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Antonetti : « L’entraîneur est trop affaibli »

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L’entraîneur du Stade Rennais prend la défense des entraîneurs, trop peu respectés à son goût.

Comment réagissez-vous à l’annonce du licenciement de Raymond Domenech par la Fédération Française de Football ?
Dans le football français, les entraîneurs sont trop affaiblis. Ils sont pressés de toute part. Si à un moment donné, les joueurs veulent organiser un putsch pour vous virer, ils vous virent. Jusqu’à maintenant, ça ne m’est jamais arrivé. Depuis deux ans, Domenech a été très affaibli. Il a eu tort de s’accrocher. Il faut être costaud pour subir ce que cet homme a subi comme critiques. Et ça continue. Dans l’état, c’est mission impossible de gérer une équipe. S’il avait eu le pouvoir, ce qui s’est passé n’aurait jamais eu lieu.

Dans sa situation, que devait faire Raymond Domenech ?
Si vous êtes trop affaibli, il faut savoir s’arrêter, car à un moment donné, vous ne pouvez pas. Il a cru qu’il pouvait y arriver, mais il était trop affaibli. À l’époque, le débat était un peu houleux. On me disait : « Vous défendez Domenech ». Non, je défends l’homme. Aucun entraîneur au monde attaqué comme cela ne pouvait avoir des résultats. Automatiquement, quand les joueurs le savent, je ne sais pas s’ils en profitent mais… c’est comme ça. Moi j’essaye d’être assez costaud mais je ne sais pas si je le suis.

« Dès que vous perdez deux matches, tout est de votre faute »

Ne sont-ils pas aussi affaiblis par leurs présidents ?
Affaibli par le football. Nous sommes tous conscients que les joueurs de l’équipe de France doivent être sanctionnés parce qu’ils ont fait une erreur. Trois mois après on dit : « Si on les sanctionne, on va se tirer une balle dans le pied ». Mais si on ne fait rien… La question est là. Si on décide qu’ils méritent une sanction, qu’est ce qu’on fait ? Et si demain ça se reproduit, qu’est ce qu’on va faire ? La leçon du Mondial français, c’est qu’un sélectionneur affaibli ne peut pas continuer. On doit s’en souvenir pour tous les entraîneurs. Si à un moment donné, on me dit : « Tu vas finir dans les trois premiers », et que j’estime avoir une équipe pour finir 6-7ème, il y a un décalage. Dans le football aujourd’hui, il n’y a plus d’entraîneur fort.

Même Christian Gourcuff à Lorient ?
Il y a des cas particuliers oui. Des entraîneurs présents depuis longtemps. Peut-être Correa qui a une très bonne entente avec son président. Autrement dès que vous perdez deux matchs, tout est de votre faute. Alors que les responsabilités sont très souvent partagées entre les différentes parties.

Propos recueillis par Jean-Yves Leroux