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OM: la Ligue des champions, la fin de saison, son avenir... Villas-Boas fait le point

EXCLU RMC SPORT. L'entraîneur portugais André Villas-Boas assure qu'il souhaite rester à l'OM mais souhaite avoir des réponses sur l'avenir économique et sportif du projet. Il explique par ailleurs ne pas être intéressé par un retour en Premier League et se dit convaincu que le gouvernement français a pris la bonne décision en empêchant la Ligue 1 de reprendre.

André Villas-Boas, tout va bien au Portugal depuis le début du confinement?

Évidemment, c'est long et c'est malheureux de voir cette crise sanitaire partout dans le monde. Heureusement, pour ma famille, tout va bien. On est en sécurité à la maison, dans le nord du Portugal. On attend que tout cela passe. Je vais rentrer à Marseille lundi prochain (le 11, ndlr) pour préparer la nouvelle saison et parler avec le club.

Êtes-vous choqué par ceux qui voulaient continuer la Ligue 1?

Je ne veux pas commencer à critiquer les autres. Disons que le gouvernement a pris une décision qui était difficile pour tous les clubs d'un point de vue économique, étant donné qu'on parle aujourd'hui de survie. Mais le plus important était la santé, la protection de la vie humaine. Le foot était la chose la moins importante pour le gouvernement français et le Premier ministre a pris la décision d'arrêter le championnat avec une phrase précise, en disant que la saison 2019-2020 était terminée. À ce moment-là, je pensais que c'était clair pour tout le monde… On devait encore voir pour les histoires de qualifiés européens mais, concernant l'arrêt de la saison, les paroles du Premier ministre étaient très claires. Après, tout le monde a évidemment le droit à un recours... On préférait tous jouer la saison jusqu'à la fin et on a cette petite sensation de n'avoir pas fait le travail jusqu'au bout. Mais ce sont les consignes. Il faut les suivre.

Vu le contexte, avez-vous du mal à savourer la qualification en Ligue des champions?

Un peu oui. Nous sommes tous loin les uns des autres, nous ne sommes pas avec nos supporters... Nous avons atteint le principal objectif de la saison, mais c'est vrai qu'on n'a pas envie d'exprimer notre joie dans un tel moment. Parce que la saison n'a pas été finie, parce que la crise sanitaire est désastreuse et enfin parce que la survie des clubs est incertaine. Cela donne une sensation étrange. On ne peut pas vraiment fêter la qualification.

Avez-vous prévu quelque chose avec les joueurs?

Le jour où le classement a été officiellement bloqué, j'ai parlé avec les joueurs. On est vice-champions de France, c'est une réussite. Avec le PSG et ses moyens devant, c'est comme si on était champions d'ailleurs ! On a passé une très bonne saison, alors j'ai évidemment parlé aux joueurs en premier parce qu'ils ont un gros mérite. Le groupe était le même que la saison dernière. Je me rappelle d'ailleurs qu'après la victoire 4-3 à Monaco (en septembre), j'avais dit aux joueurs que le groupe devant moi était le même qui était allé en finale de Ligue Europa. Et que ce groupe était capable de retrouver sa motivation. Ce qu'on a su faire. Cette transformation mentale a payé. J'ai vu une motivation au top cette année.

Quel est votre lien avec les supporters?

Mon manque de vocabulaire en français transforme un peu mon langage, pour les supporters. Vu que je n'ai pas beaucoup de mots, je dois parler avec ma franchise. Je dois exprimer ce que je ressens. C'est vrai qu'on a eu une très belle relation avec les supporters cette saison. Le club était dans une situation économique compliquée et ça va continuer comme ça, malheureusement. Tout ce que j'ai dit au cours de la saison n'était qu'un constat, mais ça a touché les supporters. Ils ont trouvé que ce n'était pas comme ça les années précédentes. L'OM est un club avec une ferveur spéciale, un club "émotionnel". Je pense que c'est lié au fait que les supporters viennent tous de milieux différents. Tous les sentiments s'expriment. Je suis heureux que mon discours ait touché les supporters. Ça facilite le travail, il faut le dire. Et j'ai été bien reçu. Pourtant, on avait perdu notre premier match au Vélodrome. On avait commencé sur un faux-pas.

Les supporters vous adulent. Avez-vous un message pour eux?

Le premier message, c'est qu'on ne va pas gagner la Ligue des champions! Parce que les investissements faits dans cette compétition par les clubs qui la jouent sont absurdes. Avec la crise sanitaire, ça peut changer sur le marché. La façon dont le marché se comportait était scandaleuse, d'un point de vue économique. Les années à venir peuvent être différentes. De toute façon, la Ligue des champions est une compétition intense avec beaucoup de grands joueurs, de grandes équipes et de grands entraîneurs. Si tu tombes dans un groupe de la mort, c'est fini. Après, tu peux rêver. Ça va dépendre, toujours, des groupes. Parfois, c'est bien d'avoir une grosse équipe dans ta poule et d'avoir trois équipes qui peuvent se permettre de se faire compétition entre elles. C'est une compétition pour profiter. C'est notre objectif. On a réussi, on est vice-champions de France. On n'a pas trop de choses à fêter, mais jouer cette compétition est déjà un prestige énorme. J'espère que toutes ces nuits au Vélodrome seront spéciales.

