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Obraniak veut faire taire les critiques

Obraniak et son sélectionneur Francisek Smuda

Obraniak et son sélectionneur Francisek Smuda - -

L’attaquant de Bordeaux dispute ce vendredi (18h) le match d’ouverture de l’Euro, face à la Grèce avec le maillot de la Pologne sur le dos. L’occasion de prouver aux Polonais qu’il ne s’agit pas d’une naturalisation de circonstance.

La Pologne, qui inaugure « son » Euro (avec l’Ukraine) ce vendredi face à la Grèce, a son contingent de « Francuz ». Ludovic Obraniak, le néo-Girondin, et Damien Perquis, le Sochalien, vont disputer leur première grande compétition internationale sous le maillot Rouge et Blanc. Obraniak compte 22 sélections et 5 buts, dont 4 en compétition officielle. C’est contre la Grèce (2-0), en amical le 12 août 2009, deux mois à peine après sa naturalisation, qu’il fait ses débuts, réussis, puisqu’il inscrit les deux buts de la victoire.

Depuis, l’attaquant de 27 ans est devenu un pilier de la formation de Francisek Smuda. Mais l’intégration de l’autre côté de la Vistule de l’ancien joueur de l’équipe de France Espoirs n’a pas été un long fleuve tranquille. « Au début, ça a été un peu difficile parce que le sélectionneur de l’époque ne me voulait pas. C’était d’autant plus tendu qu’on était en mauvaise posture dans les qualifications à la Coupe du monde… » La Pologne non qualifiée pour le Mondial 2010, Obraniak bénéficie de l’arrivée de Smuda, lui-même binational polono-allemand. « Il m’a fait comprendre que j’étais un joueur important, il m’a laissé carte blanche, j’ai trouvé mes marques rapidement. » Là encore, rien d’une évidence pour ce petit-fils d’émigré.

Né à Longeville-Lès-Metz en Moselle moins de cinq mois après le titre de Champion d’Europe 1984 de la bande à Platini, il est le petit-fils de Zygmunt Ubraniak, arrivé en Lorraine juste après la seconde guerre mondiale. Après ses débuts chez les Bleuets (1 sélection), l’ancien Messin choisit de demander la nationalité polonaise sur une idée d’un journaliste de Varsovie. « C’est un reporter qui un jour m’a demandé si j’étais intéressé par l’idée de jouer pour la Pologne. J’ai répondu ‘‘Oui’’, ça a fait son chemin, les médias là-bas étaient assez enthousiastes. J’ai mis 2 ans à réunir tous les papiers. » En Pologne, c’est le droit du sang qui s’exerce et comme grand-père Zygmunt a gardé sa nationalité polonaise, le joueur peut acquérir la nationalité polonaise le 5 juin 2009…

Une naturalisation critiquée

Un changement de drapeau qui se fait alors qu’il n’a jamais mis les pieds dans le pays de ses ancêtres et qu’il ne parle pas un traître mot de polonais. L'ancien gardien international Jan Tomaszewski, aujourd’hui membre du PiS, le parti nationaliste Loi et Justice, a affirmé le mois dernier qu'il ne soutiendrait pas une équipe composée « d'Allemands et de Français », en référence à un joueur comme Sebastian Boenisch, défenseur du Werder Brême. Pour faire taire les critiques, Obraniak s'adjoint les services d'un professeur de polonais particulier. « C'est une langue très difficile, mais je m'accroche. »

Aujourd’hui, le Girondin arrive à se faire comprendre sur le terrain. Lors de sa dernière sortie en conférence de presse, il a même prononcé quelques mots en polonais qui lui ont valu les applaudissements des journalistes présents. Il a également été récemment désigné citoyen d'honneur de Pobielska, à 50 km de Poznan, village de naissance de son grand-père. Signe qu’il s’est bel et bien fait une place dans la sélection des Aigles, il reçoit désormais plus de messages de supporters de son pays d'adoption que de supporters français. Vendredi, dans l’enceinte du Stade national de Varsovie, face à la Grèce qu’il retrouve près de trois ans après sa première sélection avec la Pologne, la boucle sera bouclée. 

Louis Chenaille (avec O.S., N.J.)