RMC Sport

Tigana, si seul au monde…

Jean Tigana

Jean Tigana - -

Victime des mauvais résultats de son équipe, l’entraîneur des Girondins est sur la sellette. Pourtant, en lui refusant le choix de son adjoint, les dirigeants bordelais ne lui ont pas facilité la tâche. Explications d’un échec programmé.

Avec l’humiliante élimination en Coupe de France de Bordeaux face à Angers, un club de Ligue 2, et sa dixième place en championnat, le bateau girondin tangue dangereusement. Dans ces conditions, Jean Tigana, l’entraîneur, est évidemment dans l’œil du cyclone. Une défaite à Nice, ce dimanche (17h), pourrait même lui coûter sa place. Aujourd’hui, sa responsabilité est engagée, mais les dés étaient peut-être pipés d’avance.

Car lorsqu’il est choisi pour prendre la suite de Laurent Blanc, il n’a pas le loisir de chosir son adjoint. Une décision (économique) venue de l’actionnaire. Pas de problème à en croire les dirigeants bordelais qui considère détenir en leur sein la personne idoine avec Michel Pavon, fils préféré de Jean-Louis Triaud. Ce dernier apprécie également Tigana depuis de longues années et envisage d’associer les deux hommes.

Sauf que Jean Tigana reprend les commandes d’un club après avoir consacré ces trois dernières saisons de « semi-retraite » à gérer ses vignes à Cassis. Les repères ne sont plus les mêmes. Surtout pour un technicien qui refusait la plupart du temps de commenter l’actualité du football car se considérant déconnecté du ballon. Depuis ses années monégasques (1995-1999), il n’était d’ailleurs plus apparu sur un banc français. Et ce ne sont pas ses années Fulham (2000-2003) et Besiktas (2005-2007) qui l’auront rapproché de l’Hexagone.

Stephan : « J’ai l’impression qu’il est seul »

Les dés étaient donc pipés d'entrée avec un Tigana arrivant du Sud-Est et son propre réseau dans le monde du foot et un Pavon au club depuis toujours, dans la coulisse ces dernières années. « De l’extérieur, j’ai un peu l’impression qu’il est seul dans la réflexion et la décision, commente Guy Stephan qui l’a connu à Lyon (1993-1995) et en Turquie. Il faut qu’il y ait une complicité tout de suite avec les différents adjoints. Je n’ai pas l’impression que ce soit le cas. Il semblerait qu’il n’y ait pas beaucoup de relations, ni un gros dialogue entre tous les éléments. »

C’est d’ailleurs Michel Pavon qui a recruté une grande partie de l’effectif bordelais. Les liens entre les joueurs et leur entraîneur ne sont donc pas des plus intimes. D'autant que ses méthodes ‘‘à l'ancienne’’ et notamment les amendes plus fortes que la moyenne en cas de retard ont déplu à certains.

Privé de ses cadres (Planus blessé, Gourcuff sur le départ, Diarra suspendu), il a eu du mal à créer ce lien avec le vestiaire. « Il y a des rôles importants à jouer derrière Jean, notamment pour le couvrir. Qu’il ait une part de responsabilité, c’est peut-être possible. Mais qu’il paye pour les autres, ce serait injuste », souffle Christian Damiano son adjoint à Fulham. En confirmant Tigana dans ses fonctions alors que les avis divergeaient au sein du château, Jean-Louis Triaud a en tout cas pris un risque. Celui de s’isoler à son tour.

Pierrick Taisne avec C.Z. et O.S à Bordeaux