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Haïti: accusé de viols, le président de la fédération de football sous pression

Plusieurs organisations de défense des droits humains appellent ce vendredi à la suspension du président de la fédération haïtienne de football, accusé de viols sur des joueuses mineures, pour le temps de l'enquête afin de "protéger les jeunes athlètes des représailles".

La pression s'accentue sur Yves-Jean Bart. Accusé de viols par des jeunes filles mineures au cours des dernières années, le président de la fédération haïtienne de football (FHF) fait l'objet d'appels à une suspension de son mandat. Des organisations de défense des droits humains demandent à la FIFA d'agir avec une sanction "immédiate", en attendant les conclusions d'une enquête "sur ces graves allégations".

"Alors que des menaces ont déjà été exercées, la FIFA a le devoir évident de limiter la capacité des responsables d’intimider ou de faire taire les accusatrices", a déclaré Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales au sein de Human Rights Watch. Elle estime que l'instance dirigeante du football mondial doit montrer son "intention de protéger les jeunes athlètes de représailles". 

La principale organisation haïtienne de défense des droits humains recommande également à Yves-Jean Bart "de s’écarter de la présidence de la FHF pour que l’enquête judiciaire soit menée en toute sérénité".

Des pressions subies pour garder le silence

La brigade de protection des mineurs de la police judiciaire haïtienne a ouvert une enquête, après la publication de témoignages dans un article du journal britannique The Guardian. Témoignant de pressions subies pour garder le silence, des victimes présumées ont affirmé, sous couvert d'anonymat, qu'au moins deux joueuses mineures auraient avorté suite à des viols commis par le président de la fédération dans le centre national d'entrainement.

"Ma chance de jouer à l’étranger dépendaient du fait de coucher avec le président. Tous les joueurs, responsables et personnels du centre étaient au courant de ce qui se passait", a assuré, auprès d'Human Rights Watch, une ancienne joueuse de l’équipe nationale féminine d’Haïti.

"Comme un papa pour nous"

Vivant en vase clos depuis le début de l'épidémie de Covid-19 en Haïti, les joueuses et encadrants du centre national de football défendent aujourd'hui largement le président de la fédération, accusé de viols mais qui fait ici figure de père. "Le président Jean-Bart est comme un papa pour nous. (...) Il aime et respecte tout le monde", a assuré Yvette Félix, 38 ans, ancienne capitaine de l'équipe nationale, contactée par l'AFP.

Yves Jean-Bart, 73 ans, dirige la fédération depuis deux décennies. Sans candidat lui faisant face, sa réélection en février à un sixième mandat a été une formalité. Niant en bloc les accusations portées contre lui, il a porté plainte à Paris contre le journaliste français co-auteur de l'enquête du Guardian. "Il a diffamé notre pays, il a souillé notre drapeau, il a insulté les filles", s'est insurgé le dirigeant lors d'une entrevue téléphonique avec l'AFP début mai. 

JA avec AFP