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OM: Droits TV, spectacle, contrôle des clubs: les pistes de Longoria pour le foot français

Invité ce mercredi à l'Assemblée nationale pour une audition dans le cadre de la mission d'information sur les droits TV dans le sport, le président de l'OM Pablo Longoria a pointé quelques problèmes dans l'exposition du foot français, et fait plusieurs propositions pour booster et structurer la Ligue 1.

C'était jour d'oral pour Pablo Longoria. Le président de l'OM, accompagné du directeur de la communication Jacques Cardoze, était invité ce mercredi à l'Assemblée nationale pour une audition dans le cadre de la mission d'information sur les droits TV dans le sport. Le dirigeant espagnol, qui avait semble-t-il bien préparé son sujet, s'est exprimé pendant près de deux heures sur les problèmes du foot français, en tentant de dresser des pistes pour son développement.

"Les droits TV dans le football sont les revenus les plus stables d’un club, c’est très important pour développer notre modèle économique, et avoir un championnat fort, a d'abord rappelé le président oylmpien. Etablir un modèle économique seulement autour des transactions de joueurs risquerait de nous mettre dans la même catégorie que beaucoup de championnats mineurs. On a vu en Suède ou en Norvège que le niveau des équipes a chuté dès le moment où il n’y a plus eu de revenus stables comme les droits TV."

"Il y a les supporters traditionnels, mais il y a aussi les consommateurs de trois minutes..."

Or, pour Longoria, ces droits TV ne sont pas toujours bien exploités en France. Déjà parce que les opérateurs sont nombreux, trop selon lui, et parce que le "produit" proposé n'est pas toujours adapté à la demande d'aujourd'hui. "Si je compare par rapport à l’Espagne ou l’Italie, il est plus difficile d’accéder au football en France, déplore-t-il. Après le multiplex du week-end dernier en L1, j’ai cherché à voir comme tout passionné les 'highlights' (moments forts) des différents matchs. Mais j’ai eu beaucoup de mal à trouver. Il faut rendre ça plus visible."

Et l'ancien directeur sportif de développer: "Nous sommes en train de vivre une transformation médiatique. Le monde change, tout comme notre façon de consommer la télévision. Le sport, et particulièrement le football, doit s’adapter à cette transformation, au passage de la télévision traditionnelle à l’OTT. Il y a toujours les supporters (traditionnels), les fidèles d’un club, mais il y a aussi les consommateurs de trois minutes. C’est la société de l’immédiateté. Ils veulent des highlights, des buts… (...) Demain nous allons jouer un match de Ligue Europa contre le Lokomotiv Moscou. Je considère que les gens qui vont regarder ce match (en entier) sont des supporters de Moscou ou des supporters de l’OM. Quelqu’un d’autre qui veut regarder la Ligue Europa demain, va regarder a priori le multiplex pour voir tous les buts."

Et surtout pour ne pas subir de moments creux, selon Pablo Longoria. "On a un spectacle d’une durée de 90 minutes. Mais dans beaucoup de matchs, je considère comme professionnel du football qu’il y a trois ou quatre minutes intéressantes, note-t-il. En tant qu’industrie, on doit se demander comment développer cette faible durée. Si je compare par rapport à ce qu’il se fait aux Etats-Unis, les matchs de foot n'ont pas beaucoup d’introduction par exemple. Il faut développer des stratégies et des solutions. (...) A long terme, il faut rendre le championnat plus attractif. On peut imaginer une personnalisation du produit, chercher à comment atteindre le téléspectateur en lui offrant quelque chose d’adapté. L’industrie du football est conservatrice, mais on doit chercher à développer de nouvelles choses."

Il souhaite une Ligue plus forte, et un contrôle économique des clubs accru

S'il a fait quelques minutes plus tard des propositions en ce sens, notamment sur le développement des matchs "à la carte", Pablo Longoria s'est également prononcé sur d'autres sujets annexes: le passage de la Ligue 1 à 18 clubs, pour lequel il est favorable, mais aussi la gouvernance du foot français. "Il faut aussi se pencher sur les structures juridiques, estime-t-il. C’est important d’avoir une gouvernance forte au niveau de la Ligue, car c’est le véhicule pour faire des réformes dans le football."

Citant le modèle espagnol en exemple, et le travail récent de la Liga, Longoria a en outre demandé "un contrôle économique plus fort, avec des règles fixes pour les clubs". Une manière, sans le citer, de museler le PSG? Peut-être. "Je suis favorable à un contrôle économique au sein des Ligues nationales, a-t-il ensuite précisé. Le contrôle de la Liga est plus important que le fair-play financier (de l'UEFA), a priori et pas a posteriori. Je suis davantage en faveur de la prévention que de la répression."

C.C.