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Escalettes : « Pas de solution miracle »

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Le président de la FFF a souhaité faire le point sur le maintien de Raymond Domenech. Pour lui, ce choix ne prendra pas forme sans de profonds changements.

Jean-Pierre Escalettes, vous avez décidé de maintenir Raymond Domenech à son poste. Pourquoi ?
C’est le conseil fédéral du 3 juillet 2008 qui a statué pas celui de 2002 ni de 2003 ( en référence au précédent Roger Lemerre). On a des éléments positifs qui nous laissent entendre que Raymond Domenech a les joueurs, l’esprit, la confiance et la détermination pour réussir. Nous n’avons jamais affirmé que nous ne puissions pas nous tromper. Nous ne détenons pas la vérité absolue. Dans la vie, il faut savoir se lancer des challenges. Son maintien en poste en est un. Nous n’avions pas la solution miracle qui nous aurait permis d’affirmer que tout irait bien pour le prochain Mondial.

Avec un premier bilan après trois matches éliminatoires, est-ce que cela n’est pas lui rajouter une pression supplémentaire vue celle qu’il subit déjà de la presse et de l’opinion publique ?
Je pense qu’un entraîneur de ce niveau-là doit savoir vivre avec la pression. Bien sûr que la pression sera plus grande et que si la presse le cuisine, ce sera dur pour lui. Mais cette situation, il l’assume. On lui a longtemps demandé s’il était prêt à faire face à cela. On ne l’a pas mis dans les meilleures dispositions. En plus, il est obligé d’accepter beaucoup de choses, beaucoup de modifications, au niveau de son staff, de sa communication. Mais pour nous, il s’agissait de la meilleure solution. Il était plus facile de décider autrement, peut-être. Mais nous avons des données que n’a pas l’opinion publique. On n’a pas fait ce choix pour souffrir.

« La meilleure solution pour nous »

Qu’est-ce qui n’a pas été dans la communication de Raymond Domenech ?
Pour moi, cette communication a été trop souvent désastreuse parce que trop personnalisée. On ressentait une forme d’agressivité, de manque de transparence, bref, il y a eu toute une série de choses qui a fait que cette communication ressemblait un peu à du vinaigre que l’on mettrait sur une plaie. La communication doit être aussi un échange et cela n’était pas vraiment le cas. Donc, ça il faut que ça change. Raymond a demandé de pouvoir s’appuyer sur les services fédéraux, le directeur de la communication, que le président s’implique davantage, bref de se faire aider. Maintenant, il n’a qu’une mission, s’intéresser au terrain, toujours au terrain… Cela ne veut pas dire qu’il ne va pas communiquer mais il le fera sur l’équipe de France. Sa communication devra être centrée et non personnalisée.

On a beaucoup parlé d’un manque d’âme dans cette équipe de France. De dysfonctionnement, de tensions aussi…
Ecoutez, il n’y a pas eu de chamaillerie, de prise de bec, ce n’est pas vrai. Il y a eu une équipe triste, triste comme le temps, une équipe qui ne faisait pas rêver. Une équipe un peu trop calme. Elle était comme ça parce qu’elle était enfermée à double tour, parce qu’elle n’était pas ouverte vers l’extérieur. Alors le syndrome de 2002, je veux bien l’admettre mais aujourd’hui on est en 2008. L’équipe de France doit s’ouvrir, s’oxygéner. Evidemment, il faut trouver un juste milieu, ce n’est pas une colonie de vacances l’équipe de France, vous savez. Elle est tenue à des résultats cette équipe. Mais à un moment donné, trop c’est trop.

« L’avis d’Houllier et de Platini n’ont pas été anodins »

L’avis des joueurs de l’équipe de France a-t-il compté dans votre choix ? Cela vous a-t-il influencé ?
Cela a pesé. Mais cela n’a pas été essentiel… parce qu’en plus de ce que vous avez pu voir dans la presse, moi, j’ai eu d’autres entretiens avec les joueurs. Mais si j’avais senti quelque chose d’extrêmement négatif concernant le sélectionneur, je l’aurais pris en compte. Je ne l’ai pas senti. Je répète encore une fois, leur avis n’a pas été déterminant. Ce qui a été déterminant, c’est le terrain et les conseils que j’ai reçus de Gérard Houllier et de Michel Platini. Je suis même allé exprès à Vienne pour avoir une longue discussion avec lui. Quand moi, président de la fédération de football, je m’adresse à ces pontes qui ont été sélectionneurs de l’équipe de France, sélectionneurs de grandes équipes, qui ont joué au plus haut niveau, leur avis ne peut être anodin.

Raymond Domenech va être mis sous tutelle, en quelque sorte. On parle de la création d’un Club France 2010…
En ce qui concerne le Club France, je tiens à préciser qu’il a toujours existé. Ce n’était pas vraiment un comité de gestion à proprement parler, c’était surtout un groupe politique. Maintenant, je l’admets, j’ai oublié de le réunir depuis juillet 2006. On était un petit peu sur un nuage et on n’a pas fait travailler le comité de gestion. On a un peu rafraîchi son nom, en le nommant Club France 2010 et il sera chargé de s’assurer que les intentions prises par Raymond Domenech soient bien respectées. Ce conseil de gestion sera constituée d’une dizaine de personnes, dont le président de la FFF, le DTN, le président de la LFP, le sélectionneur, les deux directeurs généraux et des représentants du football amateur et du football professionnel.

« Pas de risque personnel »

Vous ne prenez pas un risque personnel avec le maintien de Domenech puisqu’en septembre, il y a les élections à la présidence de la FFF…
Alors là… permettez-moi de vous dire que je ne prends pas de risques personnels à mon âge. Je ne sais même pas si je vais me représenter. Maintenant, s’il y a une catastrophe et que je me trouve dans l’obligation de partir, ce sera un échec de l’équipe de France. Là, le président sera obligé, puisqu’il est en première ligne, de prendre les décisions qui s’imposent.

Le staff médical devrait rester en place malgré l’échec Vieira ?
Le staff technique de Raymond Domenech est coupé en deux. Une partie concentrée sur l’organisation des voyages, de l’encadrement et un autre chargé du terrain. Gérard Houllier et Raymond Domenech ont pour mission de mettre en place rapidement un staff nouveau et opérationnel. A ce moment-là, le problème du staff médical sera résolu. Concernant Vieira, c’est un pari que l’on a souhaité prendre. On savait très bien qu’il ne pourrait pas jouer les deux premiers matches. Ne tirons pas sur le joueur, qui a été durant l’Euro le plus malheureux des hommes. Je ne dis pas que le staff médical a fait une erreur. Je dis qu’il a travaillé avec les éléments qu’il avait en sa connaissance.

Il ne faudrait pas revoir le système des contrats avec les sélectionneurs de l’équipe de France, pour s’éviter ce genre de problèmes à l’avenir ? Comme des contrats de deux ans ?
L’aspect financier n’a jamais été un problème. Raymond Domenech a deux contrats. L’un a durée indéterminé d’entraîneur national, l’autre déterminé de sélectionneur. Nous avons à n’importe quel moment les moyens de mettre fin à ce contrat. Ce n’est pas un problème économique qui a dicté notre choix.

Vous avez reçu des garanties sur la future façon de jouer de l’équipe de France ? Qu'elle montre un visage plus offensif par exemple...
Non, mais cette envie offensive... c’est mon souhait le plus cher.

La rédaction - François-Xavier de Châteaufort -Luis Attaque