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Euro 2016 : Pourquoi fêter les vaincus ?

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Les vingt-trois joueurs et le staff de l’équipe de France ont été reçus à l’Elysée pour déjeuner ce lundi midi. Les Bleus paraissaient encore abattus après leur défaite en finale de l’Euro au stade de France dimanche soir. Leurs supporters, regroupés par dizaines, sont venus prolonger la fête.

Les tricolores ont mis du temps à comprendre. Sur la pelouse du stade de France, dimanche soir, Paul Pogba, inconsolable, tournait en rond devant l’un des deux buts. Comme s’il se repassait le film de cette finale. A quelques mètres du poteau trouvé trente minutes plus tôt par André-Pierre Gignac. Le milieu de terrain a fini par remonter son t-shirt sur son visage. Comme pour oublier cette soirée.

Le sentiment étrange de prolonger l'échec

Ce lundi midi, pourtant, les Bleus avaient une dernière obligation. Et pas des moindres. Ils ont été reçus à l’Elysée par le président de la République François Hollande. Avant la finale, le chef de l’Etat avait déjà salué une « victoire pour la France. » Durant quelques heures encore, les joueurs de Didier Deschamps vont devoir assurer le job. S’entendre dire que « c’est déjà bien. » Mais cela ne rendra la défaite que plus amère.

Ces félicitations adressées au vaincu ne sont pas inédites en France. En 1976, déjà, l’épopée des Verts était célébrée. Au lendemain de leur défaite en finale de Coupe des clubs champions, les Stéphanois ont descendu des Champs-Elysées colorés de vert par les fans ayant vibré au rythme des hommes de Robert Herbin. Dominique Rocheteau, l’ailier de l'ASSE à l’époque, raconte pourtant dans son autobiographie le sentiment étrange inspiré par ce défilé. Pourquoi prolonger une défaite ? Pourquoi faire souffrir des joueurs encore marqués par l'échec ?

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La ferveur des supporters

Le 10 juillet 2006, au lendemain de la défaite en finale du Mondial allemand, les Bleus avaient, eux aussi, dû faire le job. David Trezeguet, auteur du penalty manqué lors de la séance de tirs au but la veille, s’était excusé auprès de la foule pour sa tentative sur la barre transversale. L’attaquant avait alors reçu une ovation. Un signe peut-être bon pour l’orgueil du joueur. Aussi, et surtout, cette apparition était un soulagement pour les supporters.

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Les plusieurs milliers de fans rassemblés à la place Concorde ce jour-là avaient alors pu rendre hommage à ces joueurs qui les avaient tous fait vibrer. Comme ce lundi midi, finalement. Dans les rues adjacentes à l’Elysée, vers 13 heures, plusieurs dizaines de supporters français se sont massés pour accueillir leurs héros. Quelques drapeaux flottaient ça et là, comme le prolongement de la fierté qui avait envahi la France les jours précédant la finale.

Du plaisir en rab

Sur place, "on veut voir Griezmann." Remercier l’équipe de Didier Deschamps car "c’est merveilleux." On pourrait débattre de l’utilité de fêter une équipe vaincue. Ces supporters donnent leur réponse. Ils sont là pour prolonger l’insouciance du début de l’été. S’offrir un dernier moment de partage alors que, dimanche soir, la désillusion les a empêchés d’investir les Champs-Elysées pour fêter le titre tant attendu.

Car, au fond, ce n’est pas tant le geste politique de François Hollande – tout amateur de foot qu’il soit – qui est en question ce midi. Lorsqu’ils fêtent les héros, vainqueurs ou vaincus, les supporters ne demandent qu’un peu de rab. En donnant quelques heures de plaisir en plus à leurs fans, aussi dur ce moment soit-il, les Bleus ne font là que leur job. Et, du 10 juin au 11 juillet, ils l’ont plutôt bien fait.

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Euro 2016

F.P.