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Monconduit: "Tout le monde rêve de gagner à l'EuroMillions mais je n'envie pas la vie d'un Neymar"

Blessé à la cuisse avant la trêve, Thomas Monconduit devrait faire son retour ce dimanche après-midi dans le derby face à Rennes au Moustoir (15h). Sa grand-mère députée communiste, son rapport à l'argent dans le foot, son soutien aux Gilets Jaunes... l'occasion d'un large entretien avec le milieu de terrain du FC Lorient à la personnalité qui détonne par ses prises de parole et ses convictions.

Thomas Monconduit, on dit de vous que vous êtes un footballeur engagé, ça vous plaît?

Non je trouve ce terme pas terrible. Ça veut dire quoi ? Comme on est footballeur on n'a pas le droit de s'exprimer? J'ai surtout l'impression qu'on est très vite critiqué dès qu'on donne son avis. C'est peut-être pour ça qu'il y a peu de footballeurs qui parlent d'autres choses que de foot.

Vous revendiquez souvent le fait d'être un homme normal…

Oui je suis footballeur pro mais aussi quelqu'un de tout à fait normal. Les gens oublient que derrière le footballeur, il y a l'homme. On s'intéresse trop au footballeur. On le critique trop sans s'intéresser à lui. Tout ça parce qu'il y a beaucoup d'argent et ça pose toujours des problèmes.

Vous venez de Drancy, de la cité Paul Vaillant-Couturier. Quel a été votre enfance et comment vous avez commencé le foot?

Tout naturellement. En région parisienne, le foot on y joue dès la maternelle. Dans le bas de la cité, il y avait un terrain. C'était de l'amusement mais très vite j'avais le rêve d'être footballeur professionnel. Quand on remplissait des fiches au collège pour dire ce qu'on voulait faire plus tard, je notais footballeur professionnel. On ne me répondait pas grand-chose. Ce que je sais c'est qu'à l'époque, mes dirigeants à Drancy n'y croyaient pas vraiment.

"Les repas du dimanche chez ma grand-mère c'était des débats politiques"

Votre papa était policier. Votre maman travaillait à la mairie de Drancy et votre grand-mère Muguette Jacquaint a été députée communiste pendant 26 ans. Qu'est-ce qu'elle vous a apporté et vous apporte toujours?

Ce côté combat pour les minorités. On l'a vue militer depuis tout petit. Les repas du dimanche chez elle, c'était des débats politiques. Ça ne se passait pas toujours bien (rires). C'était animé. Avec mon père policier, ils s'embrouillaient de temps en temps mais ça allait. On y allait tous les dimanches.

Votre progression dans le foot a mis du temps. Est-ce qu'avoir eu ce parcours moins linéaire vous amène vos engagements d'aujourd'hui?

Oui. Déjà, avoir fait une année de chômage, ça aide à garder les pieds sur terre (il a été sans club entre sa fin de contrat à Auxerre en 2014 et son rebond à Amiens en 2015, ndlr). On retombe dans la galère je suis retourné chez mes parents. Plus aucun club ne me contacte mais ça m'a construit. J'ai pu faire des choses aussi que je ne pouvais pas faire à 17-18 ans. Sortir avec mes potes comme dans la vraie vie.

Votre grand-mère, elle en pense quoi du foot pro?

Je sais qu'elle suit tous les matchs à la radio. Elle m'appelle quand elle m'entend. Elle est plutôt fière de mon parcours.

Le foot aujourd'hui, vous l'aimez ou c'est juste un métier?

Je l'ai aimé mais aujourd'hui c'est un métier. Il n'y a plus cette insouciance de quand on est petit, quand on fait un tournoi. C'est un amour différent. Avant c'était les potes, la rigolade. Aujourd'hui, c'est un métier. On n'est pas obligé d'être pote avec toute l'équipe. Comme dans toute entreprise, on vient faire son boulot tous les jours. C'est la vie de tout le monde. Tout le monde n'aime pas ses collègues.

"Le foot je l'ai aimé. Aujourd'hui je viens faire mon boulot tous les jours"

Vous êtes un gros consommateur de foot?