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Pensez-vous que l'incertitude économique peut modifier les rapports de force dans le foot européen?

Oui, mais je pense que tout le monde va attendre un peu. On a le Brexit sur le championnat le plus important, la crise sanitaire sur les finances économiques des pays et des clubs et peut-être un changement de réglementation sur ce qu'on fait avec le fair-play financier et les joueurs en fin de contrat pour les ligues qui vont encore jouer. Il y a beaucoup de questions sensibles. Mais je pense que c'est un appel à faire attention pour les clubs. On a eu plusieurs années de mauvaise gestion et, maintenant, les clubs vont regarder s'ils sont capables d'être bien financièrement avec une crise comme ça.

Vous avez posté un beau message sur Instagram, mais il y a eu un vent de panique à cause d'expressions écrites au passé. Avez-vous noté cet emballement?

J’ai vu. Je remercie toutes les personnes qui m’ont écrit, qui m'ont félicité avec l'équipe. Les joueurs se sont transformés d'une année à l'autre. Des joueurs comme Mandanda et Payet, par exemple, ont été fondamentaux cette saison. J'ai été envahi par la volonté d'écrire, de donner une parole à cette réussite. Ce n'est pas un adieu. Je vais évidemment retourner à Marseille pour parler du futur avec Jacques-Henri Eyraud et Andoni Zubizarreta. Cette réunion était prévue après le match contre Montpellier, mais on n'a pas pu la faire à cause de la crise. Après, je suis parti au Portugal et Jacques-Henri a eu une grosse bataille pour les droits TV et pour finir le championnat qui était une priorité du club avant la déclaration du Premier ministre.

Lundi, je rentre à Marseille et on va parler avec le club. Le plus important, pour moi, est de comprendre ce qu'il va se passer sur le plan structurel. Je dois comprendre si les personnes à mes côtes, Andoni et Albert (le directeur sportif adjoint) ont toujours du pouvoir ou non. En tant qu'entraîneur et eux comme directeurs sportifs, on ne veut pas faire de la figuration. On doit et on veut avoir le pouvoir pour exécuter et prendre des décisions. Mais je reste comme je suis. J'ai déjà dit en conférence de presse que vous me trouverez peut-être plus proche du désert de Dakar que dans un autre club de la Premier League. J'ai des ambitions qui sont sans limites géographiques. Je dois encore faire le Japon, pour la culture et le foot japonais que je veux connaître. Alors ce n'est pas la Premier League ou les grands clubs qui vont appel à mes rêves. J'ai déjà passé cette phase. Je veux comprendre plus ou moins où est-ce qu'on va, quels sont les investissements qu'on peut faire, si on veut de moi ou non. Des choses claires et basiques, qui font, à la fin, de bons ou mauvais projets.

Le fait que la saison se soit arrêtée sur un goût d'inachevé va-t-il compter dans vos choix?

Je suis très bien à Marseille. Je n’ai pas envie de chercher d’autres clubs ou options. Quand mon agent m’appelle avec des choses que j’ai déjà connues, c'est-à-dire la Premier League, je n’ai pas d’intérêt.

On a parlé de Newcastle, ces dernières heures...

Je ne veux pas retourner en Premier League. Je l'ai déjà fait. J'ai envie de faire autre chose. Ce n'est pas le championnat qui était le plus heureux pour moi. J'ai passé un an merveilleux à Tottenham, où on a fini avec le record de points. Mais ma demi-saison à Chelsea et celle qui a suivi à Tottenham n'ont pas été des réussites. Alors, je veux continuer à faire d'autres choses parce que j'ai toujours des plans pour ma carrière. De toute façon, je suis très heureux à Marseille, j'ai envie de faire la Ligue des champions à Marseille. Mais je veux savoir à quel point nous sommes dépendants économiquement sur notre projet. Ça veut dire que si on n'a pas les conditions de faire un bon travail, ce n'est pas la peine. Ce sont des assurances qu'il est normal de chercher pour un entraîneur. Je pense que Jacques-Henri aura des réponses, Andoni et Frank évidemment.

Les joueurs veulent avoir la possibilité de lutter pour ne pas être ridicules en Ligue des champions. C'est aussi votre message?

