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Louvel : « Cette taxe ne doit pas être rétroactive »

Jean-Pierre Louvel

Jean-Pierre Louvel - -

Les clubs professionnels ont diffusé une lettre ouverte à François Hollande dans la presse concernant la taxe à 75% sur les très hauts revenus. Une initiative qui vise à informer le public, tout en maintenant la pression avant le rendez-vous avec le chef de l’Etat jeudi prochain.

« Monsieur le Président, ne laissez pas le football mourir. » Tels sont les mots qui mettent un terme à ce manifeste destiné à François Hollande. Joint par RMC Sport, Jean-Pierre Louvel, le président de l’UCPF (le syndicat des clubs professionnels) l’assure : cette lettre s’inscrit dans une démarche d’information avant les négociations. Des négociations qui pourraient être closes si la rétroactivité de la taxe est rediscutée. 

Jean-Pierre Louvel, quelle est la raison de cette lettre ouverte diffusée dans la presse ce dimanche ?

« Il faut expliquer les choses aux gens parce qu’au départ, il y avait certainement un mauvais ressenti, les cartes sont un peu brouillées. On parle de riches, de gens qui gagnent beaucoup d’argent mais la réalité n’est pas celle que nous vivons et c’est pourquoi nous voulons expliquer ce que nous vivons. Ce n’est pas un combat pour défendre des riches, ni pour défendre des privilèges, au contraire. C’est un combat pour garder un équilibre dans le football, indispensable si on veut être compétitif. Je pense qu’il faut que nous multipliions les opérations. Il faut du temps pour expliquer les choses aux fans, aux supporters. Il va bien sûr y avoir d’autres opérations d’explication dans les clubs et les régions, comme des réunions de supporters et de partenaires pour bien faire comprendre nos motivations. Par exemple, j’organise mardi au Havre une réunion avec des partenaires, des supporters, la presse… pour continuer à expliquer tout ça pendant tout le mois. Ce genre d’évènements se fera avant et après le rendez-vous avec François Hollande (jeudi prochain, ndlr). »

Est-ce une sorte de propagande positive ?

« Nous sommes dans un processus d’explication nécessaire puisqu’il y a une image du football qui n’est pas la réalité. Quel que soit le résultat des discussions que nous aurons avec le président de la République, il est important que nous informions l’ensemble du grand public. Notre démarche est positive. Même la journée blanche sera positive parce qu’il y aura des manifestations dans les stades, avec des participations des uns et des autres, et également des joueurs. Il s’agit de démontrer d’abord la détermination du football dans son ensemble, de bien montrer qu’il y a de réels problèmes et qu’il faut bien les prendre en compte. De montrer que cette taxe est la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase et de faire tomber l’ensemble de l’équilibre du sport en France. »

« Nous sommes aujourd'hui prisonniers de contrats à durée déterminée »

Concrètement, qu'attendez-vous de ce rendez-vous avec François Hollande ?

« Nous sommes des entreprises comme les autres, sauf que nous avons beaucoup de spécificités. Ce sont ces spécificités que nous devons rappeler au président. La chose principale pour nous, c’est la non-rétroactivité. On ne peut pas accepter que cette taxe soit rétroactive alors que nous avons des contrats à durée déterminée. Ça c’est le premier élément et c’est peut-être l’élément qui pourrait éviter toute crise. Nous allons l’expliquer au Président, nous allons l’expliquer à ses ministres, et j’espère qu’à partir de là une base de discussion pourra s’ouvrir. »

Qu'est-ce que cette rétroactivité ?

« Actuellement, elle s’applique à tous les contrats en court à partir des chiffres et des salaires de l’année civile 2013. En ce qui concerne le football, les bases de cette taxe vont dont être prises sur la deuxième partie de saison dernière, et sur la première de l’actuelle, pour être payée en février 2014. Or, nos saisons sont réparties sur deux années et par conséquent, sur deux budgets différents. Des budgets qui ont été remis cet été, et d’ores et déjà contrôlés par la Direction nationale de contrôle de gestion qui nous encadre. Et le problème, c’est que les joueurs ont des contrats à durée déterminée que les clubs ont fait signer sans que nous ayons eu connaissance de cette taxe. La rétroactivité est le point essentiel car nous sommes aujourd’hui prisonniers de contrats à durée déterminée figés dans la durée et dans les montants. Ce qui n’est pas du tout le cas des autres entreprises concernées. Il y a une inégalité très forte. Il est donc normal qu’il y ait des aménagements pour compenser cette rétroactivité qui est trop lourde et qui tombe à un moment où les budgets ont été remis. On veut nous changer les règles en court de jeu. »

Comment voudriez-vous qu'elle soit modifiée ?

« Il suffirait qu’elle soit appliquée sur tous les nouveaux contrats. C’est-à-dire que les clubs qui choisiraient d’engager un joueur ayant un salaire dépassant le million d’euros seraient prévenus qu’au moment où ils l’engagent, une taxe sera à payer. A partir de quoi, ils pourraient le programmer dans leurs comptes, le budgéter en trésorerie. Les choses seraient connues au départ du match, pas en court de jeu. C’est ce que nous demandons. C’est un minimum pour qu’un président de club, qui est un chef d’entreprise, puisse gérer en connaissance de cause et pas en payant des taxes après avoir pris des décisions qu’il n’aurait peut-être pas prises s’il avait connu le montant des taxes. »

« Nous n'avons pas dit que nous refusions une taxe »

Si le président de la République modifie la notion de rétroactivité comme vous le demandez, pourriez-vous annuler la journée blanche ?

« Tout à fait, il y aurait retrait de la journée blanche et nous arrêterions toutes les manifestations parce que nous aurions été compris et l’aménagement apporté serait respectable. » 

Avez-vous le sentiment que le gouvernement est prêt à discuter ?

« Je pense que s’ils nous reçoivent, c’est qu’il y a une volonté d’essayer de discuter. Si c’est pour bien comprendre les problématiques actuelles du football et essayer de trouver des aménagements, nous sommes ouverts à la discussion. Nous n’avons pas dit que nous refusions une taxe, nous avons dit que nous la refusons dans l’état où elle est à l’heure actuelle. »

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Propos receuillis par Vincent Delzescaux