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Les Bleus au frigo

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Cette semaine à Donetsk, le thermomètre flirte chaque après-midi avec les 33°C. C’est par cette température que les Bleus affronteront l’Ukraine vendredi (18h) lors de leur 2e match de l’Euro. Pour contrer la chaleur, les Français ont tout prévu.

L’image a créé le « buzz » de ce début de campagne européenne des Bleus. On y voit Franck Ribéry en pleine séance de cryothérapie. Seul son visage dépasse du caisson de refroidissement dans lequel son corps est « plongé ». Mais c’est son sourire crispé, certainement piqué par une température dans la cabine avoisinant les -160°C, qui donne à la scène une irrésistible dimension comique. « La cryothérapie est le traitement par le froid », indique le dictionnaire médical. Quitte à bousculer parfois le confort des joueurs, c’est la méthode choisie par le staff tricolore pour contrer les fortes chaleurs qui sévissent actuellement sur la région de Donetsk. Et accélérer le processus de récupération. Les difficultés des Bleus à parfois mettre du rythme face à l’Angleterre lundi (1-1) n’ont fait que renforcer la priorité pour les joueurs de conserver un maximum de fraicheur.

« Quand vous faites un effort, sur 100 calories, 20 servent à avancer, et 80 sont dépensées sous forme de chaleur », explique Philippe Le Van, médecin à l’INSEP. « Beaucoup de mécanismes vont donc se mettre en marche pour diminuer la température, poursuit Fabrice Bryand, médecin de l’équipe de France. Ces mécanismes ont un coût énergétique pour les sportifs. Plus vite on va diminuer ce coût parasite, mieux on sera pour commencer l’effort suivant.» D’où la nécessité de refroidir les organismes. Lors du stage au Touquet, le staff des Bleus avait installé devant l'hôtel une cabine appartenant à l'équipe cycliste AG2R La Mondiale, qui utilise ce procédé depuis plusieurs mois déjà. En Ukraine, des caissons de cryothérapie « corps entier » ont donc été amenés dans le camp de base de Kirsha. Les joueurs y passent entre 2 et 3 minutes. 

Les « cryovestes », l’arme fatale des Bleus

Mais le joujou extra des Bleus, ce sont les cryovestes, que les joueurs utilisent pendant l'entraînement, mais aussi avant et après, ainsi qu’à la mi-temps des matches. « Ce sont des gilets qui ressemblent à a des gilets par balle avec 8 packs de glace, décrit Fabrice Bryand. On peut même s’échauffer ou s’entrainer avec. Ce sont des vestes qui pèsent 400g à vide et avec les packs 1kg 900g. Les joueurs peuvent le mettre avec un petit t-shirt ou à même la peau. Ils ont été développés avec l’armée et les pompiers de Paris. » Un équipement spectaculaire qui pose cependant la question de son utilité réelle. « Beaucoup d’études montrent que c’est efficace, en récupération et même en précooling c'est-à-dire à l’échauffement, confirme de son côté Philippe Le Van. Quand on s’échauffe avec, ça permet de réduire les pulsations cardiaques. » 

Nouvel équipement à la mode, les cryovestes existent depuis longtemps dans le paysage des sportifs. Des modèles ont ainsi été testés lors des JO de Sydney en 2004, puis à Pékin il y a quatre ans. Cet été, les athlètes tricolores en auront à disposition à Londres, même si les températures anglaises devraient se montrer moins agressives que celles de Donetsk. Vendredi face à l’Ukraine, les Bleus en feront le meilleur usage. Mécanique de haute précision, le physique du footballeur professionnel le sait mieux que personne : au plus haut niveau, chaque détail compte. 

Le titre de l'encadré ici

Un parfum de 86… |||

Les grosses chaleurs, les Bleus ont déjà connu ça en compétition internationale. Ils ont même écrit l’une des plus belles pages de leur histoire par une étouffante journée mexicaine de juin 1986. Vainqueurs du Brésil (1-1, 4-3 tab) en quart de finale de la Coupe du Monde dans la moiteur de Guadalajara, les Bleus avaient su dompter des conditions climatiques terribles pour les organismes. Membre de la Dream Team RMC Sport, Luis Fernandez, auteur du penalty de la libération ce jour-là, se souvient. « C’était très dur. Jouer sous la chaleur m’a toujours posé un problème, raconte « Luis ». C’est dur pour respirer, pour vite trouver son souffle. Si on sent une gêne quelque part, on y pense. On est beaucoup plus dans le calcul que lorsque l’on est censé prendre du plaisir à jouer. On gère ses efforts. Tous les sportifs de haut-niveau le diront. Il faut des conditions climatiques acceptables pour pouvoir se sentir bien, pour pouvoir réaliser des efforts. »  

Sylvain Reignault avec Jérôme Sillon