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A Lviv, le boycott ne passe pas

Andriy Sadovyy, maire de Lviv

Andriy Sadovyy, maire de Lviv - -

A Lviv, le boycott de l’Euro par certains gouvernements européens est interprété comme un abandon vis-vis à l’Ukraine. Reportage au sein d’un berceau de la Révolution orange avant l’Ukraine-France de ce vendredi (18h).

C’est une ville située à l’ouest de l’Ukraine, ouverte sur l’Europe et sur la jeunesse, comme en témoignent ses 150 000 étudiants pour 800 000 habitants. Une ville désireuse de s’intégrer pour de bon dans l’Union européenne. Alors, quand plusieurs gouvernements européens (dont la France et l’Allemagne) ont décidé de ne pas se rendre en Ukraine pour protester contre les conditions de détention de l’ancienne Première ministre Ioulia Timochenko, emprisonnée à Kharkiv, les habitants se sont vexés. Berceau de la révolution orange en 2004, la ville a massivement soutenu Timochenko lors des élections en 2004. L’absence de grands dirigeants européens donne du coup l’impression que ces derniers placent toutes les villes d'Ukraine dans le même sac : celui de la corruption, de l'injustice et des magouilles politiques. « Beaucoup d'Ukrainiens comme moi ont défendu Timochemko. L’Ukraine n’est pas la même partout, rappelle Andriy Sadovyy, maire de la ville. Les hommes politiques auraient du venir a Lviv ! Ici, les supporters ont pu se rendre compte qu'il y avait une atmosphère chaleureuse et démocratique. » Le Maire de Lviv animera ensuite un colloque avec des journalistes étrangers : « l'Euro 2012 aidera t'il l'Ukraine a entrer dans l'Union européenne ? »

La « petite Vienne », surnom dû à ses rues piétonnes et à ses terrasses de café romantique, se différencie des grandes villes de l’Est proches de la frontière russe, Kharkiv et Donetsk, où se jouera vendredi Ukraine-France (18h). Et parie sur un accueil irréprochable pour changer les idées reçues. Mille volontaires sillonnent les rues pour guider les supporters et les journalistes étrangers et donner une image enfin positive du pays et de cette cité avec son centre-ville classé au patrimoine mondial de l’Unesco, son magnifique opéra Ivan Franko et ses nombreuses églises. « La plupart des gens ici ne soutiennent pas notre président, explique Olena, journaliste à l'hebdomadaire L'Esxpres. Le sport ne doit pas être un otage de jeux politiques. Je suis un peu vexée. Ça aurait été bien que les gens voient que nous sommes Européens et pas orientés vers l’Est. » Le sport ne doit pas être un otage de jeux politiques.

Une etudiante : « On est complètement abandonnés par l’Europe »

Le sujet de l’Europe est au cœur de cette ville. A l’occasion d’un cours de français dans une école privée du centre-ville, un professeur a lancé le débat. Anelya, une etudiante, a accepté de parler à condition de ne pas être filmée ou enregistrée, par peur de représailles. « Ce boycott ne me dérange pas, mais alors dans ce cas il faut que les dirigeants européens restent attentifs sur la situation de l'Ukraine même après l'Euro de football. On est complètement abandonné par les dirigeants européens. L'affaire Timochenko est la preuve des injustices qu'il y a dans notre pays. »

Mais les Lviviens veulent passer outre ce constat. « Je comprends que les politiques français ne veuillent pas être sur une photo avec le président Viktor Ianoukovitch (opposant à Timochenko, ndlr), mais ils auraient dû venir pour honorer le peuple ukrainien, regrette un chauffeur de taxi. Nous sommes une nation d'à peine 20 ans. On aura bientôt une autre image. » Lors de la victoire de l’Ukraine face à la Suède (2-1), lundi, des dizaines de groupes de jeunes supporters ont passé la nuit à chanter l'hymne national. « C'est aussi ça l'Ukraine. Il n'y a pas que l'affaire Timochenko, conclut Pavlo, jeune étudiant. On est fier de notre jeune pays. On l'aime. »

Nicolas Couet avec Florent Germain à Lviv