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Riolo : "La formation et après ?"

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Retour sur le classement des centres de formation…

Passons sur les critères qui ont donné lieu à ce classement. Tout semble bien fait dans cette enquête. Alors on lit, on étudie l’étude. Ça a l’air passionnant cette histoire. C’est ce même observatoire qui a dit récemment qu’en ce moment, Gignac est l’attaquant numéro 1 en Europe devant Ronaldo et Messi. C’est bien tout ça, mais ça sert à quoi ? Ça veut dire quoi ? 

Mais laissons Gignac tranquille et revenons au classement des Centres de Formation. L’étude est pile dans l’air du temps. Le fantasme du jeune joueur formé au club n’a jamais été si présent. Le repli identitaire qui ne veut pas se regarder en face.

En France, il y a longtemps qu’on accorde de l’importance, beaucoup trop d’ailleurs, au classement des Centres de Formation. On adore gagner la Coupe Gambardella par exemple. C’est très bien, très « frais » de voir les jeunes qu’on a formés remporter cette Coupe, je n’en doute pas. Mais n’est-il pas plus important de savoir ce que deviennent ces jeunes ? A force d’intégrer la compétition très tôt dans le processus de formation, on a gommé la notion de plaisir. Vouloir gagner à tout prix chez les jeunes a été l’une des principales causes du retard de notre foot. Le constat est tellement vrai qu’un peu partout on est en train de revenir sur cette idée.

Ce classement indique sans surprise que l’OL est notre meilleur centre en France. On le sait depuis longtemps, ce club est en avance dans ce domaine. Mais une fois qu’on a sabré le champagne, on peut se demander si l’OL ne préférerait pas être moins bon dans ce secteur et exister au niveau européen comme au milieu des années 2000 ?

Les supporters de l’OL adorent l’idée de voir leur équipe aligner autant de jeunes joueurs maison, mais cracheraient-ils sur des vedettes comme celles qui fréquentaient Gerland il y a quelques années ? Ceci dit, il faut reconnaître que si l’OL a été contraint de revoir son développement, c’est en travaillant parfaitement sa formation qu’il est toujours un acteur majeur en France. On peut se sauver grâce à une bonne formation. Et puis, ça permet une belle communication.

L’autre équipe française mise en avant dans cette étude, c’est le PSG. Je ne sais pas quelle satisfaction le club pourra en tirer. Ces jeunes ne sont pas assez forts pour jouer en équipe première et peu parviennent à évoluer dans de bons clubs. Le fameux Messi du Camp des Loges (le rêve de QSI) est loin d’être né ! Autant pour l’OL, ce classement a du sens, autant pour le PSG on peut être plus circonspect.

Il y a par ailleurs un tas de clubs français dans le classement. La France produit, exporte. C’est une vraie fabrique à joueurs. La plupart des clubs vivent grâce à ça. C’est un modèle économique. On forme et on vend vite. On a oublié les départs trop rapides de Dabo et Silvestre qui, à la fin des années 90, avait fait hurler la France du foot vandalisée par les barbares étrangers. Aujourd’hui, on fait du produit standard, à la chaîne. Sa capacité à évoluer en pro suffit et peu importe où et comment.

L’étude indique aussi que les clubs anglais ne forment plus. Manchester Utd est l’arbre qui cache la forêt. Le modèle anglais ce n’est pas ça. Quand on a autant de blé, on achète, on ne forme pas. L’équipe nationale souffre de ce choix, mais ce n’est pas le souci des clubs.

Ce classement devrait donner des idées à notre foot. Avec cette « matière première », si on travaillait sur l’encadrement, l’exigence, le professionnalisme, les coaches… Si on faisait une petite révolution « mentale »… On pourrait bien avoir une équipe nationale au top et des clubs bien meilleurs. Former autant de joueurs, posséder autant de possibilités pour au final avoir des clubs aussi mal en point, des institutions (FFF et LFP) aussi mal gérées et une équipe nationale qui sort à peine d’un long tunnel de médiocrité… ça laisse perplexe.

Il est beau ce classement, mais il laisse un goût bizarre. Un goût de gros gâchis…

Daniel Riolo