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S. Keita : « Je suis parti de rien »

Seydou Keita

Seydou Keita - -

Le Malien, qui rêve d’un premier titre avec sa sélection nationale à la Coupe d’Afrique des Nations (du 21 janvier au 12 février), était l’invité exceptionnel de Coach Courbis ce jeudi sur RMC. Le milieu du terrain du Barça, passé par l’OM, Lorient, Lens et le FC Séville après avoir quitté son pays à 16 ans, a retracé son parcours exceptionnel.

Seydou, gardez-vous des regrets de la période où l’OM ne vous a pas fait confiance ?

Je pense que le foot a beaucoup changé. Avant, ce n’était pas facile pour les jeunes de 18-19 ans de jouer en professionnel. Et encore moins dans des équipes comme Marseille. A cette époque-là (1997-2000), il y avait Christophe Dugarry, Robert Pires, Peter Luccin, Stéphane Dalmat… Pour quelqu’un qui sortait du centre de formation, qui venait d’Afrique en plus, ce n’était pas facile de s’imposer. J’avais envie de jouer. J’ai tout fait pour être prêté, pour démontrer mes qualités. C’est ce que j’ai fait à Lorient. Après, Tapie est revenu au club. Il a tout fait pour que les jeunes retournent à Marseille. Mais j’étais bien à Lorient. On avait fait une bonne saison avec la montée en D1. J’y suis resté un an de plus (200-2002).

C’est à Lens que votre carrière a décollé…

Mon passage à Lens (2002-2007) m’a beaucoup marqué. J’ai grandi à Lens, j’ai tout connu. La difficulté comme le bonheur avec les supporters, le staff, le club. Après mon départ, ça a été compliqué. Mais il ne faut pas le lier au départ de Seydou Keita. Il y a pas mal de paramètres qui entrent en compte. Un seul joueur ne fait pas un club. C’est difficile actuellement pour Lens. Mais j’espère pour Gervais (Martel), pour tous les supporters, que l’équipe va remonter.

Allez-vous finir votre carrière au Barça ?

Ça dépend. Vous savez, le football… J’ai joué à Lorient, Lens, Séville puis Barcelone. Personne ne sait comment les choses peuvent évoluer et ce qui va se passer demain. Moi, je ne sais pas. C’est ma quatrième année à Barcelone, ça s’est plutôt bien passé même si je n’ai pas été titulaire à tous les matchs. Je pense que j’ai été régulier en marquant six ou sept buts chaque année, en faisant quatre passes décisives. C’est pas mal pour un milieu défensif, surtout dans une équipe avec tous ces grands joueurs. Mais on ne sait jamais.

« Guardiola ne me fait pas de cadeau »

Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Le fait de quitter l’Afrique, ça a été une opportunité pour aider ma famille et tous les gens qui étaient liés à moi. La seule chose dont j’avais envie, c’était de donner le maximum pour aider ma famille. Aujourd’hui, Dieu merci, j’ai eu plus que ce que je pensais. Je suis parti de rien. On ne peut pas dire que l’essentiel a été fait, mais jouer dans la meilleure équipe du monde… Je n’ai pas eu un parcours facile. Je ne suis pas allé à Barcelone du jour au lendemain. J’ai prouvé partout où je suis allé que je pouvais m’adapter, que j’avais les qualités.

Vous ne jouiez pas au début pour le plaisir…

Non, quand on est un jeune Africain, qu’on voit la misère qu’il y a en Afrique, on ne peut pas dire qu’on joue pour le plaisir. On joue pour gagner de l’argent, pour aider sa famille. Quand on quitte l’Afrique à 16 ans, on sait que c’est la meilleure opportunité pour aider ses frères et sœurs, ses parents. On a beaucoup de pression parce qu’il y a je ne sais pas combien de personnes derrière. Maintenant, on peut dire que je joue le plaisir. Mais quand j’ai quitté mon pays, ce n’était pas pour le plaisir. Quand c’est difficile déjà pour manger…

Comment expliquez-vous que Pep Guardiola vous apprécie autant ?

Je crois que ça a commencé quand on a joué la finale de la Ligue des champions, la première année (2008-2009). Tout le monde avait envie de la jouer. Le coach m’avait proposé de jouer latéral. Un poste où je n’avais jamais joué avant. J’ai dit OK. Je ne suis pas égoïste, mais personne ne peut refuser de jouer une finale de Ligue des champions. Je pense qu’il a beaucoup de respect pour moi par rapport à ça. Mais je ne ressens pas ça avec le coach. On ne se parle pratiquement pas. Je suis quelqu’un qui n’aime pas parler et encore moins avec les entraîneurs. Le coach parle toujours bien des joueurs. Ce n’est pas qu’avec Seydou. Le coach ne me fait pas de cadeau ! Si tu n’es pas bon, il te met sur le banc !