l’aime bien, il a du caractère, glisse Daouda, 8 ans et des faux-airs de Raphaël Varane. Il est musclé et il ne se laisse pas faire. Il nous a sauvés. On s’est qualifiés grâce à lui. » Une admiration partagée par Imad, 7 ans et du mal à tenir en place : « C’est un bon défenseur, il est sûr de lui. Ça me fait bizarre de me dire que Sakho a commencé dans mon club… »

Né le 13 février 1990, « Mamad » a grandi au milieu des cartons. Du XIIIe à la Goutte d’Or, en passant par la Porte de Vincennes et la rue de Reuilly, il a sillonné la capitale au gré des déménagements de sa famille. Mais c’est dans le XXe que le défenseur de Liverpool a appris le football. Avec la certitude d’en faire un jour son métier. « Il a toujours été déterminé et plus mature que les autres, se rappelle Jérôme Marin, son coach en benjamins. A 10 ans, il avait déjà quatre ou cinq ans de plus dans sa tête. Quand il était sur le terrain, on le remarquait parce que c’était un gagneur. Il haïssait la défaite. C’est le garçon qui ne trichait jamais aux entraînements. Il a toujours su ce qu’il voulait. »

Reuzeau : « Il avait un truc en plus »

Pas le choix. Pas le temps. L’histoire de Sakho, c’est celle d’un gamin que la vie a rendu précoce en lui arrachant son père lorsqu’il avait 13 ans. « Je ne cherche qu’à être digne de lui, pas à être célèbre », rappelle-t-il depuis. Une disparation qui a poussé le jeune Mamadou à mûrir plus vite afin d’aider sa mère sénégalaise et ses six frères et sœurs. Le foot est alors devenu plus qu’un passe-temps, une véritable mission. Et c’est avec la hargne de celui qui n’a pas le droit d’échouer que le petit défenseur est devenu un capitaine incontesté. « Ce qui m’a marqué chez lui, c’est sa générosité, souffle Marin, qui parle d’un môme respectueux et souriant. Il était toujours à fond. C’était un leader. Il replaçait ses joueurs, les remotivait. Il prenait la parole à la mi-temps. Je n’ai jamais revu un joueur comme lui. C’était un meneur d’hommes. Il tirait tout le monde vers le haut et ne lâchait jamais rien ».

Une abnégation qui lui ouvre les portes du PSG à l’âge de 14 ans. Le Camp des Loges voit débarquer un phénomène. « Il avait un truc en plus, assure Bertrand Reuzeau, directeur du centre de formation des champions de France depuis 2005. Il était déjà plus lucide que les autres. Il avait un mental très fort. C’était un vrai compétiteur. C’était souvent lui le porte-parole de nos équipes de jeunes. » Surclassé en club et en sélection, Sakho gravit trois par trois les échelons. « Il savait où il voulait aller, poursuit Reuzeau. Son rêve était de jouer au Parc des Princes avec l’équipe première. Et il y est arrivé rapidement ». En 2007, à seulement 17 ans. Quelques mois plus tard, Paul Le Guen lui confie le brassard et en fait le plus jeune capitaine de l’histoire du PSG. La suite, tout le monde la connait. Elle mène à ce doublé magique face à l’Ukraine et à cette success-story qui a ému la France. Bien au-delà du XXe….

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Alexandre Jaquin avec Georges Quirino