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Dortmund-PSG: pourquoi le Borussia est aussi culte dans l’imaginaire allemand

MISSION DORTMUND - En prévision du huitième de finale aller de la Ligue des champions (match aller le 18 février, en direct et en exclusivité sur RMC Sport) entre le Borussia Dortmund et le PSG, RMC Sport vous propose un focus sur la ville de Dortmund, très attachée à un club et une histoire, lesquels constituent son ADN.

Le Paris Saint-Germain et l’étalage de ses moyens financiers, sa constellation de stars, avec un aspect ostentatoire, devraient dessiner un joli contraste dans le paysage de la région le 18 février, jour du match aller en huitièmes de la Ligue des champions (à suivre en direct sur RMC Sport). Dortmund (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), c'est le coeur du football populaire en Allemagne, une ville riche de son histoire.

"La Ruhr fut le poumon économique de l’Allemagne du XIXème siècle (jusqu'en 1960), ce qui a fait sa richesse, modifiant ce pays et aussi une partie de l'Europe", raconte Polo Breitner, spécialiste du football allemand et auteur de "l’énigme Tuchel" (Hugo Sport). Dortmund, c’est le bastion du vieil ouest prolétarien, une ville qui a prospéré à partir des richesses de son sol.

Célébrations sur la Borsiplatz
Célébrations sur la Borsiplatz © @AFP

Lutte des classes et marginalité revendiquée

"La Ruhr, c’est un moment particulier, le charbon et l'acier, la sidérurgie qui a connu des difficultés dans les années 80", poursuit Polo Breitner. Les grands employeurs industriels ont disparu depuis fort longtemps. Seuls subsistent quelques vestiges d’une époque révolue. "On aperçoit encore beaucoup de cheminées et de tétraèdres typiques de la région, explique Alex Domhoever, musicien allemand né à Dortmund.

"De nos jours de nombreuses usines sidérurgiques et des mines ont été transformées en musées ou en salles de concert", précise-t-il. Le football, comme dans toute la région, y est très ancré localement. La place principale qui jouxte le stade, la Borsigplatz est souvent noire de monde.

L’attachement viscéral des habitants de Dortmund à leur club n’est pas feint, encore moins surjoué. Car il est un symbole de résilience - au bord de la faillite en 2005, le club est parvenu à reconquérir le titre de champion d’Allemagne - dans une ville touchée par le chômage.

"Quand il y a match, personne ne se soucie de votre origine, de votre couleur de peau, de votre appartenance politique, ou de votre sexualité. Les billets sont toujours abordables pour tout le monde, sauf si vous voulez dépenser votre argent pour des sièges chauffants dans un salon VIP", rigole Alex Domhoever dans une allusion à peine voilée à l’arrogance de l’ennemi bavarois, le Bayern Munich, "l’exemple type de la société élitiste", assène-t-il.

Signal Iduna Park
Signal Iduna Park © @IconSport

"Le football rassemble les habitants"

Le stade du Borussia Dortmund (Signal Iduna Park, anciennement Westfalenstadion) et son fameux mur jaune, devenu un outil marketing, est un catalyseur d’inclusion pour les populations qui garnissent les tribunes, dans une ville où l'héritage social demeure malgré tout.

Les foules vibrent à l’unisson pour ce club culte, le premier à gagner la Coupe d'Europe en 1966. "Le football est la seule chose qui rassemble les habitants, quel que soit leur statut social, indique Helmut Philipps, ingénieur du son, qui a vécu à Dortmund avant de s'éloigner progressivement de la chose footballistique.

"Le football, vous pouvez l’aimer ou le détester, mais c’est agréable de marcher dans la ville lorsqu’elle est habillée aux couleurs du club", reconnaît-il sans peine. Les gens y sont heureux. Le club est sauvé, en vie et sain financièrement. "Une véritable banque suisse", commente Polo Breitner.

Le stade, une expérience qui "ramène sur terre"

Si le paysage de la ville Dortmund a changé, l'évolution des sponsors du club épousant celle du BVB, les supporters sont restés attachés à un certain nombre de valeurs, dont il ne sont pas prêts de se séparer.

"Quand j’ai la chance de voir un match au stade, ça me ramène sur terre. Il y a une telle ambiance de convivialité et de joie entre les gens, que tout le monde est capable de ressentir cette atmosphère, témoigne Alex Domhoever. Vous ne verrez pas cela ailleurs. Même si le BVB est en train de perdre, les supporters essaient de tirer profit de l’instant pour le rendre meilleur. C’est l’exact reflet d’une mentalité émotionnelle par des gens qui sont prêts à tirer le meilleure partie d’une situation, qu’elle soit bonne ou mauvaise."

Quentin MIGLIARINI (@QMigliarini)