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L’OM rêve de déménager à… l’hippodrome Borély (et ce n’est pas gagné)

L'hippodrome Borély, à Marseille

L'hippodrome Borély, à Marseille - -

INFO RMC SPORT. Frank McCourt et Jacques-Henri Eyraud veulent construire un centre d’entrainement moderne et à la hauteur des ambitions de l’OM. Les dirigeants marseillais recherchent des terrains et ont notamment flashé sur le site abritant, face à la mer, l’hippodrome et le golf de Borély. La Ville de Marseille et la Société hippique ne l’entendent pas du tout de cette oreille.

Tout Marseille ou presque connaît déjà l’histoire du Couvent de la Serviane, cette communauté religieuse, basée sur les hauteurs de la Commanderie, qui ne vendra jamais tous ses hectares à l’OM. Que leur interlocuteur se nomme Pape Diouf, Vincent Labrune ou Jacques-Henri Eyraud, ces Sœurs appelées « les Filles du Cœur de Jésus » ont toujours eu horreur d’être dérangées pour une histoire de terrains de football. 

Pourtant, Frank McCourt et Jacques-Henri Eyraud en sont persuadés : « l’OM Champions Project » passe forcément par un nouveau centre d’entrainement, plus moderne, plus grand, plus séduisant pour attirer de jeunes joueurs et ne plus souffrir de la comparaison par rapport aux centres de formation du sud-est comme ceux de Lyon, Montpellier ou Nice. Sur Marseille, où les espaces verts et constructibles se font rares, pas facile cependant de trouver un lieu sur lequel construire minimum 5 ou 6 terrains de football, un centre éducatif et sportif, un bâtiment pour la mise au vert, ainsi qu’une clinique et un siège administratif… rien que pour l’OM.

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Un cadre exceptionnel, quelques (maigres) revenus pour la Ville

Depuis son arrivée sur Marseille, le propriétaire américain de l’OM prospecte en toute discrétion. Et, selon nos informations, un lieu attire particulièrement son attention : le site Borély, 25 hectares au total, sur lesquels sont implantés un golf et un hippodrome. Entre le Parc Borély et les plages du Prado, le site est un lieu privilégié pour les Marseillais et les touristes de passage dans la cité phocéenne. Et si l’OM peut lier l’utile à l’agréable, avec un cadre de vie exceptionnel face à la mer, les dirigeants olympiens ne s’en plaindront pas, eux qui veulent faire de ce nouveau centre d’entrainement un lieu central et emblématique. Sauf que ce rêve a aujourd’hui des allures de mission impossible.

Le site Borély appartient à la Ville, qui a signé un bail avec la Société Hippique de Marseille. Ce contrat court jusqu’en 2022 et des discussions ont déjà été entamées afin de le prolonger. Le loyer annuel est, lui, d’environ 130 000 euros. Une (petite) source de revenus pour la mairie, à laquelle il faut ajouter une somme de 450 000 euros par an, liée à la « taxe Myard » (nom du maire de Maisons-Laffitte, NDLR). Cette taxe sur les paris hippiques permet aux communes disposant d’un hippodrome de toucher un pourcentage du montant des paris de courses organisées sur leur territoire.

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Un élu : « Gaudin ne va certainement pas s’embêter avec ce dossier épineux ! »

Joints par RMC Sport, plusieurs élus importants de la Ville de Marseille confirment que l’OM s’intéresse au site Borély… mais promettent que « ce projet est quasiment impossible à réaliser ». « Au-delà des revenus reversés, un contrat est en cours et il faudrait dédommager la Société hippique », explique un proche de Jean-Claude Gaudin, qui affirme que « la Ville souhaite tout simplement que Borély reste un hippodrome ». Ce que plusieurs élus ont d’ailleurs clamé haut et fort lors de la cérémonie du Grand National du Trot, le 29 mars dernier - sous les yeux d’un certain Jacques-Henri Eyraud, invité pour l’occasion - affirmant que « les courses allaient perdurer longtemps sur l’hippodrome de Borély ! »

La direction de Société Hippique de Marseille, contactée également par nos soins, ne veut pas croire le contraire. Et dresse un inventaire des obstacles auxquels l’OM est confronté : « A la base, le terrain n’est pas constructible. Le château Borély, juste derrière, est classé monument historique. Les Marseillais veulent de la vue et de l’espace. Et il ne sera pas possible de reporter les courses de Borély sur l’hippodrome de Vivaux car les conditions de course y sont différentes. »

Ajoutons que la Société hippique de Marseille emploie 30 personnes. Et en génère indirectement près de 2 000, via le centre d’entrainement de Calas-Cabriès, une structure dédiée à l’hébergement et à l’entraînement des galopeurs. « Vous comprendrez que Jean-Claude Gaudin ne va certainement pas s’embêter avec ce dossier épineux pendant son dernier mandat ! », pronostique un élu marseillais.

Négociations serrées, comme pour le loyer du Vélodrome

Du côté de l’OM, qui préfère sourire du montant peu élevé qu’engendre le loyer et la taxe reversés à la Ville de Marseille, on a bien pris acte des réticences venant de la mairie et de La Société Hippique. Mais certains proches du dossier continuent aujourd’hui d’affirmer que « l’OM veut absolument, et vite, un nouveau centre d’entrainement », que « tout se négocie dans la vie » et que « le site Borély reste la priorité, même si d’autres options sont envisagées ». Le président de l’OM, joint par RMC Sport, n’a pas souhaité s’exprimer sur ce dossier chaud, pour ne pas dire « sensible », quand le nom de « Borély » est avancé.

Ces négociations pour obtenir un terrain sont en tout cas à mettre en concomitance avec la revalorisation réclamée par la mairie pour le loyer de l’Orange Vélodrome. L’OM paye aujourd’hui 4 millions d’euros par an. La Ville réclame 8 millions, dès la saison prochaine. Accepter de payer plus pour le stade, tout en demandant à la mairie un effort pour céder un terrain... Ou se montrer intransigeant sur le loyer tout en rappelant à Jean-Claude Gaudin qu’il n’a pas fait d’effort pour lâcher le site Borély. McCourt et Eyraud, fins négociateurs, sont peut-être en train de calculer leur coup, dans ce jeu de poker menteur avec la Ville de Marseille.

Florent Germain