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Triaud : « Dans le foot français, on est timoré »

Jean-Louis Triaud

Jean-Louis Triaud - -

Invité de Luis Attaque, Jean-Louis Triaud n’a pas caché ses difficultés à digérer l’élimination de Bordeaux de la Ligue Europa. Et de cette déception, le président girondin dresse un portrait peu flatteur des manques du football français.

Jean-Louis Triaud, près de 24 heures après, quel regard portez-vous sur l'élimination des Girondins de la Ligue Europa ?

Je ne vais pas non plus employer de grands mots. Ça s’est très mal passé. On n’a pas été à la hauteur de ce que l’on aurait dû faire.

On vous sent encore très amer...

Il y a quelque chose qui me frappe actuellement dans le football français, c’est de voir à quel point il y a un fossé dans le comportement sur le terrain entre beaucoup d’équipes françaises et des équipes étrangères. On est timoré, on manque d’investissement, de générosité. On ne sait pas prendre des risques en jouant. Il faut accepter du déchet. On a tellement peur de mal faire qu’on a un jeu trop restrictif. Ce n’est pas comme ça qu’on peut s’épanouir, donner du spectacle et se donner une chance de gagner le match. J’ai trouvé les Allemands, qui ne sont quand même pas des foudres de guerre dans leur championnat, rapides, pugnaces, collants au ballon. Il y a beaucoup à redire. Ce n’est pas que les garçons n’aient pas été courageux et volontaires… mais timorés et pas assez dynamiques.

Ce comportement, c'est un mal français ? Une question d'éducation ?

Je suis plutôt issu du monde du rugby. On est capable de faire un match, au rugby aussi, époustouflant une fois contre les All Blacks et on perd ou on gagne difficilement contre la Roumanie ou le Japon derrière. Je ne sais pas si c’est un mal français. J’ai lu, il y a quelques temps, un article intéressants d’un de vos confrères de la presse écrite, dans lequel des entraîneurs ayant exercé à l’étranger parlent des sportifs français en général. Ils mettent en avant le fait qu’ils ne savent pas souffrir, de se faire mal, qui n’acceptent pas des entraînements difficiles. Francis Gillot a demandé un jour à un jeune attaquant de venir s’entraîner avec les pros et de jouer comme il le fait en championnat. C’est un garçon qui n’est pas très expérimenté, qui manque encore de technique mais qui a un sacré gabarit. Il a mis deux ou trois coups à ses partenaires professionnels qui lui ont tout de suite fait comprendre qu’il valait mieux éviter de faire mal. Bah voilà… on joue comme on s’entraîne. En sécurité. On ne se donne pas le moyen de ses ambitions. On joue petit bras.

« Je me demande comment Gillot ne déprime pas »

Est-ce que les joueurs moyens ne sont pas trop payés, les incitant du coup à rester dans un certain confort ?

Non… Quand on voit les entraînements des Anglais, des Allemands ou des Espagnols, ils gagnent trois fois plus que nous et ils se mettent minables même pour les entraînements. Je me rappelle d’un match de Ligue des champions contre Manchester. On arrive au stade, on dirait qu’on part à l’enterrement, on est sinistre, faussement concentré. A cause d’un accident de circulation, le match avait été retardé d’une demi-heure. Dans le vestiaire des Anglais, il y avait la musique plein pot. Ça rigolait. C’était détendu. Mais une fois le coup de sifflet donné, on avait des monstres en face.

Le staff des Girondins de Bordeaux a-t-il sa part de responsabilité là-dedans ?

Dans ces cas-là, on porte tous le chapeau. C’est bien connu : si l’équipe de Bordeaux tourne mal, c’est de la faute de l’entraîneur, des dirigeants, du président… On ne va pas se cacher derrière notre petit doigt. Nous avons aussi notre part de responsabilités. Mais ça fait 20 ans que je suis dans le football et 20 ans que je cherche la clé pour faire en sorte de sublimer une équipe de garçons gentils et bien élevés. J’ai déjà eu des équipes aux Girondins avec des joueurs au caractère de cochon. Mais sur le terrain, il y avait du répondant. De la personnalité. Peut-être qu’ils sont trop bien élevés…

Francis Gillot serait-il en danger en cas de défaite contre Ajaccio ?

Non. J’ai beaucoup d’admiration et d’affection pour lui. Je me demande comment il ne déprime pas. On le soutient. Il s’investit à fond. Encore une fois, il a face à lui des joueurs qui sont des garçons sympathiques, gentils mais qui sont inhibés quand ils rentrent sur le terrain.

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Luis Attaque