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L’Allemagne à la sauce turque

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Longtemps aux prises avec la Turquie, la Nationalmannschaft a fini par prendre le meilleur sur la formation de Fatih Terim (3-2). Les Allemands se qualifient pour la finale de l’Euro 2008.

Parfois, la parole d’un coéquipier, surtout si ce dernier se révèle être la star de votre formation, peut avoir valeur d’évangile. Notamment lorsque celui-ci s’appelle Nihat. La force de frappe numéro un de la sélection turque avait prévenu les siens : les miracles ne peuvent pas toujours se reproduire. A sa décharge, ses quelques mots ont été entendus mercredi soir sur la pelouse du Parc Saint-Jacques de Bâle, matérialisés par des coups de boutoir tardifs mais décisifs de la part des joueurs adverses (3-2). Sa formation, longtemps au coude à coude avec l’Allemagne, a fini par baisser pavillon alors que les contours d’une probable finale lui tendaient les bras… si près, si loin.

Non, le miracle était allemand cette fois. Car c’est un véritable come-back des enfers que la Nationalmannschaft a effectué face à des Turcs pour une fois vaillants, toniques, disponibles, le tout dès le début de la partie. Bref, pour une fois, la sélection de Fatih Terim a pris son match par le bon bout, agissant d’entrée et ne se contentant plus de réagir. Une attitude assez étonnante pour une formation largement amoindrie, entre les suspensions - le défenseur Emre Asik, les milieux Tuncay Sanli et Arda Turan et le gardien Volkan Demirel – et les blessures - Emre Güngör, Emre Belözöglu, Tümer Metin, Servet Cetin et Nihat Kahveci donc. Visiblement, tout cela n’a pas pesé bien lourd dans la tête des Turcs. Organisés autour d’un 4-1-2-2-1 particulièrement gênant pour l’adversaire, ce sont eux qui ont remporté la bataille du milieu, de façon très rapide d’ailleurs.

L’Allemagne n’a dû d’ailleurs qu’à un relâchement coupable de la défense adverse la chance de rester en vie à la pause, par l’intermédiaire de Bastian Schweinsteiger (26e). Jusque-là, le joueur du Bayern Munich, en difficulté dans son club, était l’un des seuls à secouer le cocotier national. Ballack et Klose inexistants, le jeu turc a pu dérouler sans opposition et sans crainte. Boral (22e) profite d’ailleurs d’une frappe de Sentürk sur la transversale allemande et d’un mauvais placement de Lehmann pour libérer les siens. Une libération donc de courte durée… mais méritée après une banderille fracassante des hommes de Fatih Terim, un obus signé Kazim (13e). Un signe fort surtout de la part des Turcs, complètement dans le tempo d’une demi-finale alerte, après dix minutes de jeu pourtant assez molles.

Frings et ça repart

Finalement, c’est dans un registre dans lequel on l’attendait le moins que l’Allemagne a réussi à s’en sortir. Pas de pirouette, juste du cœur et un coaching inspiré mais forcé qui a tout changé pour les hommes de Joachim Löw, particulièrement fébriles – ah…Ballack et ses gestes d’humeur – tout au long de la partie. En effet, Rolfes, blessé, cède sa place en seconde période à Frings (46e). L’entrée en jeu du milieu de terrain du Werder Brême va redonner un semblant de liant, de cœur et d’âme à sa sélection. Pas suffisamment pour gommer toute la fébrilité apparente sur la pelouse suisse du groupe de Löw mais de façon convenable, assez pour permettre à ses coéquipiers de retrouver leurs esprits. La Mannschaft s’enhardit, fait parler sa densité physique et profite d’un moment d’errance de Rüstü pour offrir à Klose l’opportunité de se mettre en lumière au moins une fois dans ce match (79e).

La partie s’emballe alors. La faute d’ailleurs à Lehmann, terriblement maladroit et encore mal inspiré sur un centre tendu de Sabri repris victorieusement par Sentürk (86e). Fatih Terim lève alors le poing. L’histoire semble encore en marche pour la Turquie mais elle n’aura pas duré longtemps. Les siens, qui ont très probablement réalisé leur meilleur match du tournoi, craquent, fait inhabituel dans ce championnat d’Europe. Lahm, humilié sur son flanc gauche sur le deuxième pion adverse, s’empresse, d’une remontée de terrain rageuse, de planter un couteau douloureux dans le flanc turc, le tout dans les dernières secondes du money-time (90e). Méconnaissable, incapable de se hisser à la hauteur de son statut, la Mannschaft a déçu, troublé, inquiété. Forcément, la finale de dimanche s’annonce délicate pour des Allemands véritablement empruntés. Mais la sélection dirigée par Löw a déjà prouvé qu’elle n’était jamais aussi forte que lorsqu’elle n’était pas dans les petits papiers des bookmakers. De quoi redonner confiance à des supporters qui eux, avaient déjà anticipé les choses. D’une banderole culotté en début de match : « Vienne est notre destination finale », ces derniers avaient, selon eux, donné le ton de de la partie. Ils ont vu juste. Aux leurs désormais de finir le boulot dans quatre jours.

La rédaction - Alix Dulac