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Les Girondins de Bordeaux en pleine guerre entre dirigeants et agents

INFO RMC SPORT. Alors que la situation des Girondins de Bordeaux reste floue et inquiétante, des tensions continuent de persister en interne au sein de la direction sportive. Une lutte d’influence qui oppose l’équipe mise en place par les propriétaires américains à d'anciens membres de la cellule sportive.

Grosse tension en interne aux Girondins de Bordeaux. Eduardo Macia, directeur du football, et Ulrich Ramé, officiellement "directeur des opérations football", ne sont rassemblés que par la proximité de leurs titres dans l'organigramme. Dans les faits, c’est une véritable guerre qui oppose les deux hommes, avec des champs de bataille qui concernent notamment les relations avec les agents. Pour tout comprendre, il faut remonter à l’origine du "Bordeaux américain".

Avant que GACP soit évincé en décembre 2019, les Girondins de Bordeaux sont officiellement rachetés par l’attelage GACP/King Street le 6 novembre 2018. Joe DaGrosa confie les rênes du sportif à Hugo Varela, salarié du fonds d’investissement américain qui n’apparaît pas sur l’organigramme des Girondins. Le début de la mue et de la refonte du secteur sportif. Mars 2018, Eduardo Macia est nommé directeur du football et convainc Paulo Sousa de rejoindre le projet. Souleymane Cissé prend les commandes du centre de formation. Les dirigeants veulent se séparer de l’ancien directeur sportif Ulrich Ramé mais, conscients de son importance auprès des supporters avec son passé d’ancien joueur, ils choisissent de le conserver en lui confiant la gestion de l’équipe féminine.

Mais Ramé est écarté des décisions importantes et des transferts liés à l’équipe première. La cellule recrutement est profondément remaniée. Macia nomme ses hommes: Ollie Waldron, Jacob Friis-Hanssen, Adrian Esparraga deviennent "scouts" pour les Girondins, qui se séparent de plusieurs de leurs recruteurs alors en place. Et depuis plusieurs semaines, l’implication d’Eduardo Macia dans plusieurs transactions jugées "douteuses" est pointée du doigt. En ligne de mire, l’achat du jeune (22 ans) latéral gauche algérien Naoufel Khacef.

Le transfert de Khacef comme déclencheur

A l’été 2019, cet ancien de l’USM Alger joue au NA Hussein Dey, en Algérie. Son premier agent est Christophe Hutteau et des contacts sont noués avec Rennes. Les Bretons ne donnent pas suite face à la complexité du dossier pour un tel profil. Le mandat avec Hutteau prend fin et un jeune agent français affilié, Medhi Ait Ahmed, prend le relais. Il dispose d’un mandat officiel et homologué mais de très courte durée, du 23 décembre 2019 au 10 janvier 2020, pour faire signer le joueur à Bordeaux. Khacef, très intéressé, veut rejoindre les Girondins.

Les négociations tardent à se concrétiser et Khacef ne renouvelle pas son bail avec Ait Ahmed. Il choisit de faire confiance à une intermédiaire espagnole, Raquel Herraiz del Moral, licenciée à la fédération espagnole comme agent mais qui ne possède pas le droit d’exercer en France. Raquel Herraiz collabore dans ce dossier avec un avocat français très implanté à Bordeaux et dans le milieu du foot pour donner une tournure légale au transfert. Le 21 février 2020, Khacef finit par signer à Bordeaux avec de nombreuses interrogations à la suite des déclarations de son ancien agent Medhi Ait Ahmed, qui se dit floué dans l’affaire et court-circuité de façon suspecte par cette intermédiaire espagnole et ceux qui lui sont associés. Même si, et c'est important, l'agent n'est plus sous contrat avec le joueur au moment de cette signature. Le club se défend donc de toute procédure illégale.

