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Diouf : « Les jeunes de l’OM se prennent pour des vedettes »

Pape Diouf

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Invité de Luis Attaque ce mercredi, Pape Diouf a vertement tancé l’OM. L’ancien président phocéen met principalement en cause le manque de cohérence de la politique du club basée sur le recrutement de jeunes joueurs.

Pape, comment analysez-vous le piètre parcours de l'OM en Ligue des champions ?

Très mal évidemment, comme tous les supporters. Mais quand on réfléchit un peu à la situation de Marseille, de quoi s’aperçoit-on ? Premièrement, l’OM a perdu devant Monaco, devant Paris, devant Arsenal, devant Dortmund et devant Naples. On peut donc considérer qu’ils n’ont perdu que face des adversaires supposés plus forts qu’eux. C’est une chose qu’il faut dire. Quand une équipe perd systématiquement face à une équipe plus forte qu’elle, c’est signe qu’il n’y a pas de mental. C’est le signe que cette équipe ne joue pas avec les tripes. Parce que dans ce cas-là, autant faire un classement en début de saison et que chaque équipe reste à sa place. Si on savait qu’on allait perdre tous nos matches, autant ne pas participer à cette compétition. Si l’on participe, c’est que l’on doit faire preuve, non pas de technique, mais de cœur sur le terrain. Malheureusement, on n’a pas su le faire.

Mais Marseille est tout de même tombé sur le groupe le plus compliqué, avec des équipes plus fortes économiquement et sportivement qu'elle...

Ça me fait rire quand j’entends que Marseille n’a pas de moyens. Souvenez-vous l’année dernière, tout le monde est tombé dans le piège en disant que l’équipe n’avait pas d’argent. On n’avait pas d’argent par rapport au seul Paris Saint-Germain. Mais face aux autres dix-huit clubs de Ligue 1, Marseille a plus d’argent qu’eux ! Heureusement qu’ils ont terminé deuxième du championnat la saison dernière avec la masse salariale qu’ils ont. Pour battre certaines grandes équipes, c’est du cœur qu’il faut. Et ce cœur-là, à mon sens, il manque aujourd’hui à l’OM. Le fait que le club se soit incliné face au PSG (1-2), à domicile, n’est pas normal. En tant que supporter, je le vis très mal.

Le club s'est-il trompé dans son recrutement ?

La première lacune de ce recrutement a été de dire : « On veut jouer sur l’avenir » ou « on ne prend que des jeunes joueurs ». Les jeunes, on les prend quand ils sortent tous ensemble du même moule. Longtemps, les jeunes issus du club ont joué les uns pour les autres. Or, lorsqu’on regarde le recrutement, l’OM a recruté de jeunes joueurs pour des sommes folles. Des jeunes qui arrivent à Marseille en se prenant déjà pour des vedettes. Il n’y pas cette cohésion qui doit animer cette équipe jeune et l’amener loin. On ne doit jouer la carte jeunesse à la seule condition qu’on a plusieurs jeunes qui sortent du même moule. Dire qu’on va jouer sur l’avenir, c’est ne rien comprendre. Ce n’est pas une ambiance saine, il faut regarde les choses en face.

« On n'a pas envie d'un président à l'anglaise »

Thauvin ou Imbula, par exemple, se prennent-ils vraiment déjà pour des stars ?

La façon dont ils ont été recrutés montre qu’ils arrivent déjà avec le statut de vedette, c’est évident. Ils pensent qu’être transféré à l’OM est une finalité. Souvenez-vous de certaines équipes, comme Nantes, où les jeunes ont pris le relais pour ensuite l’amener sur orbite. Et souvent, pour ne pas dire toujours, ce sont des garçons qui ont grandi ensemble et qui étaient prêts à mourir les uns pour les autres. Quand on me dit que Thauvin est plus fort que Ribéry à son âge (20 ans), j’ai envie de rire doucement. S’il pouvait faire la carrière ou la moitié de celle de Ribéry, ce serait déjà très bien. Il faut essayer de garder les pieds sur terre et ne pas prendre les gens pour des demeurés.

On vous sent assez critique à l'égard de votre ancien club...

Je suis redevenu un supporter de base, donc je dis ce que je pense. Cette manière d’agir en France, comme on a pu le voir avant et après France-Ukraine avec le temps des censeurs puis le temps des laudateurs, j’en ai marre. Il faut dire les choses aux téléspectateurs et aux auditeurs et ne pas tourner autour du pot. Ne prenons pas les gens pour ce qu’ils ne sont pas, ils réfléchissent aussi.

Vous avez été président, donc vous savez qu'il faut pourtant avoir une stratégie bien précise...

Oui, mais quand celle-ci n’est pas cohérente, il faut le dire. Quand le Paris Saint-Germain vient à Marseille avec plus d’argent et de meilleurs joueurs, ils viennent en fumant la pipe. Il faut les mettre en état d’anxiété, au point que tout le monde se dise qu’on est ici à Marseille et qu’on ne peut pas perdre ce match. Les mettre en état d’anxiété, cela veut dire ne pas laisser venir tranquillement, gagner et rentrer chez eux. On l’a perdu à dix contre onze, c’est ça qui n’est pas logique. C’est un ensemble, ce serait trop facile d’accuser les joueurs ou l’entraîneur. L’Olympique de Marseille a dépensé près de 40 millions d’euros cet été. Ce n’est pas rien quand même. Avec tout cet argent, on aurait quand même pu mettre une équipe en place. Lorsque j’étais aux affaires, je prenais souvent des décisions à partir de critères qui n’étaient pas forcément connus des gens. Cela m’a valu plusieurs critiques et interprétations. Je ne vais donc pas me mettre à la place de ceux qui critiquent maintenant.

Le président marseillais Vincent Labrune a évoqué à plusieurs reprises son envie de faire de l'OM le « Dortmund français ». Cela en prend-il le chemin ?

Ce genre de comparaison, c’est forcer les termes. Ça ne veut rien ça. Les vrais supporters n’y croient pas. Ce dont on a envie, ce n’est pas d’avoir un président à l’anglaise comme il se définit, car c’est méconnaître complétement et culturellement l’Olympique de Marseille. Ce que nous voulons, c’est un club du Sud, un club marseillais, un club olympien, une équipe qui gagne, qui redonne de la passion à cette ville et dans laquelle se reconnaissent tous les supporters.


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Luis Attaque