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L'Espagne en habit de lumière

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L’Espagne a remporté son deuxième titre de champion d’Europe après une victoire un but à zéro sur l’Allemagne à Vienne.

Tout le temps placée parmi les équipes favorites au départ d’une compétition, l’Espagne n’avait connu qu’une seule fois le frisson de la victoire dans une compétition internationale. C'était en 1964. Voilà cette erreur réparée lors de ce dimanche d’été à Vienne. Comme à la corrida, l’Espagne a mis trois tercios, trois séquences, pour venir à bout de son adversaire. Un taureau allemand, capable de coups de cornes mais qui devait accepter le jugement de l’arène : le taureau ne gagne presque jamais.

Un scénario de corrida

Premier tercio. L’Espagne observe l’Allemagne. Les joueurs de Joachim Löw commencent très fort. Pas stressés par l’enjeu, pas gênés par les aficionados, ils se ruent tête baissée dans la rencontre. Sans réfléchir. Un quart d’heure de folie allemande mais complètement improductive avec aucune occasion dangereuse pour la Mannschaft malgré un pressing très productif. Passé ce moment, la Roja envoie ses chevaux caparaçonnés, ses picadors vont faire mal aux Allemands. La première, une frappe d’Iniesta que Metzelder manque de détourner dans ses propres cages. La seconde, une tête à bout portant d’El Nino, Fernando Torres, qui finit à la base du poteau droit de Jens Lehmann qui était battu. L’Allemagne comprend que ça peut faire très mal et se met à cogiter.

L’Allemagne se fait dominer

Deuxième tercio. Luis Aragones envoie ses banderilles. Le toque rouge se met en place. Jeu court à une touche de balle. Le milieu de terrain des Ibériques empêche le pressing allemand. L’Allemagne est touchée, au propre comme au figuré, la tête du taureau germanique saigne. Ballack est ouvert au niveau de la pommette. Et il perd la tête en commençant à multiplier les fautes, à chercher la banderille pour se faire planter. La Mannshaft va finir par être touché au plus profond de sa chair. Torres qui s’était déjà frotté à Mertesacker, va viser Lahm. Le joueur de Liverpool va résister à la charge du petit taureau du Bayern et mystifier Lemhann d’une superbe pichenette. L’Allemagne crie car elle ne peut rien faire. Elle n’arrive pas à toucher ces peones espagnols qui récitent leur football comme le torero récite ses passes. Et cela va durer jusqu’à la fin de la première mi-temps. Sous le ciel viennois, le public attend une réaction du taureau dans le dernier tercio, montrer qu’il a du corps, qu’il est noble et c’est ce qui va se passer.

L’Espagne a maté le taureau allemand

Troisième et dernier tercio. 45 minutes de faena. Les Espagnols régalent. Ils continuent sur la lancée de la fin de première mi-temps. La frappe de Silva rase le poteau de Lehmann. L’Espagne est facile, s’endort un peu, et ne voit pas que le taureau commence à comprendre où il faut viser. Sa tête et ses cornes se rapprochent. Ballack manque de toucher l’Espagne mais son tir finit dans le petit filet de Casillas. Le taureau se fait de plus en plus pressant mais il manque ce petit soupçon de réussite qui pouvait changer la tournure des événements comme quand Kuranyi ratait son contrôle alors qu’il était seul devant le portier espagnol. La peur passée, les Espagnols comprennent et remettent la machine en route. Avec maestria. Les passes s’enchaînent avec délice, Iniesta à la 69e puis Senna à la 80e font le spectacle mais sans oser porter l’estocade. On sort enfin la muleta. Derniers mouvements. La bête est fatiguée mais encore vivante pour tenter une dernière attaque avortée par une faute. L’estocade, le coup d’épée dans l’échine viendra à la 93e minute quand Mauro Rosetti sifflait la fin de la rencontre. Les Allemands posaient les genoux à terre et expiraient une dernière fois (1-0). Merci à ce taureau qui a fait honneur à sa caste, il n’a pas eu droit à son tour d’arène. Bravo au matador. Pas d’oreilles, ni de queue pour ce torero mais une Coupe Henri Delaunay qu’ils n’avaient plus soulevé depuis 44 ans et des tours d’honneur devant des aficionados qui n’agitaient pas des mouchoirs blancs mais des drapeaux espagnols. L’Espagne est récompensée après trois semaines de compétition où elle a pratiqué l’un des plus beaux jeu du tournoi. Joueur modèle de cet effectif, Iker Casillas, a tenu la baraque avant de soulever le trophée. Dépositaire de l’esprit de cette équipe, Casillas est le symbole de cette Espagne conquérante, qui attire et qui séduit. Parce qu’elle est ce torero impeccable, la tête haute, qui ose affronter la mort mais qui s’en sort toujours.

La rédaction - Morgan Maury