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Lille serait-il pris sous les griffes du fonds d’investissement Elliott?

Le Financial Times, célèbre quotidien économique britannique, affirme que le club de Lille serait menacé par une reprise du fonds d’investissement américain Elliott, déjà propriétaire de l’AC Milan. Qu’en est-il vraiment ?

L’été dernier, lorsque le LOSC avait vendu 80 millions d’euros l’attaquant Ivoirien Nicolas Pépé à Arsenal, les supporters et la direction avaient applaudi un retour sur investissement colossal, après l’avoir acheté pour seulement 10 millions d’euros au SCO d’Angers, deux ans plus tôt. Mais ce n’étaient pas les seuls satisfaits d’une telle opération.

Prêter pour ensuite récupérer

Le Financial Times du jour précise en effet qu’après la reprise par Gérard Lopez de Lille, en 2017, celui-ci a souscrit à un prêt de 140 millions auprès du fonds américain Elliott. Déjà propriétaire de l’AC Milan depuis 2018, après la cession des prêts hypothéqués des actionnaires chinois Yonghong Li et Haixia Capital, Elliott semblerait recommencer sa technique de reprise avec le Lille Olympique.

L’idée serait d’accorder un crédit avec, d’après le quotidien économique britannique, "des taux d’intérêt à deux chiffres" à une équipe, qui hypothéquerait ses actifs afin d’en assurer la solvabilité, pour ensuite attendre que cette dernière soit incapable de rembourser. Elliott récupérerait ainsi sans frais le club.

Gérard Lopez nie et rassure

Concernant Lille, Elliott a refusé de répondre aux interrogations du Financial Times. A l’inverse, Gérard Lopez a directement réagi en insistant sur le fait que "les motivations avec Lille sont différentes de celles de l'AC Milan. […] L'accord de prêt est une preuve de foi dans le modèle commercial de la partie française du trading de joueurs."

Autrement dit, Elliott ferait confiance en la capacité de revente du LOSC pour assurer le remboursement du crédit, jusqu’en 2021, contrairement à l’AC Milan, qui aurait été incapable de bouleverser son modèle vers le trading avec plus-value.

D’après Lopez, "[Elliott] a financé ce club pour démarrer un processus d'investissement dans les joueurs, de création de valeur, de vente de certains joueurs, de maintien d'autres pour développer le club." Ainsi, il n’y aurait aucune crainte à avoir quant à une probable reprise par les américains.

Le modèle du Losc n'est pas celui de l'AC Milan

De plus, l’homme d’affaire luxembourgo-espagnol rappelle que les règles de l’UEFA interdisent à plusieurs clubs d’un même propriétaire de participer aux compétitions européennes, "cela reviendrait à nier les ambitions communes, à la fois de Milan et de Lille, de retrouver durablement la Ligue des Champions."

Enfin, Gérard Lopez rajoute qu’il est "personnellement responsable du prêt plutôt que du club lui-même". Il est la personne morale du crédit et non le LOSC afin d’éviter les sanctions avec la DNCG qui veille à la bonne solvabilité des équipes et contrôle leurs endettements.

De cette façon, si Lille venait à échouer à se qualifier en ligue des Champions, à faire émerger un ou deux joueurs chaque saison, de les revendre avec plus-value, ou accumulerait un déficit trop important, ce n’est pas le club directement qui aurait des comptes à rendre mais Gérard Lopez lui-même.

Objectif 30 millions d'excédent

Car l’enjeu est trop important, les annuités du crédit avec un taux d’intérêt à deux chiffres sont estimées à plus de 30 millions d’euros par le Financial Times. Autrement dit, le club doit dégager un excédent comptable de 30 millions chaque saison jusqu’en 2021 pour garantir le seuil de rentabilité.

Le quotidien rappelle par ailleurs que, d’après le rapport de la DNCG sur la saison 2017-2018, Lille présentait un déficit net de 141 millions d’euros. Il ne faudrait donc pas que les choses continuent dans ce sens.

Mais Gérard Lopez ne s’inquiète pas sur ce point. "Pour moi, vous dire que nous sommes le meilleur club au monde dans le commerce de joueurs ne serait probablement pas trop loin de la réalité. Si nous ne sommes pas le meilleur, nous sommes probablement dans les trois, quatre ou cinq premiers clubs". Réalité ou excès de confiance …

Pierre Rondeau