Oui, mais il faut aussi assurer une autre Ligue des champions. Maintenant, ça devient un cycle. On a la capacité pour être compétitifs en France, c'était clair cette saison. On a passé quinze matchs sans défaite, on a eu douze points d'avance sur le troisième. Cela dit de bonnes choses sur notre groupe et la qualité de nos joueurs. Maintenant, on est encore sous le contrôle du fair-play financier, on n'est pas libérés de notre responsabilité économique parce que c'est la vie de l'OM qui en dépend. Être deuxième ou troisième et qualifier ce club chaque année pour la Ligue des champions, c'est notre objectif. Et évidemment y faire quelque chose. On doit faire bonne figure, c'est important aussi pour le ranking UEFA des clubs français.

Est-ce que vous voulez rester à Marseille et découvrir la Ligue des champions avec le Vélodrome?

La réponse, je vous l’ai donné avant: oui, mais à certaines conditions structurelles qui sont importantes. Je ne veux pas faire seulement de la figuration. Si on est à l’OM pour faire de la figuration, c’est non, évidemment non. Ce n’est pas mon style. Si on est là, c’est pour faire quelque chose. J’espère que l'objectif sera de qualifier l’OM après la phase de groupes mais ça va dépendre du tirage au sort.

Souhaitez-vous être fixé rapidement ?

Premièrement, je suis sous contrat. Ensuite, s’il y a des divergences entre nous, Jacques-Henri Eyraud et moi-même sommes suffisamment honnêtes pour se dire les choses face à face. De mon côté, je suis disponible. Mais je veux comprendre plus ou moins ce qu’il se passe, où est-ce qu’on va. Il faut qu’on ait la possibilité avec Andoni de faire un mercato de qualité, dans des conditions qui ne seront pas les meilleures, mais qui nous permettront d’être compétitifs. Nous ne sommes pas naïfs au point d’en oublier la situation économique du club. On a fait notre gros travail cette saison, Jacques-Henri aussi évidemment, avec Alvaro, Rongier, Dario… On n’a pas un gros effectif. On doit penser aux joueurs qui sont en fin de contrat en 2020-2021 et à ceux qu’on pourrait prolonger, pour voir quel mercato on peut faire. La continuité dans notre groupe est aussi importante. Si on n’a pas un gros effectif, il faudra retenir les joueurs qu'on a à disposition. Mais sur cette question économique, seul Jacques-Henri est habilité à donner des réponses. Il faut aussi attendre de voir ce qu’il va se passer avec le marché des transferts.

Avez-vous déjà des noms en tête?

J’ai déjà des noms en tête, oui. Le seul problème, c’est que la plupart des clubs sont dans l’attente. J’espère sincèrement me tromper, mais je ne sais pas si les autres championnats pourront reprendre. Ce n’est pas possible. On doit d’ailleurs se féliciter que la Ligue 1 ne soit pas allé à son terme. Le gouvernement français a eu ce courage de mettre un terme à ce que j’estime être secondaire, avec un gros impact financier évidemment. Ce n’est pas le cas dans les autres pays, avec une priorité qui est seulement économique. C’est le cas du Portugal, où les clubs sont morts si le championnat s’arrête. Le FC Porto a déjà 400 millions de dettes. Je pense donc que c’est une bonne décision et je félicite le gouvernement français pour ce courage. Maintenant, tout le monde attend de savoir ce qu’il va se passer dans les autres championnats, idem pour la Ligue des champions, et savoir plus ou moins comment le mercato sera organisé. Les clubs n’ont pas d’argent. Ils procéderont peut-être à des échanges, je ne sais pas. Attendons de voir ce qu’il va se passer en Angleterre. Le Brexit pose un certain nombre de questions également. Mais c’est peut-être une bonne chose pour le football. Parler des transferts à 100, 200 millions ou 300 millions d’euros, c’est fini. Et je pense que c’est bon pour le football.

Votre priorité est-elle de donner de la visibilité à ces joueurs en fin de contrat?

Notre problème est que nous sommes dans une position délicate d’un point de vue économique, dans les négociations. Connaissant la situation économique du club, les joueurs doivent montrer du courage, choisir d’être libres ou donner quelque chose à l’OM, voire accepter une prolongation de contrat. Les joueurs ne sont pas naïfs et sont capables de penser au fait qu’ils sont intéressants en fin de contrat.

Avez-vous déjà planifié la reprise des joueurs de l’Olympique de Marseille?

On attend de connaître la date de la reprise de la Ligue 1, si c’est le 22-23 août ou 7-8 août comme cela a été décidé avant la crise. On va faire huit semaines au lieu de six pour donner un peu plus de temps aux joueurs avec le travail physique. Huit semaines ça veut dire que si on a le premier match les 7-8 août, on démarrera le 15 juin sinon, le 26-27 juin. Après, on doit chercher des conditions optimales pour effectuer ce travail. Je ne sais pas si on peut jouer, où on va jouer, ni comment on va se déplacer dans les hôtels et les restaurants.

Mohamed Bouhafsi et Florent Germain