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OM : mafia, trafics… bienvenue à Tiraspol

André-Pierre Gignac

André-Pierre Gignac - -

Le Sheriff Tiraspol, adversaire de l’OM ce jeudi (19h) en barrages de la Ligue Europa, est le principal club de Transnistrie. Une enclave entre la Moldavie et l’Ukraine, décrite comme une plaque-tournante mafieuse.

Il faut prendre une loupe pour l’apercevoir sur la mappemonde. Au nord de la Mer Noire, la Transnistrie forme un trait à peine visible, coincé entre le fleuve du Nistru et la frontière ukrainienne. Une enclave de 4 200 km2, couvée par la Russie, qui a autoproclamé son indépendance en 1991, marquant sa séparation avec le reste de la Moldavie. Ignorée par la communauté internationale, la région sécessionniste, qui possède sa propre constitution, sa monnaie et son drapeau, est décrite comme une plaque-tournante mafieuse, même si les autorités locales s’en défendent. Drogue, alcool, cigarettes, armes, pétrole, prostituées… Les trafics rythment le quotidien de ce territoire de 600 000 habitants. Une destination « déconseillée » par le ministère des Affaires étrangères et même « interdite aux touristes » par le Guide du Routard.

Mais l’Olympique de Marseille n’a pas le choix. Le tirage au sort des barrages de la Ligue Europa a mis sur sa route le Sheriff Tiraspol. Ce jeudi (19h), les joueurs d’Elie Baup ont rendez-vous dans la capitale de Transnistrie pour le match aller. « Ce sont des matches traquenards, se méfie Baup. On va dans l’inconnu. A nous d’être sérieux et rigoureux. » La rencontre se déroulera dans un stade de 13 000 places, dont la construction a couté plus de 200 millions de dollars. Une somme démesurée dans l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Mais le Sheriff, soutenu par le pouvoir en place, a les moyens. Le club appartient à la « Sheriff Company », une entreprise gérée par le fils du président de la République Moldave de Transnistrie.

Un club créé par un ancien agent du KGB

Ce dernier a le monopole sur tout le business de la région, du pétrole aux casinos, en passant par la télévision, les fabriques d’alcool et les supermarchés. De quoi offrir un train de vie confortable à l’équipe de Tiraspol, créée par un ancien agent du KGB. Rattaché au championnat de Moldavie, le Sheriff, dont l’effectif compte 14 nationalités différentes, représente une des rares distractions pour les habitants de la ville. Sans concurrent digne de ce nom, les Jaune et Noir remportent inlassablement le titre depuis 2001. Une hégémonie dont se méfient les Marseillais. « C’est un adversaire qui est champion de son pays depuis plusieurs années consécutives et qui a déjà goûté à la Coupe d’Europe, note Mathieu Valbuena. Cette équipe a de l’expérience et de la qualité. C’est un club vraiment structuré. Ce sera un match difficile. »

Un match que l’OM devra négocier sans le soutien de ses supporters. Ces derniers ont renoncé à organiser un déplacement officiel. Trop compliqué. Trop risqué aussi. Seule une poignée d’irréductibles pourrait tenter l'aventure par leurs propres moyens. Ils devront pour cela atterrir à Chisinau, la capitale de la Moldavie, avant de rejoindre Tiraspol en bus. La Transnistrie ne possède qu’un aéroport militaire, exploité par l’armée russe pour acheminer du matériel. Les partenaires d’André-Pierre Gignac se sont donc eux aussi offert, ce mercredi, 80 km de car pour rallier ce « petit pays » pas comme les autres. Un périple dont ils risquent de se souvenir longtemps.

Alexandre Jaquin avec Florent Germain