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Huard : « Je veux garder mon record »

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Bordeaux reçoit Lille ce dimanche (14h) et tentera de stopper la série d’invincibilité de Vincent Enyeama, qui n’a plus encaissé de but depuis 1035 minutes. Ce qui permettrait à Gaëtan Huard, ancien de la maison, de conserver son record.

Gaëtan, votre record d'invincibilité (1176 minutes) est-il quelque chose qui vous tient à cœur ?

Je ne suis pas faux-cul et je le dis ouvertement, j’aimerais que le record reste aux Girondins de Bordeaux, et à moi en l’occurrence, avec toute l’équipe qui l’avait obtenu à l’époque. Je ne vais pas dire : « Ce n’est pas grave ». Non, je veux que ça reste chez nous. Là, j’ai mes gamins qui m’appellent et qui me disent : « Papa, tous mes copains disent que tu vas perdre ton record ». C’est là qu’on se rend compte que ça a quand même de l’impact. 

Que pensez-vous de l'abattage médiatique autour de cela ?

Si ça peut avoir un impact positif sur le poste de gardien, pour qu’on donne envie aux enfants de jouer dans le but, ça aura servi à quelque chose. C’est un poste qui est très dur, très décrié. On ne montre que les buts à la télé, on ne montre pas les images magnifiques que l’on peut voir d’Enyama en ce moment. Il faut garder une belle image du gardien.

Vous rappelez-vous comment avait débuté votre marche vers le record ?

C’est un match qu’on avait perdu 5-0 au Parc des Princes. On était meilleure défense du championnat, et on en prend cinq. Et sur les cinq, il y en a six pour moi (sic). J’avais été très marqué. Je me rappelle avoir dit en conférence de presse : « On finira meilleure défense du championnat. » En aucun cas je ne pensais qu’on pourrait faire plus de treize matches, mais les minutes se sont enchaînées et c’était devenu un ciment énorme pour l’équipe. A chaque fois qu’on rentrait sur le terrain on se disait : « Allez, on ne prend pas de but, on est solides les gars ». On savait qu’il y aurait deux-trois situations à gérer derrière sur lesquelles je devais faire la différence, et deux-trois offensivement, où on mettrait un petit but ou deux. Aujourd’hui, c’est la copie conforme avec le LOSC.

Pensez-vous que les Girondins seront d'autant plus motivés ?

C’est un plus pour Lille, mais c’est aussi un plus pour Bordeaux. Il y a en plus un petit parallèle. J’ai passé le cap des 1000 minutes contre Marseille, tout comme Vincent Enyeama, et j’ai fini par perdre mon invincibilité à Chaban-Delmas. J’espère que ce sera pareil pour lui (rires).

« Je regarde Enyeama avec admiration »

Comment s'était arrêtée votre série ?

C’est sur un coup franc d’Azanovic (face à Montpellier, ndlr). A l’époque, j’étais sur un nuage. Dans des séries comme ça, on a des lectures de jeu, on anticipe énormément, on a une liberté d’esprit, on n’a pas de doute, on arrive à tout prévoir. Sauf celle-là. J’anticipe côté droit et il frappe au-dessus du mur. Eric Guérit saute et la détourne de l’épaule. Je suis revenu, je crois que je la touche mais ça rentre avec le poteau. On gagne ce match 2-1 mais on rentre aux vestiaires dans un silence de mort. Rolland Courbis (l’entraîneur de l’époque, ndlr) rentre dans le vestiaire et dit : « Oh les gars ! On a gagné, c’est quoi ça ? » Mais c’est vrai qu’il y a eu une cassure et, à l’arrivée, ça nous a fait quelque chose. 

Vous préféreriez qu'Enyeama prenne un but ou que Bordeaux gagne dimanche ?

Moi j’ai dit à Francis (Gillot) : « Je ne veux pas que tu marques un but, je veux que tu gagnes ! » Ce n’est pas pareil. Je ne veux pas qu’ils perdent 4-1.

Que faut-il pour réussir une telle série ?

A l’époque, je me sentais comme lui doit se sentir : imbattable. J’avais l’impression d’avoir un but de hand derrière moi. C’était impressionnant. Je me rends compte aujourd’hui de ce qu’on a réalisé. Je le répète, c’est le record d’un club. Celui de Landreau (603 matches de L1), il ne le doit qu’à lui-même, mais là c’est le record d’une équipe et d’un système de jeu mis en place par Rolland Courbis. Et aujourd’hui, je regarde ce que fait Enyeama avec admiration, parce que je sais que c’est énorme.

Comment le définiriez-vous en tant que gardien ?

Je lui trouve beaucoup de qualités similaires à celles que j’avais par le passé. Il est bondissant, il sort très vite, il ferme très vite les angles. C’est un garçon qui est plus dans l’intervention que dans l’attentisme, même s’il est très bon sur sa ligne de but. Il n’hésite pas à aller aux abords de sa surface de réparation. C’est ce que j’adorais, aller chercher le ballon dans les pieds des attaquants, même si ça m’a coûté un tibia.

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Propos recueillis par Olivier Schwarz et à Bordeaux