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Qui était Gareth avant Bale ?

Gareth Bale à 17 ans, avec le pays de Galles

Gareth Bale à 17 ans, avec le pays de Galles - -

Entraîneurs des jeunes de Southampton entre 2002 et 2007, Georges Prost a été le témoin privilégié de l’éclosion de Gareth Bale. Après le but splendide du Gallois contre le Barça mercredi (2-1), il revient sur la naissance d’un phénomène.

Georges Prost, quel est votre premier souvenir de Gareth Bale ?

J’étais responsable des U18 de Southampton donc on jouait le samedi. Et le dimanche, j’allais voir les jeunes. Gareth (Bale) jouait en U13. Je l’avais remarqué sur son côté gauche. Parfois, il jouait ailier, parfois latéral, mais dans son couloir, il était impressionnant. Dès qu’il a eu 15 ans, j’ai dit : « Celui-là, je le veux dans mon effectif ». Il a fait deux saisons avec moi et avant ses 17 ans, il est passé avec l’équipe première puis a été transféré ensuite à Tottenham. Il a eu une réussite rapide, exceptionnelle.

Quelles étaient ses qualités à l'époque ?

Il a la double qualité d’être très endurant et très rapide, avec en plus une technique de haut niveau. Et il est super attachant, il a de l’enthousiasme, il est généreux. J’avais tout de suite vu chez ce petit qu’il allait faire du chemin. Mais bon, je n’imaginais quand même pas qu’il allait atteindre ces sommets. Mais il avait un potentiel déjà exceptionnel.

Sa principale arme était-elle déjà la vitesse ?

Tout à fait. La saison qu’il fait avec moi, il était uniquement latéral gauche et il ne marquait pas de buts. Il a commencé à marquer quand il a joué en équipe première. Mais le poste qui lui convient le mieux est celui qu’il occupe actuellement. Maintenant, il est libre de ses mouvements et ça lui convient tout à fait car il enchaîne les buts et fait des passes décisives. Il utilise son potentiel de la meilleure des façons.

Gareth Bale félicité par Zinedine Zidane et Cristiano Ronaldo
Gareth Bale félicité par Zinedine Zidane et Cristiano Ronaldo © -

Quels points lui avez-vous le plus fait travailler ?

Cette génération de joueurs avec Theo Walcott, Adam Lallana et Nathan Dyer étaient des petits Anglais avec qui j’ai travaillé uniquement sur le plan technique, parce qu’ils ont naturellement la volonté, le « fighting spirit », l’enthousiasme. Quand on est jeune, on a toujours des manques, donc travailler est toujours intéressant. Aujourd’hui, il n’a pas beaucoup de défauts et il est encore jeune (24 ans). Il ne va faire que progresser, on va en entendre parler pendant encore dix ans. Il faudra s’y faire ! (Rires)

Quel type d'enfant était Gareth Bale en dehors du foot ?

C’était un gamin qui avait le sourire, la « banane ». Comme la plupart des Anglais, mais c’était encore plus vrai pour lui. C’était vraiment un garçon charmant, agréable. Pour un entraîneur, c’est de la « patte ». Il n’était jamais en retard, toujours prêt à faire des séances supplémentaires. C’est la caractéristique des jeunes joueurs anglais. Je me suis régalé à travailler avec ces gens-là. Il y a des séances où les gamins me disaient merci à la fin. Je n’ai jamais vu ça en France, en 23 ans. Pour un entraîneur, avoir des gamins comme ça, c’était vraiment exceptionnel.

« Walcott était plus impressionnant »

Avait-il conscience de pouvoir aller aussi haut ?

Je ne pense pas. Le désir de réussir évidemment, comme chez tout footballeur, mais je ne pense pas qu’il pouvait se dire à ce moment-là qu’il allait jouer au Real Madrid dix ans plus tard. Mais il avait une telle soif, une telle générosité, un tel enthousiasme que finalement, il est parvenu à aller au plus haut niveau. Même peut-être au-delà de ses espérances. On ne pouvait pas véritablement penser qu’il irait aussi haut mais on savait qu’il avait un potentiel exceptionnel.

Gareth Bale
Gareth Bale © -

Avez-vous le souvenir d'un match durant lequel il a particulièrement brillé ?

Je l’ai toujours vu très bon. On a été champions d’Angleterre en 2005-2006 (en U18, ndlr) et il avait fait une saison exceptionnelle. L’année suivante, il jouait en équipe première. Il y avait aussi Adam Lallana, qui est actuellement le capitaine de Southampton et international anglais. Et l’année d’avant, on avait Theo Walcott et Nathan Dyer. J’ai eu une génération de gamins très doués et très réceptifs. Gareth en est la locomotive maintenant.

Est-ce la plus belle génération de votre carrière de formateur ?

Oui, je pense. Vous savez, en France vous faites de la discipline, de la motivation et du football, alors qu’en Angleterre vous ne faites pas de discipline, pas de motivation mais que du football. Pour un entraîneur, c’est un vrai plaisir. Il y a une culture, une mentalité tout à fait différente. Les joueurs sont généreux naturellement, il ne faut pas les pousser. En France, les gamins, il faut les motiver et faire de la discipline car l’éducation est différente.

Bale était-il plus fort que Walcott au même âge ?

Walcott était plus impressionnant car il avait une qualité de vitesse exceptionnelle, avec des manques un peu techniques mais c’était logique. Alors que Gareth allait très vite, il était endurant, mais il avait aussi de la technique. Cette génération était complémentaire. Dyer allait très vite aussi. Lallana était très fin, je le comparais un peu à Michel Platini parce qu’il marquait des buts, il faisait des passes et il avait de l’imagination, chose que les Anglais n’ont pas trop. On s’inspirait beaucoup d’Arsenal dans notre jeu. J’essayais de leur amener la « french touch ». Je les ai aidés mais ce sont eux qui ont forcé le destin. Je les ai accompagnés.

Propos recueillis par Alexandre Alain