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Des Bleus vraiment très pâles

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Impuissante et malchanceuse, l’équipe de France a complètement sombré devant l’Italie (2-0) et quitte l’Euro 2008 par la petite porte…

Tout avait si mal commencé… Un léger accrochage du bus des joueurs avec la circulation avant l’arrivée au Letzigrund Stadion. Un signe ? Puis cette sortie prématurée de Franck Ribéry sur blessure, sa cheville gauche ayant plié après un duel avec Zambrotta (8e). Une autre sortie, là encore beaucoup trop rapide d’Eric Abidal suite à une faute dans la surface de l’ancien Lyonnais sur Luca Toni (24e). Oui, en faisant le listing des vents contraires qui ont soufflé sur le paquebot bleu, il n’y avait vraiment pas la place pour les Tricolores d’aller chercher une hypothétique qualification pour les quarts de finale.

L’équipe de France aura au bas mot existé une petite poignée de minutes. Huit donc, juste avant la sortie de Ribéry. Après ce premier incident, cet Italie-France n’a plus vraiment été le même pour le onze choisi par Raymond Domenech. Complètement déstabilisé par la sortie de son stratège et principal animateur de jeu, le groupe bleu blanc rouge a balbutié son football. Les approximations que l’on avait pu voir face à la Roumanie et qui s’étaient affichées en grandeur nature face à l’armada offensive néerlandaise ont pointé à nouveau le bout du nez sur la pelouse suisse. Changez les hommes en défense… et le constat reste le même. Domenech avait fait le choix de révolutionner son arrière-garde lors d’une finale décisive pour l’avenir de son groupe. Encore une fois dans cette compétition, l’ancien guide des Espoirs aura prouvé toute sa science du... mauvais coaching. Abidal dans l’axe, son gros pari, n’aura à peine tenu le choc plus d’une demi-heure. Avant, ce dernier aura accroché Luca Toni dans la surface, pris son carton rouge et abandonné ses coéquipiers à leur sort.

Poisseux jusqu’au bout

Pirlo se charge alors de transformer le penalty ainsi généreusement accordé par son adversaire (25e, 1-0)…et le sort en est déjà jeté pour des Bleus décidément bien pâles. Cette poisse qui colle à la peau des partenaires de Thierry Henry, capitaine d’un soir, ne les quittera plus jamais. Difficile en effet de s’en sortir lorsque l’on joue à dix contre onze et qu’on ne parvient pas à proposer un jeu collectif, offensif et construit cohérent. Difficile à avaler également pour des Bleus illusionnistes, eux qui avaient si bien commencé sans jamais parvenir à confirmer. Non, en infériorité numérique, le poids de la tâche qui attendait les Tricolores était trop lourde. Et lorsqu’un coup franc axial – donc probablement facile pour Coupet – de De Rossi vient percuter le pied de Thierry Henry et s’engouffre dans le but bleu, la messe est dite, le renoncement total. L’envie de tout plaquer est alors la plus forte.

D’ailleurs, les Bleus, malgré un sursaut d’orgueil pour certains, l’ont bien vite compris en lâchant mentalement au fur et à mesure des minutes. Le quatuor inédit Evra-Abidal-Gallas-Clerc a disparu de la situation aussi vite qu’il n’a démarré la partie. Le milieu de terrain, complètement désorienté après la sortie de Ribéry, n’a jamais pu, malgré un Toulalan exemplaire, prendre la mesure de son homologue italien. Quant à l’attaque, cette dernière (Henry-Benzema) s’est montrée beaucoup trop timorée, peu complice et parfois même individualiste pour espérer inverser la vapeur. Bref, il y avait si peu d’essence dans le moteur français, si peu de classe parfois, de chance et d’efficacité dans le contenu couché sur le pré des troupes de Domenech pour espérer plus… que le score de mardi soir.

Le mauvais karma de Domenech

Domenech, parlons-en justement. Parce que demain, après-demain, c’est son nom qui alimentera les pages de la presse spécialisée, des chroniques sportives, qu’elles soient télévisuelles ou radiophoniques d’ailleurs. Le sélectionneur a affiché ses limites, réalisant l’impensable : sortir Nasri (entré à la 10e, remplacé à la 26e) pour faire entrer Jean-Alain Boumsong, un choix qu’il expliquera par le carton rouge reçu par Abidal. Un choix surtout qui se révélera aux yeux de tous comme incohérent, le minot Marseillais étant l’un des rares joueurs de la liste à pouvoir, Ribéry exclu, tenir le ballon et assurer une bonne relation entre le milieu de terrain et la ligne d’attaque bleue. Qui plus est à dix contre onze. Domenech a fait du Domenech donc, improvisant plus qu’anticipant, se fourvoyant lui et ses principes, lui et ses Tricolores surtout, éliminés d’une compétition dans laquelle ils ne sont jamais véritablement entrés.

Cet Euro 2008 restera donc cauchemardesque pour cette équipe de France. Il aurait pu l’être encore plus si Toni (4e 28e, 29e) et ses compères n’avaient pas vendangé allégrement tout ce qu’ils pouvaient sur la pelouse du Letzigrund Stadion. Deux fois, le poteau de Coupet sauvera la baraque tricolore. Un Coupet complice sur un coup franc de Grosso (45e), un portier français à la peine sur une frappe de Toni (90e+3) décidément loin de son réalisme munichois… Heureusement pour un groupe France parfois près, trop près de la correctionnelle et malchanceux sur les rares occasions qu’il s’est procuré (Benzema, 49e et 75e).

L’histoire retiendra que ce groupe, régénéré sur le tard et guidé par un sélectionneur plus fantasque que fantastique, a explosé en plein vol sans afficher ce qu’elle valait, n’en déplaise à Raymond Domenech qui a vu chez elle « de la fierté » et « des belles choses ». Non, rien de tout cela n’a eu sa place dans le camp bleu mardi soir. Rien d’héroïque, rien de glorieux. Comble du mauvais goût, Domenech, qui sait probablement que sa tête roulera sur le billard, a profité de l’élimination des siens pour demander en mariage… la belle Estelle Denis. Une sortie digne du bonhomme, complètement en décalage avec le contexte et avec sa fonction. Manqué M. Domenech. Le 17 juin 2008 au soir, la France du foot n’oubliera pas, malgré vos efforts démesurés, le fiasco de votre campagne européenne…

La rédaction - Alix Dulac