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Ukraine-Russie, Brexit, Erdogan… Un Euro sous pression géopolitique

L’Euro, qui débute ce vendredi soir avec le match d’ouverture Turquie-Italie à Rome, est aussi un terrain d’expression pour les enjeux géopolitiques. De Grande-Bretagne jusqu'en Turquie, en passant par l'Ukraine et la Russie.

Ukraine-Russie, le maillot de la discorde

Si la Russie et l’Ukraine ne sont pas dans le même groupe, les deux pays s'affrontent avant même le coup d’envoi de la compétition. En cause, le maillot de l’Ukraine avec, en toile de fond, le conflit qui oppose les deux pays sur le plan géopolitique. Pour rappel, les tensions sont récurrentes en Ukraine depuis l'arrivée au pouvoir des pro-occidentaux et l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014. Et ce maillot alors ? Sur la tunique jaune figurent la carte de l’Ukraine avec la Crimée, la région annexée par la Russie, et surtout la mention "Gloire à nos héros" à l’intérieur du col. La double formule "Gloire à l’Ukraine! Gloire aux Héros", tirée d'un chant patriotique, était devenue un cri de ralliement lors du soulèvement populaire pro-occidental, en 2014, qui avait évincé un président soutenu par le Kremlin, Viktor Ianoukovitch.

Face aux vives protestations de la Russie, l’UEFA a tranché. Considérant que le slogan est de nature politique, elle a demandé à l’Ukraine de modifier son maillot. Réaction de la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova : "Soyez des héros sportifs et vous aurez la gloire, c'est ainsi et non avec des slogans nationalistes que vous ferez honneur à la patrie. Le sport n'est pas un champ de bataille, mais de compétition, ce n'est pas une arène politique." La Russie n’a gagné sur toutes ses demandes. L’UEFA a autorisée l’Ukraine à garder la carte du pays sur sa tunique. "Considérant que la résolution 68/262 de l'Assemblée générale des Nations Unies (...) reconnaît les frontières territoriales telles que représentées sur ce dessin, l'UEFA n'exige aucune modification de cet élément", a précisé l'instance européenne. L'Ukraine dit "négocier" avec l'UEFA pour garder son maillot inchangé. Les deux pays ne peuvent pas s'affronter avant les quarts de finale de l'Euro. Un vrai doute existe quant à la possible tenue d'un match Ukraine-Russie cet été...

Un choc Ecosse-Angleterre sous fond de Brexit

Les Britanniques ont coché la date dans leur agenda depuis le tirage au sort. Le 18 juin à Wembley, l’Angleterre affronte l’Ecosse dans le groupe D. La dernière confrontation entre les deux voisins remonte à juin 2017. C’était avant le Brexit. Or la rivalité déjà immense entre Anglais et Ecossais pourrait être encore plus exacerbée lors de cette affiche à très forte résonance politique. Rappelons que les Ecossais s’étaient montré majoritairement en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne lors du vote sur le Brexit. Favorable à l’indépendance de l’Ecosse, la première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon, pourrait voir d’un bon œil une victoire de ses joueurs sur le terrain sportif face aux Three Lions, les voisins ennemis. Mais les Anglais, après avoir dominé la Ligue des champions avec une finale 100% Premier League entre Chelsea et Manchester City, rêvent de régner sur l'Europe, juste après en être sortis.

La Turquie sous l’influence d’Erdogan

En Turquie plus que dans n’importe quelle autre nation de l’Euro, les liens entre le foot et la politique sont très étroits. L’ombre du chef d’Etat turc, fan de foot (il aurait joué à Fenerbahçe et a son club, Basaksehir), plane toujours au-dessus de la sélection nationale. De nombreux joueurs, à commencer par la star de Lille Burak Yilmaz, ont, par le passé, apporté leur soutien à leur président. "Pour Erdogan, il y a beaucoup de liens forts avec les joueurs qui n’hésitent pas à montrer leur attachement au régime politique", notait jeudi dans l’After, Kévin Veyssière, auteur du livre Football Club Geopolitic (éditions Max Milo).

Il y a deux ans, l’opposition entre la France et la Turquie avait viré à la polémique après que les joueurs turcs ont effectué le salut militaire en soutien à l’armée, engagée dans un conflit armé face aux Kurdes de Syrie. Trois ans plus tard, la tension n'est pas retombée. Erdogan attend l’Euro avec impatience mais aussi avec une certaine rancœur à l’égard de l’UEFA. Comme le rapporte Le Monde, le chef de l’Etat n’a pas digéré les cinq échecs consécutifs de son pays pour l’organisation d’un championnat d’Europe. Idem pour la délocalisation de la récente finale de Ligue des champions entre Chelsea et Manchester City à Porto alors qu’elle devait se tenir à Istanbul. Une décision "politique" pour Erdogan... Le président turc ne sera pas à Rome pour assister au match d’ouverture contre l’Italie ce vendredi soir mais il sera bel et bien présent à Bakou, en Azerbaïdjan, pays allié de la Turquie, pour les deux autres rencontres de la sélection face au pays de Galles et à la Suisse.

Macédoine du Nord, l’Euro pour s’affirmer

Comme la Finlande, la Macédoine du Nord s’apprête à participer pour la première fois dans son histoire à une phase finale de l’Euro. Pour ce petit pays de l’ex-Yougoslavie grand comme la Bretagne, l’enjeu se situe autant sur le plan sportif que géopolitique. Après un conflit diplomatique avec la Grèce sur le nom de Macédoine du Nord (qui avait une valeur historique pour les Grecs), un accord a été trouvé en 2018. Cette nation classée au 62eme rang au classement Fifa veut désormais grandir : "Ils ont intégré l’OTAN et cherchent à intégrer l’Union Européenne, rappelle Kévin Veyssière. Participer pour la première fois à l'Euro permet de mettre en avant leur drapeau, leur nation et leur belle génération de joueurs qui peut porter haut cette équipe." La Macédoine du Nord affrontera l'Autriche dimanche avant de défier l’Ukraine et les Pays-Bas.

ABr