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Les avocats de la Super League chargent l'UEFA et sa position "monopolistique" de l’UEFA

Une première journée d’audience s’est déroulée ce lundi devant la Cour de justice de l’Union Européenne au sujet de la Super League. Les avocats de ce projet de compétition semi-fermée, avorté au printemps 2021, en ont profité pour s’en prendre à l’UEFA, en dénonçant des pratiques "anti-économiques". L’instance européenne a répliqué en critiquant des clubs agissant au mépris du "modèle sportif européen, basé sur le mérite".

Après avoir ébranlé le football européen l'an dernier, le conflit entre l'éphémère projet de Super League et l'UEFA s'est retrouvé ce lundi devant la justice européenne, qui devra décider si les clubs participant aux compétitions des fédérations peuvent s'engager dans des tournois concurrents. Le monde du sport est suspendu à la décision de la Cour de justice de l'UE, amenée à confronter le modèle des grands événements et championnats sportifs au droit de la concurrence dans le bloc européen. La juridiction établie à Luxembourg a été saisie par la justice espagnole, chargée de statuer sur les poursuites intentées par l'UEFA contre les clubs à l'origine de la Super League, compétition semi-fermée imaginée pour supplanter la Ligue des champions, épreuve phare de la confédération européenne de football. Ce lundi, lors de la première des deux journées d'audience, les avocats de la Super League ont dénoncé les visées "monopolistiques" de l'instance dirigeante du football européen.

"Nous sommes ici en défense des libertés qui font de l'UE un territoire unique dans le monde, en nous proposant de lutter contre des pratiques anti-économiques", a asséné l'un d'eux, Miguel Odriozola Alen. Il a reproché à l'UEFA, qui avait dissuadé les clubs "rebelles" de se lancer dans l'aventure, d'être une "entité monopolistique", qui ne devrait pas pouvoir "s'arroger des pouvoirs de réglementation sur un marché sur lequel elle est en concurrence". Le projet de Super League, un tournoi privé lancé par douze grands clubs européens censés en être membres de droit chaque saison, avait été annoncé en fanfare en avril 2021. Mais face à la fureur de nombreux supporters et à la menace de mesures politiques, l'affaire avait capoté en 48 heures.

"Le beurre et l'argent du beurre"

Aujourd'hui, trois des douze formations rebelles (le Real Madrid, le FC Barcelone et la Juventus Turin) refusent toutefois de renier le projet et contestent les menaces de sanctions de l'UEFA. Pour l'instance européenne, "une ligue fermée réservée aux clubs les plus riches est incompatible avec le modèle sportif européen, basé sur le mérite", à savoir la qualification chaque saison par le biais des championnats nationaux, a fait valoir son avocat Donald Slater. Selon lui, les promoteurs du projet avorté veulent "le beurre et l'argent du beurre" en choisissant leurs compétitions à la carte, tout en étant "exemptés des pratiques de solidarité et de mérite" mises en œuvre par l'UEFA.

L'organisation basée en Suisse assure redistribuer au football amateur les revenus générés par les compétitions, et offrir aux clubs des petites nations de pouvoir s'illustrer en Ligue des champions, Ligue Europa ou Ligue Europa Conférence. "La Super League européenne porterait un coup fatal au modèle sportif européen", a insisté Donald Slater devant les quinze juges de la Cour, qui doivent encore interroger ce mardi les deux parties. Pour ce juriste, l'UEFA "ne cherche pas à maximiser ses revenus", mais simplement à s'assurer "par l'application de règles communes (...) que le sport remplisse des fonctions sociétales", conformément aux traités européens.

"Menace existentielle"

Plusieurs associations européennes de supporters ont rappelé en marge de l'audience leur "opposition" au projet de Super League, "une menace existentielle pour le football européen", selon eux. "Le projet est un concept de milliardaires. Il est anti-concurrentiel par nature et, s'il voit le jour, il anéantirait les principes-clés sur lesquels le modèle européen est basé", ont estimé dans un communiqué des groupes de fans d'une quinzaine de pays européens, dont la France, l'Espagne, l'Angleterre et l'Allemagne. Parmi ces principes, les supporters ont cité "le mérite sportif, les promotions et relégations, la qualification pour l'Europe via le succès national (dans chaque championnat national, ndlr) et la solidarité financière".

L'enjeu dépasse de loin le cadre de la Super League, et même du football. Ce lundi, en appel, la CJUE s'est d'ailleurs penchée sur un autre litige opposant la Fédération internationale de patinage (ISU) à deux patineurs de vitesse néerlandais, qu'elle avait voulu bannir à vie pour les empêcher de participer à un projet sud-coréen de compétition privée. Ce projet a été tué dans l'œuf par les réticences des sportifs à prendre un tel risque. Pour la Super League, la décision de la CJUE n'est pas attendue avant fin 2022, voire début 2023.

AJ avec AFP