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« Le Stade de France ? Pas un mauvais calcul »

Le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani

Le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani - -

L’économiste Pascal Perri décrypte le projet des Qataris visant à faire déménager le PSG du Parc des Princes au Stade de France. Une ambition légitime qui, selon lui, augmenterait sensiblement les revenus et le pouvoir d’attraction du club.

De nouvelles ambitions
« Le PSG a changé de statut et souhaite donc changer de résidence. On passe d’un stade 50 000 places à un stade de 80 000 places. Mais surtout, on passe d’un stade plutôt ancien à un stade dans lequel il y a beaucoup de loges. De mon point de vue, c’est ce qui intéresse les Qataris. Ils envisagent de faire du PSG un vrai club européen, en vendant notamment des places VIP. Au Stade de France, ils auront également accès à un énorme réservoir qui est celui de la banlieue. Avec la Seine-Saint-Denis et le Val d’Oise, il y a eu une zone de chalandise immense dans le domaine du public populaire. »

L’exemple de l’OL
« Lyon va passer du stade de Gerland au Stade des Lumières. D’une enceinte de 41 000 places à une enceinte de 61 000 places. Grâce à l’augmentation des places VIP, on estime que le revenu supplémentaire par année sera d’environ 40 millions d’euros. Dans le cas du PSG, on peut estimer que le changement de stade devrait produire immédiatement 50 millions de recettes supplémentaires par an. Et sans doute beaucoup plus à long terme. »

Un nouveau public
« Le PSG va certainement faire des mécontents. Une partie du public ne viendra pas car il est attaché au Parc des Princes. Mais le pari des Qataris, c’est qu’en s’installant au Stade de France, le club va gagner un nouveau public populaire. Le prix des places sera le même. Simplement, grâce aux loges et aux places VIP, la recette ‘haute contribution’ pourra être développée. Il y aura probablement un écart de plus en plus grand entre les places les moins chères et les places les plus chères. Grâce à ces dernières, le PSG va développer des revenus supplémentaires avec du marketing et probablement bien d’autres choses. »

Le choix du Stade de France
« Je ne pense pas que ce soit un mauvais calcul. Ce n’est pas un stade très récent. Mais il peut être équipé assez facilement de tous les outils qui font un stade moderne. Au Parc des Princes, il était très difficile faire des travaux de rénovation et de construire des loges. C’est une toute petite enceinte. Certes, elle résonne très fort, mais il y a aussi la résonnance des revenus. Et dans l’esprit des Qataris, faire du PSG un grand club, c’est lui donner un stade de 80 000 places avec à la fois un public populaire et un public très haut de gamme. »

Un intérêt pour Vinci et Bouygues
« Le Consortium qui gère le Stade de France depuis 1998 (et jusqu’à 2025) est constitué de deux grandes entreprises (Vinci et Bouygues) engagées dans le secteur des travaux publics. Avec un volume de spectacle assez faible, le résultat net est de 3 millions d’euros en 2011. Ce n’est pas énorme, même si c’est toujours un peu d’argent. Je ne crois pas que les gestionnaires actuels du Consortium aient intérêt à fermer la porte à QSI. Il y a une Coupe du monde qui se profile au Qatar en 2022. Elle va générer des travaux préparatoires. Cela représente une enveloppe de 100 milliards d’euros. J’imagine que les entreprises qui gèrent le consortium seront candidates pour en mener certains. Tout cela devrait faciliter les négociations. »

Propos recueillis par Jérôme Sillon