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Aulas : « Ma méthode ? Réussir quoi qu’il arrive »

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Invité exceptionnel de Luis Attaque, Jean-Michel Aulas a accepté, en exclusivité pour RMC, d’évoquer l’actualité de l’OL. Ben Arfa, Alain Perrin, le mercato d’été… aucun sujet n’a été éludé par JMA.

Jean-Michel Aulas, pensez-vous honnêtement que l’Olympique Lyonnais a les moyens désormais d’aller titiller les grands d’Europe en Ligue des Champions ?
Je ne connais pas le résultat à venir. Ce que l’on peut dire en tout cas, c’est que l’on s’est donné les moyens de faire quelque chose. Si ce n’est pas pour cette année, ce sera pour la suivante. On a un projet de quatre ans, un cycle avec un nouveau responsable sportif, un entraîneur général avec les responsabilités les plus importantes qu’on ait pu donner à quelqu’un à ce poste à Lyon. L’arrivée de Claude Puel est un changement et un moment opportun pour espérer grandir encore.

Comment avez-vous vu vécu le feuilleton Ben Arfa président ?
Etre président, ce n’est pas forcément chercher à avoir un soutien des supporters à tout moment, c’est prendre les choses dans le bon sens et accepter un certain nombre de concessions pour que les joueurs soient heureux… mais c’est aussi gérer le club pour obtenir ce que l’on souhaite. On souhaitait en ce qui concerne le transfert d’Hatem un certain nombre de revenus, des revenus conformes à ce que l’on avait décidé. On a obtenu 100 % de ce que l’on voulait mardi après-midi, grâce à Hatem (Ben Arfa) et grâce à l’Olympique de Marseille. Mais nous les concessions, on les avait faites avant. Quand Pape Diouf m’a contacté pour le joueur, il pensait avoir zéro chance sur cent de me convaincre. Il savait très bien qu’il avait fait l’inverse avec Franck Ribéry. Moi, j’ai pris le parti de faire confiance à Pape et à l’OM en leur donnant les moyens d’aller plus haut. Il ne s’agissait pas non plus d’accepter des choses que l’on n’avait pas prévues avant. Tout le monde a fait des efforts. C’est bien pour le football français. C’est bien que Lyon ait des rivaux de grandes dimensions sur le sol hexagonal. Cela va peut-être permettre à Hatem de décoller complètement.

« Oui, j’aime gagner »

Pape Diouf parle pour vous d’un goût exacerbé pour la victoire. Ce dernier parle même de « victoires inventées ».
Oui, j’aime gagner. Cela se voit dans les résultats de l’Olympique Lyonnais. En revanche, je ne vois pas trop ce à quoi Pape fait allusion. Il fallait trouver un million et demi. L’OM en a donné un, Hatem cinq-cents mille euros et nous, on a pris en charge les sommes patronales incluses dans le salaire du joueur. On a conservé le pourcentage à la revente qui comprend les indemnités de formation.

Son transfert était-il vraiment souhaité ?
On avait pris cette décision. On avait clairement indiqué que l’on souhaitait se séparer du joueur. On avait deux propositions. Jai demandé à Hatem de se décider. Il avait le choix. Paris ou Marseille. Il y avait deux offres concrètes de la part des deux clubs. Hatem, qui avait rencontré les dirigeants parisiens, a donné sa réponse en préférant l’OM. Maintenant, concernant l’évaluation du joueur, il s’agit d’un international qui a fait des débuts remarqués en équipe de France mais qui n’a pas été retenu pour l’Euro. Je remercie l’OM d’ailleurs de l’investissement qu’il a consenti.

« J’ai beaucoup œuvré au club cette saison »

Vous avez évoqué à plusieurs reprises un changement dans l’organisation technique du club. A l’arrivée, le staff lyonnais est toujours inchangé. Claude Puel n’avait-il pas le droit de le changer ?
Pour être très clair, j’avais dit à Claude (Puel) lors de son arrivée au club qu’il avait les pleins pouvoirs dans le choix du staff. J’aurais accepté ses choix s’il avait préféré renouveler l’encadrement technique. Il n’a rien changé à ce niveau-là. Il est venu avec Patrick Collot. Il y aura un certain nombre d’autres arrivées dans le futur mais c’est lui qui communiquera à ce niveau. Claude a également demandé à Sonny Anderson de se joindre au groupe, d’être présent sur le terrain. On souhaitait cette fois que l’entraîneur choisisse alors qu’avec les autres, ces derniers devaient composer avec les membres en place.

