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France-Espagne : Les Espagnols délaissent la Roja

Les Espagnols délaissent la Roja

Les Espagnols délaissent la Roja - -

A quelques heures de France-Espagne (21h), l’affiche dans la course aux qualifications pour la Coupe du monde 2014 ne déchaîne pas plus de passion auprès du public que chez les journalistes espagnols.

Attente palpable des supporters tricolores, Unes des médias sportifs nationaux. La "finale" du groupe I attise l’enthousiasme des Français, qui semblent percevoir à l’horizon la Coupe du monde 2014. De l’autre côté des Pyrénées, le choc suscite un engouement bien plus relatif. Ce lundi, les journalistes espagnols délaissaient quelque peu la sélection nationale au profit de l’actualité du Barça ou du Real. Le quotidien sportif madrilène As se concentrait ainsi sur une éventuelle arrivée du Citizen Kun Agüero chez les Merengue cet été, cantonnant l’affiche internationale de mardi soir à… un encart en bas de Une ! Traitement aussi famélique chez nos confrères de Sport et du Mundo Deportivo, où place belle est faite aux transferts et à la Ligue des champions.

Et pour cause ! La Roja fait la très grande majorité de son audience lors des phases finales des compétitions majeures. « Je vends deux fois moins de quotidiens sportifs le lendemain d'un match de la sélection qu'après une rencontre du Real ou du Barça », explique Mariano, propriétaire d'un kiosque à journaux en plein cœur de Madrid. Une tendance que confirme Sara Dominguez, propriétaire d'un magasin de sport. En vitrine, uniquement des maillots du Real Madrid et de Barcelone. « Ils représentent 80% de mes ventes de maillots. Des maillots de la sélection, j'en vends surtout pendant les phases finales. Depuis quatre ans, j'en vends un peu plus mais il y a encore une grande différence avec les maillots de clubs. »

Régionalisme et lutte de clans

Un manque d’engouement manifeste qui s’explique par un identitarisme prégnant. Et dans une Espagne fortement marquée par le régionalisme, le sport ne fait pas exception. L’équipe nationale devient alors un sujet secondaire sinon anecdotique. Le vestiaire espagnol fut lui-même longtemps enclin à de vives tensions et à une lutte de clans entre Madrilène et Catalans. A chaque rencontre, public et journalistes recensent encore scrupuleusement les contingents blaugrana et merengue sur la pelouse.

Angel Camino, pharmacien à Madrid et Socio du Real le concède : « Je n'ai aucun doute au moment de choisir entre la sélection et le Real, je prends plus de plaisir à voir un match de mon club que de l'Espagne. Si la sélection se fait éliminer, je me couche et je dors bien alors qu'après une défaite du Real, cela m'affecte, je n’allume pas la télé, je n'achète pas le journal. » Avant d’expliquer : « Le problème, c’est qu’en sélection, il y a des joueurs que je déteste ! Des joueurs de Barcelone, notamment, qui ne me représentent pas moi, Espagnol. Certains d’entre eux jouent un peu la comédie devant les caméras alors qu’ils renient en privé le maillot du pays parce qu’ils se sentent plus Catalans qu’Espagnols. Donc moi, je n’ai pas à être à 100% derrière cette équipe. »
Comme un symbole, lors du match aller, le 16 octobre dernier à Madrid, seules 46 000 places avaient trouvé preneurs sur les 55 000 disponibles à Vincente Calderón. Mardi soir, à Saint-Denis, Lloris and co feront stade comble. Pour un public comblé ?

Jérémy Bilinski (avec NJ à Madrid)