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Marshall Munetsi, joueur de Reims: "Les clubs devraient aussi voir ce qu'on fait de notre argent"

Marshall Munetsi

Marshall Munetsi - ICON SPORT

Milieu de terrain de Reims, le Zimbabwéen Marshall Munetsi (24 ans) s'implique pour le développement de son pays via une fondation.

Les préjugés sont parfois difficiles à faire tomber. Surtout lorsqu’il s’agit de parler des footballeurs. Mais écouter et lire l’histoire de Marshall Munetsi, c’est déjà en faire trébucher quelques-uns. Parler avec le milieu de terrain peut amener sur des terrains surprenants. De la géopolitique africaine à l’économie, en passant par un débat purement football, le Rémois navigue sans problème entre les sujets. Ce qui a surpris ceux qui ont appris à le connaitre quand il a débarqué en France en 2019.

A 24 ans, le milieu de terrain s’implique sur le terrain avec le Stade de Reims (22 matchs disputés cette saison), mais aussi en dehors, au travers d’une fondation créée au Zimbabwe. "C’est une idée qui est arrivée très vite dans ma tête, nous explique le Rémois. Avant même que je sois professionnel, quand j’ai commencé à jouer dans un club du pays (Blue Rangers), je me suis dit que si j’arrivais à devenir professionnel et à gagner de l’argent, je rendrais une partie de cet argent à mon pays."

"Je donne entre 10 et 20% de mon salaire pour la fondation"

Comme Tino Kadewere (Olympique Lyonnais), avec lequel il a grandi et reste toujours très proche, Marshall Munetsi garde une attache très forte avec le Zimbabwe. Les deux hommes souhaitent participer au développement de ce pays de 14 millions d’habitants, frontalier avec l’Afrique du Sud, où Munetsi a connu sa première expérience à l’étranger à 19 ans au Cape Town FC puis dans le prestigieux club des Orlando Pirates.

"C’est là que j’ai commencé à aider les enfants au pays, comme je me l’étais fixé, poursuit le milieu de terrain. Il y a deux aspects dans ce que je veux développer: le sport et les études. Je reproduis un peu ce que ma mère et mon père voulaient avec moi. Ma mère voulait vraiment que je continue des études, quand mon père m’amenait au foot. " Munetsi a eu la chance de grandir dans une famille où il a pu se développer sans avoir trop de problèmes.

Il souhaite désormais pouvoir reproduire ce schéma pour les autres. "Le but, c’est de donner la possibilité aux enfants d’atteindre leurs rêves dans le monde du sport ou ailleurs en leur donnant le meilleur enseignement. En Europe, les enfants ont presque tout ce qu’il faut avec les centres de formation et les Pôles Espoirs. Ce n’est pas le cas au Zimbabwe. Il y a un aspect sur lequel je travaille beaucoup, ce sont les filles. Souvent, elles sont mariées de force. Je veux les aider à avoir une éducation et à pouvoir se développer comme athlètes. Nous avons également beaucoup de soucis avec la drogue, et il faut qu’on arrive à sortir nos jeunes de là."

"Peut-être qu’on aura un futur Messi au pays"

Trois personnes travaillent désormais pour la fondation Munetsi. Toutes à la charge du joueur. "Cela dépend des mois mais je donne entre 10 et 20% de mon salaire pour la fondation. Peut-être même un peu plus en ce moment parce qu’il y a la pandémie et qu’ils en ont encore plus besoin. Le but, c’est aussi d’aider au développement de certains jeunes qui pourront ensuite construire leurs projets. On leur paye toute la scolarité et si besoin, on aide aussi après l’école. On espère que ces jeunes pourront ensuite aider à leur tour pour faire grandir le pays. Et qui sait, on aura peut-être un Lionel Messi qui viendra du Zimbabwe dans les années à venir (rires). (Le regard rêveur) Ça changerait tout quand même pour le pays d’avoir un joueur de cette dimension."

Le coût est non négligeable dans le budget du joueur, qui a dû faire des concessions dernièrement. Début février, les Rémois ont annoncé, dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux, leur décision collective de baisser leur salaire de 20% après des négociations avec la direction du club. Un choix qui impacte forcément l’aide apportée par Marshall Munetsi. Lors des discussions avec le club, le milieu de terrain a abordé ce sujet.

"C’est quelque chose à prendre en considération, de regarder ce que les joueurs font de leur argent. Moi, par exemple, mon argent n’est pas simplement pour moi parce que j’en donne une partie pour aider les autres. Si on m’enlève une partie de ce salaire, ce sera autant d’enlevé aux gens que je supporte. Après, j’ai compris que le club en avait besoin pour sa survie et que ça va aider les employés du club à sauver leur emploi, mais ça a des répercussions sur tout. Le club devrait aussi regarder ce qui est fait par les joueurs. Au Zimbabwe, l’économie ne va pas bien, le pays est de plus en plus pauvre…" Marshall Munetsi ne compte cependant pas baisser les bras dans sa volonté de construire le futur de certains jeunes au Zimbabwe. Cela passera aussi par une carrière qui doit continuer à grandir sur le terrain.

Loïc Tanzi