On vous a senti très impliqué dans le fonctionnement du club cette saison…
Je ne suis pas un spécialiste de la préparation physique. Par contre, je sais analyser les performances et me remettre en cause. A un moment donné, on n’avait pas les résultats escomptés donc il était de mon devoir de comprendre et de citer toutes les causes qui auraient pu être à l’origine de cette mauvaise période. Malgré tout, la saison a été bonne avec quatre titres chez les hommes, deux titres chez les filles, six titres en tout dans la saison, ce que n’avait jamais fait aucun club français. Il fallait donc conserver le bon et le moins bon tout en apportant une modification dans l’organisation du club.

Comment avez-vous perçu la réaction médiatique d’Alain Perrin suite à son licenciement ?
Vous savez, Alain s’était déjà exprimé le lendemain du jour où nous avions réglé l’ensemble du litige. Je lui reconnais ce droit-là, il a souffert. Je n’aurais pas fait cela comme ça si j’avais été à sa place. Mais je peux comprendre son attitude. Il a le sentiment d’avoir tout gagné… La seule équipe à nous avoir gêné cette saison a été Manchester. Sa frustration est légitime. Maintenant, on a tout, pratiquement tout bien réussi mais avec beaucoup d’efforts. Alain ne le dit pas mais j’ai beaucoup participé à la gestion quotidienne du club. Il a fallu faire le lien entre lui, les joueurs et le staff. J’ai même fait intervenir un consultant, un atout supplémentaire de coaching, de management pour aider le club. Cela consistait à bien préparer l’acte de décision, soigner l’intervention orale… en gros savoir ce qu’on peut dire, ne pas dire, trouver les axes de motivation des joueurs, animer l’ensemble… c’était mon souci au jour le jour.

C’est un peu votre méthode, ça non ? La méthode Aulas…
La méthode Aulas, c’est de réussir même lorsque les choses sont plus compliquées. J’ai passé une année de disponibilité pour l’OL plus importante que les autres années. Ce ne sera pas possible tous les ans. J’ai des responsabilités européennes dans le monde du football, j’ai des responsabilités concernant mes entreprises dans lesquelles j’emploie 2500 personnes en France, en Europe, en Chine…

« Lyon n’est pas une banque »

Et concernant l’effectif ? Vous en êtes où ?
Quand on a la chance de pouvoir récupérer Delgado, qui n’a pas beaucoup joué, un constat à mettre à la charge de l’entraîneur alors que c’est un joueur magnifique, Ederson, Pjanic, Lloris, Makoun plus quatre signatures pro de joueurs qui sont en équipe de France de moins de 18 ans, on se rend compte qu’on a un bel effectif. Il y a de la matière. On a conservé nos meilleurs joueurs et on a seulement laissé partir ceux que l’on ne souhaitait pas conserver.

Certains veulent partir. Juninho n’est pas contre un départ. Coupet est tout proche d’un accord avec l’Atlético Madrid et Källström s’inquiète pour son temps de jeu…
Quand on a un effectif aussi large que le nôtre et avec 30 internationaux sous contrat, on va devoir gérer beaucoup d’aspects. Juni (Juninho) n’avait pas encore rencontré Claude pour faire le bilan. Le joueur, selon son agent, est partant à 100 % pour attaquer une nouvelle saison avec Lyon.

Et pour Coupet ?
Greg m’a appelé il y a une quinzaine de jours pour m’évoquer son envie de signer à l'Atlético Madrid. Les dirigeants espagnols m’ont ensuite contacté pour accrocher sa signature sauf qu’ils pensaient que Greg était libre alors qu’il a toujours été question d’une indemnité de transfert le concernant (de l’ordre de 3 millions d’euros). Maintenant, j’aimerais bien que le transfert se fasse. J’ai contacté l’avocat de Greg pour lui dire qu’il valait mieux venir me voir plutôt que de pleurer dans les journaux et de dire des choses erronées. Seulement, le problème de l’Atlético Madrid, c’est qu’ils veulent payer sur quatre ans le transfert d’un joueur… le tout sans garanties bancaires… avec une première échéance de versement qu’ils souhaitent donner en décembre 2008 !!! C’est surprenant et difficilement explicable à mes actionneurs. Non, l’affaire suit son cours. On veut un versement à la signature et des garanties bancaires. Vous savez, l’OL n’est pas encore une banque, elle le deviendra peut-être qui sait…

Concernant Réveillère, Bodmer, eux aussi courtisés, qu’en est-il aujourd’hui ?
Anthony (Réveillère) a servi d’attrape-mouches. Il n’y a jamais eu d’offres le concernant. Pour Mathieu Bodmer, Claude a été clair. Il connait le joueur, il veut le conserver. C’est dommage pour le PSG, qui était prêt à payer pour ce joueur. S’il y a des offres concernant Kim Källström, il est probable qu’il parte. Mais le départ d’Hatem sur le côté gauche peut augmenter son temps de jeu. Milan Baros est sur le marché des transferts. Quant à Fred, là, pas de problème. Il va rester, c’est certain.

La rédaction - Alix Dulac avec Luis Attaque