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La Turquie aime vraiment le suspense

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Les Turcs, à l’usure, ont finalement dominé des Croates pourtant beaucoup plus dominateurs (1-1, 3 t.a.b à 1). La séance de tirs au but a été fatale aux hommes de Slaven Bilic.

Joachim Löw n’a pas dû perdre une seule minute de ce Croatie-Turquie. Jusqu’au bout, très certainement, le sélectionneur allemand, même lors des périodes les plus mornes de ce deuxième quart de finale de l’Euro, n’a pas laissé ses yeux quitter son écran de télévision, rivé sur la performance des vingt-deux acteurs et prenant bien note des caractéristiques du futur adversaire de la Mannschaft. Manque de chance pour lui et ses hommes, ce ne seront pas les Croates, contre qui les Allemands auraient probablement nourri un sentiment de revanche, qui se dresseront face à eux lors du dernier carré de la compétition… mais des Turcs incroyablement déroutants.

En effet, au terme d’une rencontre peu rythmée, globalement dominée par des Croates plus techniques, plus entreprenants mais incapables de donner le coup de rein nécessaire, c’est la Turquie qui a su tirer son épingle du jeu. Sans proposer un football spectaculaire, les hommes de Fatih Terim, plutôt bien en place sur le pré, ont su faire le dos rond, résister et laisser parler leur orgueil au bon moment pour ne pas sombrer. Comme face à la République Tchèque, le troisième du Mondial 2002 a surgi de nulle part, estoquant dans son flanc une formation croate un peu trop vite libérée. En trois minutes, les protégés de Slaven Bilic se sont désunis, ont relâché le semblant d’étreinte qu’ils avaient imposé à leur adversaire et se voyaient déjà retrouver l’Allemagne sur leur route. Ivan Klasnic, entré en cours de partie (97e) pensait même pouvoir sortir sa cape de héros, lui si proche d’être le symbole d’un coaching gagnant en ouvrant le score (119e, 1-0).

Trois minutes, c’est peu et c’est également largement suffisant pour des Turcs en passe de devenir des véritables spécialistes du money-time. Un long ballon de Rüstü, un mauvais alignement de la défense croate doublé d’un manque de réactivité et Semih Senturk, lui également entré en jeu, fusille de près Pletikosa (121e, 1-1). En même temps qu’il fusille les derniers espoirs de demi-finale de la formation croate. Car, tout comme face aux Tchèques en « finale » de poule (Groupe A), plus rien n’est pareil dans la tête des onze acteurs choisis par Bilic. Atteints par ce revirement de situation, les Croates tirent la langue. Baissent la tête comme écrasés par un scénario trop fort pour eux.

La faillite mentale des Croates

Comment ne pas les comprendre ? Des occasions de tuer le match, de mettre au pas la formation turque, ils en ont eu à la pelle. Une transversale pour Olic (19e), deux face-à-face manqués ensuite par l’attaquant croate (51e et 90e) et une tête hors-cadre (73e) sans compter un coup franc de Srna repoussé par Rüstü (84e), cela fait trop. Beaucoup trop. Aussi bien pour Olic, remplacé malheureux en prolongation que pour son sélectionneur, complètement écoeuré devant le manque de réalisme de ses hommes.

Comment, dans ces conditions, reprendre le match par le bon bout et ne pas succomber à la peur d’une élimination ? La séance de tirs au but, à ce niveau-là, ne ment pas. Les questions sont croates, la fébrilité également et Modric, un ton en-dessous de ses dernières prestations sous le maillot à damier, perd la vue et frappe à côté. Premier tireur, le futur meneur de jeu de Tottenham donne le ton. Rakitic l’imitera avant que Petric ne voit purement et simplement Rüstü enlever son tir du cadre. Une parade décisive qui réhabilitera l’ancien portier du FC Barcelone auprès du peuple turc, ce dernier lui ayant reproché son manque de régularité depuis sa belle copie du Mondial 2002. Le poing serré, le gardien turc peut exulter.

Vendredi soir, ce ne sont pas les plus forts sur le pré qui ont gagné, mais ceux, finalement, qui ont su jusqu’au bout s’accrocher à leurs rêves. Incorrigibles rois du suspense et dotés d’un mental en béton armé, les Turcs ont désormais cinq jours pour se refaire un physique à neuf pour affronter l’Allemagne. Surtout, ils devront mettre à profit ce laps de temps pour soigner un Nihat blessé (probablement victime d’un claquage) et apprendre à composer sans Volkan, Arda, Emre Asik et Tuncay, tous suspendus. Joachim Löw l’a bien compris. Il va devoir donner des cours d’auto-persuasion à ses hommes pour ne pas imiter les Tchèques et les Croates dans cet Euro.

La rédaction