RMC Sport

La tempête emporte le football turc

-

- - -

De nombreux acteurs très importants du football turc sont depuis le début du mois dans le viseur de la police, qui soupçonne des matches truqués. Besiktas a déjà rendu sa Coupe. Le champion sortant, Fenerbahçe, est dans le collimateur. L’implosion est proche.

Imaginez Lille, soupçonné d’avoir truqué certaines rencontres, rendre sa Coupe de France à la Fédération française de football. Ce scenario invraisemblable est une réalité en Turquie où le club de Besiktas, vainqueur de la Coupe de Turquie (contre Büyüksehir Istanbul 2-2, 4 tab 3), a rendu son trophée jeudi, après les arrestations de son vice-président, Serdar Adali, et de son directeur technique Tayfur Havutçu. Le club stambouliote (5e du championnat) n’est pas le seul à être soupçonné de tricherie. Un véritable séisme frappe le football turc depuis une dizaine de jours. Selon une enquête d’une envergure sans précédent, 19 matches de Première et Deuxième division auraient été truqués lors de la saison 2010-11. Depuis que le scandale a éclaté le 3 juillet, la police a procédé à 31 arrestations.

Dirigeants de clubs, joueurs, personne n’a été épargné dans cette enquête, fruit d’une opération de lutte contre les rencontres arrangées menée par les autorités turques en 2010. D’énormes doutes planent au-dessus du champion de Turquie, Fenerbahçe. Sacré à la différence de buts lors de la dernière journée aux dépens de Trabzonspor, le club de l’ancien Marseillais Mamadou Niang est au cœur du scandale. Incarcéré dimanche, son président, Aziz Yildirim, est accusé d’avoir manipulé certaines rencontres.

Aubey : « Le président de Sivasspor était un proche de celui de Fenerbahçe »

Celle, décisive pour le titre, disputée sur la pelouse de Sivasspor (victoire 4-3) lors de l’ultime journée pourrait avoir été arrangée. Dans le club de Sivas (15e du championnat), le président, Mecnun Odyakmaz, le gardien de but, Korcan Celikay et l’attaquant, Mehmet Yildiz ont été placés en garde à vue. « Je ne suis pas étonné, témoigne le défenseur français, Lucien Aubey (27 ans), transféré en janvier 2010 de Rennes à Sivasspor. De l’intérieur, on ne voyait pas les matches truqués. Mais on n’est pas dupe. A nous, les joueurs étrangers, on ne nous demandait pas de faire exprès de perdre. Les dirigeants avaient sans doute peur qu’on avertisse la Fifa ou qu’on en parle autour de nous. Mais on savait que notre président était très proche de celui de Fenerbahçe. Il était un membre actif de ce club et avait sa loge dans le stade. Tous les bons joueurs de Sivasspor, comme le défenseur brésilien Bilica, étaient transférés là-bas. En Turquie, il y a Fenerbahçe et Galatasaray. C’est un peu comme si le président de Sochaux était fan de Marseille ou de Paris… »

Déjà éclaboussé par le passé par d’autres sombres affaires de paris truqués, le football turc s’enfonce un peu plus dans la crise. Si le championnat doit toujours reprendre ses droits le 5 août et si les clubs qualifiés pour disputer la Ligue des champions et la Ligue Europa sont toujours opérationnels, il semble bien difficile d’imaginer que le pays demi-finaliste de la Coupe du monde 2002 sorte indemne de cette tempête.