Après plusieurs mises en demeure restées sans réponse, au joueur, à Raquel Herraiz, à Eduardo Macia, à l’avocat qui collabore avec l’intermédiaire espagnole (et lui sert selon lui de "prête-nom"), et un courrier recommandé adressé ce samedi au président bordelais Frédéric Longuepée pour "une dernière tentative de conciliation à l’amiable", l’agent français et ses avocats ont même rédigé une plainte qu’ils sont prêts à déposer devant le parquet de Bordeaux si aucun accord n’est trouvé. "La plainte sera dirigée contre Raquel Herraiz del Moral pour exercice illégal de la profession et contre Eduardo Macia pour complicité, ainsi que contre X, c’est-à-dire tout auteur ou complice, précise Ait Ahmed. Maintenant, il faut savoir si Frédéric Longuepée, Heidi Verdet et le club des Girondins de Bordeaux ont envie de se retrouver dans X ou pas. C’est ça la question."

L’agent évoque aussi du "double mandatement" et des choses plus lourdes, affirmant pouvoir tout prouver documents à l’appui. "En février, j’ai dit au club: ‘Vous êtes en train de me faire ça car je suis un jeune agent, nouveau dans le milieu, et vous considérez que je n’ai pas de poids et que je ne pourrai pas me défendre, mais je ne vais pas me laisser faire’. On va s’arranger tranquillement à l’amiable, sans faire de bruit ni de problèmes, mais s’il doit y avoir du bruit et des problèmes, la presse et la justice, je suis prêt pour ça." Au-delà du cas personnel, l’affaire Naoufel Khacef illustre les soucis internes aux Girondins: Eduardo Macia est affilié à Raquel Herraiz Del Moral dans ce dossier. Les supporters s’en emparent et demandent le licenciement du directeur du football.

Une lutte d’influence Ramé-Macia

D’après nos informations, Raquel Herraiz del Moral collabore depuis quelques années avec les Girondins, avant même l’arrivée des Américains et de Macia à la tête du club. Très proche de Ramé, elle obtient des mandats dès le mois de janvier 2018. Elle officie alors avec plusieurs agents français qui travaillaient étroitement avec l’ancienne direction sportive. Des agents qui ont, depuis l’arrivée de Macia, vu le Haillan nettement moins accessible. Depuis son arrivée dans l’entourage du club, Raquel Herraiz accumule les mandats pour vendre des joueurs comme Kamano, De Préville, Vada, Sankharé, Sabaly. Les transactions n’ont jamais abouti et capotent à cause de son attitude. Elle se brouille avec de nombreux agents en tentant de les court-circuiter.

Eduardo Macia a échangé pour la première fois avec Raquel Herraiz il y a huit mois. Ils sont tous les deux originaires de Valence, en Espagne, et même si le directeur du football ne souhaite plus travailler avec cette intermédiaire, elle continue d’obtenir des mandats, notamment dans le dossier Khacef. Eduardo Macia offre-t-il ces mandats pour obtenir la paix sociale au sein du club ? A-t-il lui aussi choisi de collaborer avec elle sur certains dossiers ? Difficile à dire….

En coulisses, deux clans s’opposent. Ulrich Ramé, qui a perdu ses prérogatives, son réseau d’agents ainsi que Laurent Callipe, ancien recruteur du club éjecté par Hugo Varela six mois après son arrivée, tentent par certains moyens de faire vaciller Eduardo Macia pour retrouver l’importance qu’ils avaient à Bordeaux.

Macia, lui, ferme les yeux sur certaines pratiques, même si au club on se défend de travailler dans l’illégalité. "Depuis juin 2019, tout se fait avec la supervision légale de notre directrice juridique et du département financier. Toutes les transactions sont supervisées afin qu’on ne reproduise pas ce qu’il y a pu avoir dans le passé", confie-t-on à RMC Sport. Des tensions réelles et une vraie guerre d’influence au sein des Girondins. D’après nos informations, Eduardo Macia ne cherche pas à quitter le navire bordelais et compte bien s’ancrer dans le projet girondin. Ulrich Ramé, lui, a été pressenti un temps pour remplacer Olivier Pickeu à Angers. 

N.P., D.R., A.H.