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Valentin : « Une absence totale de communication »

Jean-Louis Valentin

Jean-Louis Valentin - -

Directeur délégué de l'équipe de France le 20 juin 2010 lors de l'épisode du bus à Knysna, en Afrique du Sud, Jean-Louis Valentin avait immédiatement quitté ses fonctions devant les caméras du monde entier et fustigé l'attitude des joueurs de l'équipe de France. Ce proche de Noël Le Graët n'a rien oublié.

Jean-Louis Valentin, vous avez été le premier à tirer des conséquences de l’épisode de Knysna en démissionnant sur le champ. Comment avez-vous vécu cette situation ?

Je n’ai pas tout à fait été le premier car Robert Duverne a manifesté le premier son exaspération, peut-être même de manière plus brutale que moi (il avait failli en venir aux mains avec Patrice Evra, ndlr). Mais il est vrai que j’ai tout de suite considéré que la situation était inacceptable et qu’il n’y avait pas moyen de sortir de l’impasse dans laquelle les joueurs s’étaient fourvoyés. Je ne croyais pas du tout à la possibilité d’un dialogue avec les joueurs dans ces conditions. Je pensais que le mal était fait et que, par conséquent, la responsabilité de tout dirigeant était de dénoncer ce qui était en train de se passer.

Y-a-t-il eu une fracture entre vous et Raymond Domenech, surtout lorsque celui-ci a lu le communiqué des joueurs devant les journalistes ?

Oui, tout à fait. J’ai considéré que les dirigeants et le staff technique n’avaient pas à se comporter en porte-parole des joueurs, ni être à la remorque de leurs revendications. Il faut être à l’écoute des joueurs mais aussi assumer ses responsabilités. Je crois que Raymond (ndlr, Domenech) a voulu mettre fin à une situation qui devenait extrêmement pesante pour tout le monde. J’étais d’ailleurs déjà parti à ce moment-là. Dans la lecture du communiqué que Raymond a faite, il faut davantage y voir une forme de désarroi devant une situation qui devenait immaîtrisable qu’une approbation de l’attitude des joueurs.

« Avec une autre direction, les choses auraient pu être différentes »

Un an après, qu’est-ce qui, selon vous, a changé ?

Il y a eu une prise de conscience : il fallait que la FFF, les instances et le sélectionneur reprennent la main sur les joueurs. Il fallait des changements dans la façon de s’adresser aux joueurs, particulièrement dans les sélections de jeunes. Mais aujourd’hui, plus que « l’anniversaire » de Knysna, c’est surtout l’arrivée d’un nouveau président à la tête de la FFF qui importe.

L’élection de Noël Le Graët à la tête de la FFF n’est-elle pas justement la conséquence des événements de Knysna ?

Oui, assurément. Les votants ont voulu quelqu’un qui puisse incarner la FFF dans son autorité et sa diversité. Ils ont fait le choix de Noël Le Graët après une campagne qui, je trouve, a été très digne. Il a ainsi pu dialoguer avec l’ensemble des représentants du football français.

Avec une autre direction au moment des faits, la situation aurait-elle pu être différente ?

Je le crois. J’ai beaucoup d’affection pour Jean-Pierre Escalettes mais je pense que Knysna, c’est deux choses : un président qui avait perdu le contact et l’autorité avec son sélectionneur et un sélectionneur qui avait lui-même perdu le contact avec ses joueurs. Tout ceci a amené une absence totale de communication. S’il y avait eu une autre configuration à l’époque, les choses auraient peut-être été différentes, même s’il est toujours facile de réécrire l’histoire. S’il y avait eu des dirigeants plus conscients de ce que sont les joueurs professionnels, alors les choses auraient été différentes.