Je l'ai été avant le confinement. Depuis, je regarde de moins en moins. Avoir perdu l'habitude, tous ces diffuseurs qui ont changé, les horaires... ça m'a saoulé et franchement je n'ai pas ressenti de manque pendant le confinement.

Les à-côtés du foot vous agace? Lesquels?

Qu'on ne parle pas de jeu. Quand on entend : "les footballeurs ils sont jeunes. Ils gagnent un pognon pas possible. Ils font n'importe quoi". On juge sur quelques joueurs. On oublie que le joueur de foot a entre 20 et 30 ans. Et un jeune entre 20 et 30 ans qui ne fait pas de foot fait des bêtises aussi. Qu'on gagne de l'argent ou non.

Il y a beaucoup d'argent dans le foot mais le foot en rapporte aussi beaucoup?

Oui le public ne comprend pas. On ne met pas le fusil sur la tempe du Président quand on négocie un contrat. Le foot génère énormément d'argent par le public, les sponsors.

Quel rapport avez-vous avec cette argent? Ça vous dérange de gagner autant?

Non. Je touche une belle somme aujourd'hui mais je sais aussi que ma maman galère un peu, que mes frères sont dans la vie normale. Je me raccroche à eux pour avoir une gestion de mon argent sereine. Je fais attention car je sais que plus tard je vais devoir travailler ailleurs. Ce n'est pas gênant de gagner autant car je pense le mériter. La carrière ça dure 7-8 ans en moyenne et derrière il faudra travailler. On est jugé au travers des grands joueurs et de leurs salaires. On ne touche pas des millions à l'année. Oui on a des bons salaires plus que la moyenne des français mais on ne touche pas les sommes du PSG. Là oui c'est démesuré.

Est-ce que vous enviez la vie d'un Neymar ou d'un Mbappé?

Non honnêtement non. On rêve comme tous les français de gagner à l'EuroMillions, d'être bien financièrement à vie mais je ne rêve pas leurs vies où ils peuvent très peu sortir, où tous leurs faits et gestes sont épiés.

"Les Gilets Jaunes? Comment on peut accepter que des gens aient du mal à finir le mois ?"

Vous vous êtes engagé en politique en soutenant François Ruffin à Amiens pour les élections législatives en 2017. Quel est votre rapport à la politique ?

Je ne la suis pas trop. Je m'informe mais j'ai perdu confiance en nos politiques parce que ce sont des discours mais il n'y a aucun acte. Me réengager peut-être un jour si un candidat agit au lieu de parler.

Vous avez aussi soutenu les Gilets Jaunes, est-ce que vous trouvez que ça a bougé?

Il y a eu des petits trucs mais pas assez. La prime de 100 euros pour certains foyers ça me fait rire. Pour certaines familles, c'est un plein d'essence. Il faut bien plus. On est en train de créer trop d'écart entre les riches et les moins riches. Mais évidemment que le combat des Gilets Jaunes est légitime. Comment on peut nous-même accepter qu'il y ait des gens qui ont du mal à finir le mois. Ce n'est pas normal.

Est-ce que ça parle politique dans un vestiaire de foot?

Non pas trop (rires).

Alors est-ce que ça parle actualité au moins?

Ça va parler sport surtout, des séries… Mais politique non. Même en campagne présidentielle, on va en parler un peu les semaines avant le vote mais on ne va pas débattre sur le programme d'un candidat.

Est-ce que vous savez déjà ce que vous ferez après votre carrière?

J'ai plein d'idées mais je ne sais pas encore. J'ai un projet en ce moment d'ouvrir une chambre d'hôte et j'aimerais aussi m'engager plus tard dans les énergies renouvelables.

L'environnement, ça vous parle?

Bien sûr c'est un peu l'avenir de tous. Si on ne fait pas tous un effort ça va être compliqué. Au quotidien, je fais les choses simples: moins de plastique, faire du compost, manger moins de viande.

Et alors est-ce que ça parle environnement dans un vestiaire?

Non pas trop non plus (sourires) mais quand j'en parle on peut en discuter.

Xavier Grimault