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Perri : « La taxe à 75% va détruire de la valeur fiscale et sociale »

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Pascal Perri, économiste, analyse pour RMC Sport les effets de la taxe à 75%. Si elle sera positive pour l’Etat la première année, ses conséquences engendreront ensuite un manque à gagner.

« Je veux 44 millions d’euros » aurait déclaré Bernard Cazeneuve, le ministre du budget, qui participait auprès de François Hollande à la réunion d’échange entre le pouvoir politique et les présidents de club le jeudi 31 octobre. C’est entendu, M. Cazeneuve percevra bien ces 44 millions cette année, dans la mesure où le président de la République n’a pas entendu les réclamations des clubs sur l’application immédiate de la taxe, sans aménagements. Les dirigeants du football français avaient plaidé pour des modalités de paiement compatibles avec leur capacité de trésorerie. Ils sont repartis bredouilles.

Depuis fin octobre, de nombreuses personnalités du football, dont le consultant de RMC sport Eric Di Meco, se demandent si les 75% auront le rendement espéré. Les économistes évoquent souvent la courbe de Laffer (économiste américain) qui illustre une règle acceptée par tous selon laquelle « trop d’impôt tue l’impôt ». Nous avons cherché à savoir à travers trois cas concrets quelles pouvaient être les conséquences de la taxe contestée.

Nous avons pris le cas de trois clubs français pour qui cette nouvelle charge représente environ 5 millions d’euros par an (soit 15 en tout). Pour honorer le paiement des 75% dès le début 2014, ces trois clubs seront sans doute contraints de vendre chacun un joueur valorisé sur le marché. A ce jour, selon nos estimations, aucun ne dispose de la capacité en trésorerie liquide pour payer la facture. Ces trois clubs sont Marseille, Lyon et Lille. Faisons le pari qu’ils vont devoir se séparer de M. G pour Lyon, de M. N pour Marseille et de M. K pour le LOSC. Ce sont des hypothèses d’écoles mais elles sont sérieuses. Ces trois joueurs, en moyenne, sont payés 4 millions d’euros par an, primes incluses.

Le taux de prélèvement actuel sur leurs salaires bruts chargés est de 70%. Pour l’Etat et les organismes sociaux c’est une rentrée de 2,8 millions d’euros par an, soit pour les trois un total de 8,4 millions par an !

Cette année, avec l’application de la taxe à 75%, ils vont couter 6,75 millions supplémentaires à leur club puisque ce sont les entreprises qui payent la taxe en se substituant à leurs salariés. 

En 2014, les trois joueurs G, N et K seront partis jouer dans des championnats étrangers où ils paieront leurs impôts.

Résumons-nous :

En 2013, ces joueurs rapportaient 8,4 millions à la collectivité. Taxé à 75%, ils quittent le pays. Le solde entre le rendement espéré de la taxe (6,75 millions) et leurs contributions fiscale et sociale hors taxe à 75%, soit 8,4 millions, se traduit par une perte nette des deux recettes, soit plus de 15 millions d’euros. La taxe a finalement produit un effet d’éviction qui se traduit par une perte de recettes sociales et fiscales représentant pour seulement trois joueurs un tiers des 44 millions attendus. La boucle est bouclée. Les 75% détruiront de la valeur fiscale et sociale en dépit d’un effet d’affichage immédiat. Elle rapportera bien 44 millions la première année, mais pour l’Etat et les organismes sociaux, le solde sera négatif dès la deuxième année en supposant que les trois départs évoqués seront suivis par beaucoup d’autres.

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Pascal Perri (Consultant économique RMC Sport)