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Raymond Domenech ou le tragique de situation

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Le sélectionneur n’a pas sauvé les meubles comme lors du dernier Mondial. Son bilan lors de cet Euro est catastrophique, aussi bien humainement que sportivement.

Allez… une petite pirouette pour finir. Un grand sourire devant la caméra de M6 et quelques secondes plus tard, une demande officielle de mariage à Estelle Denis, sa compagne, devant des millions de téléspectateurs. Raymond Domenech n’en est pas à son premier fait d’armes, à son premier tacle irrégulier sur la scène médiatique. Loin de là. Mais il faut bien admettre que là, l’ancien guide de l’Olympique Lyonnais a fait fort. Très fort. Trop fort. Sa demande, à l’issue de l’élimination des Bleus de l’Euro, a suscité la polémique. Et ravivé le chant outré de la masse populaire, opposée à sa présence à la tête de l’équipe de France.

Si son avenir n’est pas scellé, si sa cote d’amour, assurément, ne devrait plus pouvoir descendre aussi bas qu’elle ne l’est aujourd’hui, une chose est au moins définitivement certaine : Raymond Domenech a manqué son Euro. Car avant tout, c’est bien le patron du navire bleu qui a fait couler ses propres hommes, voguant d’incohérences en incohérences. Déterminé à varier les plaisirs tactiques, le sélectionneur a bâti son groupe européen et l’a rompu à l’art du 4-4-2 lors des matches de préparation…. pour ensuite changer de système en cours de compétition (face aux Pays-Bas) et revenir de façon désespérée à ses nouveaux amours lors de la « finale » face à l’Italie. Un fiasco sur toute la ligne même si là, on ne peut que saluer l’instinct de survie de l’homme, qui a vite compris qu’il devait au moins tenter quelque chose pour raviver la flamme.

Un discours général en forme de désaveu

Mais la qualification n’aura jamais été d’actualité pour les Bleus. Flamboyants au niveau du jeu mais incroyablement maladroits lors de leur tournée sud-américaine, les Tricolores, au contraire d’autres formations dans la compétition, n’ont jamais semblé en mesure de pouvoir monter en régime. D’abord, parce que l’adversité était d’un autre niveau que celui opposé en poule lors du Mondial. Ensuite, parce que les états de forme des uns et des autres n’ont jamais conférés à l’équipe de France une densité physique digne de renverser des montagnes. Encore une fois, la faute incombe à Domenech puisque c’est lui qui a couché en gras les 23 joueurs qu’ils comptaient envoyer au charbon lors de cet Euro.

Plus que sa communication défaillante, ce sont purement et simplement ses choix qui font désordre. Sans compter une incohérence intellectuelle tout à fait remarquable. Si le sélectionneur a dit vrai et qu’il souhaitait préparer le Mondial 2010 à travers cet Euro, pourquoi alors avoir emmener avec lui des cadres vieillissants et qui ne seront plus là dans deux ans (Thuram, Makelele), des incertains physiques (Sagnol, Henry, Vieira) et des joueurs en difficulté dans leur club (Abidal, Malouda) ? Et pourquoi ne pas avoir donné plus de temps de jeu à certains jeunes (Nasri, Lassana Diarra, Mandanda) comme Van Basten l’avait fait avec les Pays-Bas lors de la dernière Coupe du Monde ? Lui, au moins, avait été jusqu’au bout de sa logique. Non, la pilule est cette fois trop grosse pour pouvoir être avalée.

Plus qu’un projet d’avenir, le sélectionneur a tout de même tenu à remporter cet Euro, ce qu’il avouait ouvertement il y a peu encore. L’ennui, c’est qu’entre des coups de poker manqués (entrée ratée de Gomis face aux Pays-Bas) et d’affreux bides (volte-face de Nasri sur le terrain), le sélectionneur ne s’en est jamais donné les moyens. Comme d’habitude, son sens de la répartie lui a permis, en partie, de sauver la face, prétextant notamment un manque de chance face à l’Italie. Mais la chance, cela se provoque… ce que n’a pas su faire Raymond Domenech en quinze jours de compétition.

La rédaction - Alix Dulac