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Le ballon d’oxygène de l’Irak

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Dans un pays ravagé par la guerre, les joueurs irakiens catalysent la passion de tout un peuple en dépit des violents conflits religieux et ethniques. Dirigés par Bora Milutinovic, les Champions d’Asie en titre disputent actuellement la Coupe des Confédérations.

Jouer au football pour oublier la guerre. Tel pourrait être le slogan de l’équipe nationale d’Irak. Championne d’Asie en 2007, elle dispute actuellement la Coupe des Confédérations en Afrique du Sud, sorte de répétition générale à un an de la Coupe du Monde. Un 19e Mondial que les joueurs irakiens regarderont derrière leurs postes de télévision. Ayant hérités d’un groupe de qualification particulièrement relevé, comprenant le Qatar, la Chine et l’Australie, ils ont d’ores et déjà perdu tout espoir d’obtenir leur sésame.

Ce séjour pré-estival au pays de Nelson Mandela s’apparente donc à un lot de consolation, dont ils entendent profiter au maximum. « C'est du sport, il faut toujours avoir le plus grand objectif : gagner. Mais nous avons conscience de la supériorité des équipes comme l'Espagne, l'Italie ou le Brésil », résume Bora Milutinovic, l’entraîneur serbe de l’équipe.
L’ancien joueur de Monaco et Nice s’est pris d’affection pour la sélection dont il a pris les rênes il y a quelques semaines en remplacement du Brésilien Jorge Vieira. « J'ai été très impressionné par ma visite de Bagdad quand je suis allé signer mon contrat, raconte-t-il. J'ai passé une dizaine de jours là-bas. J'ai appris beaucoup de choses, et je peux mieux comprendre mes joueurs, ce qu'ils vivent. Il faut aller là-bas pour voir la passion incroyable que les Irakiens ont pour le football. Le public va voir les matches de championnat, malgré les nombreuses restrictions, les contrôles. »

Dans un pays miné par d’interminables conflits, le football constitue un véritable ballon d’oxygène pour la population. En témoignent les scènes de liesse indescriptibles qui ont accompagnés la victoire en Coupe d’Asie il y a deux ans. Malgré les dissensions religieuses et politiques qui polluent leur quotidien, les Irakiens se rassemblent comme un seul homme derrière leur équipe de football, qui n’a plus foulé le sol national depuis 1980 et le début de la guerre contre l’Iran. Qu’ils soient musulmans chiites, sunnites ou kurdes, les joueurs montrent l’exemple et unissent leur efforts pour servir un même maillot. « On reste dans le registre du symbolique, nuance toutefois Frédéric Encel, maître de conférence à Sciences-Po Paris. Cela dit, la multiplication de symboles d'unité ou du moins de collaboration inter-communautaire, dans le sport comme ailleurs, pourrait contribuer à un apaisement. Dans une société déchirée, c’est toujours bon à prendre. »

Pour préparer cette Coupe des Confédérations, les hommes de Milutinovic se sont exilés trois semaines au Qatar, où le coach serbe réside une partie de l’année. Une mise au vert qui semble avoir porté ses fruits. Lors de leur entrée en lice dans la compétition dimanche, face au pays hôte sud-africain, ils ont obtenu un honorable match nul 0-0. Emmenés par l’excellent Younis Mahmoud, chef de file de la génération qui termina quatrième des J.O. 2004, les Irakiens ont quelques arguments à faire valoir. Sur les vingt-trois joueurs sélectionnés, deux opèrent en Europe et seulement dix évoluent dans leur pays natal. Mais sous la tunique blanche et verte, ils jouent tous pour offrir un peu de bonheur à un peuple qui en a bien besoin.

Alexandre Jaquin (RMC Sport)