RMC Sport

Bourbon : « Robert Louis-Dreyfus était plus Vélodrome que Davos »

-

- - -

Jean-Claude Bourbon est journaliste à la Croix. Il a écrit une biographie très documentée de Robert Louis-Dreyfus : "Les Aventures d’un Don Juan des affaires", avec Jacques-Olivier Robin. Il nous parle de l’homme.

Qui était Robert Louis Dreyfus ?
C’était un personnage qui était assez loin des descriptions des médias. Quelqu’un de très discret voire secret, qui parle peu et pas très bien en public. C’est un homme qui aimait cultiver le mystère. Exemple : il n’y a jamais eu de bilan ou de compte officiel publiés sur le groupe Dreyfus.

Comment décririez-vous l’homme ?
C’était quelqu’un de très timide et de très atypique dans son milieu. C’est vrai qu'il était milliardaire et que sa société pourrait largement être dans le CAC40. Mais paradoxalement, Robert Louis-Dreyfus était quelqu’un qui fuyait les mondanités et qui n’avait pas la tenue appropriée à son statut et à son milieu. Il était sûrement plus heureux et beaucoup plus à l’aise à un match de boxe ou de football, qu’à discuter sur l’économie. Pour résumer, il était plus Vélodrome que Davos.

Robert Louis-Dreyfus était-il un amoureux du sport ?
Oui, c’était un vrai joueur de poker. Plus la perspective de rafler la mise s’éloignait, plus il courait derrière pour la rattraper et il finissait par gagner. Il aimait tous les sports et plus particulièrement le football et la boxe. C’était une véritable encyclopédie dans ce domaine. Devenir dirigeant d’un club, c’était son rêve de gamin, même si le rêve s’est transformé en cauchemar...

Quel futur voyez-vous pour l’Olympique de Marseille ?
C’est la grande inconnue, et c’est compréhensible que la famille entretienne le mystère. La réponse appartient à son épouse qui n’a pas encore pris de décision. Ce que je n’imagine pas, c’est que quelqu’un qui a mis plus de 200 millions d’euros dans un club, qui a réglé sa succession à la virgule près, ait mis de côté l’Olympique de Marseille. Je pense qu’il a prévu totalement l’avenir de l’OM, il ne faut pas oublier que ça faisait plusieurs années qu’il était malade et qu’il se savait condamner. Il n’a pas pu laisser à sa femme la lourde décision de vendre ou pas le club. De toute manière, à moyen terme, la famille Dreyfus va se désengager progressivement et en douceur de l’OM, le temps de trouver un acquéreur qui pourra le développer. Ce n’est pas une question d’argent.

recueilli par Antoine Wargnier (RMC Sport)